| L'entrée
surprise des forces d'invasion à Bagdad, la disparition
de la direction iraqienne et de tout symbole du pouvoir
soulèvent beaucoup d'interrogations.
La
disparition de la direction iraqienne lundi 7 avril est
un phénomène déroutant, plus proche du mystère que de la
réalité. Les questions qu'il pose reste sans réponse !
Où se trouve la direction iraqienne qui a subitement disparu
sans laisser de trace ? Où est Al-Sahhaf ? Où
se trouvent les membres du gouvernement de Saddam et où
est Saddam lui-même ?
Certains
assurent que le président iraqien a été tué avec ses deux
fils et certains membres du régime, d'autres parlent d'une
division au sein de la direction politique qui a mené à
l'assassinat de Saddam, de ses fils et certains de ses proches.
Un accord secret aurait été conclu par la suite avec les
Etats-Unis et la Grande-Bretagne prévoyant le retrait de
Bagdad des forces militaires iraqiennes et de la garde républicaine.
L'objectif était de garantir l'entrée des forces américaines
et britanniques dans la capitale iraqienne. En échange,
les deux puissances se chargent de faciliter la sortie en
toute sécurité de la direction politique et des dirigeants
du parti Baas, avec leurs proches et une partie des
richesses nationales de l'Iraq. Pour leur part, les commandants
militaires ont obtenu la promesse de former le noyau de
l'armée iraqienne après le départ de Saddam. Ainsi, il n'y
a nul doute que le « crime » commis mardi
8 avril contre les médias fait partie de ce plan dans le
but d'éviter tout risque de témoignage ou de détails concernant
cette transaction.
A
supposer la véracité des informations concernant le meurtre
de Saddam avec ses deux fils et certains membres du régime,
qu'en est-il du reste des membres de la direction et du
parti Baas ? Les questions concernant l'armée,
les forces militaires, les armes et les appareils militaires
restent également posées.
Les
événements survenus par la suite à divers endroits en Iraq
confirment à mon avis l'existence d'une transaction secrète.
Pour
comprendre ce qui se passe sur la scène iraqienne, il suffit
de rappeler certains événements historiques. Le meilleur
exemple est celui de la chute de Berlin en 1945 qui ressemble
à plusieurs égards à celle de Bagdad. Il est en effet remarquable
que dans les deux cas l'effondrement de l'armée et la chute
de la capitale ont été précédées par la disparition de la
direction politique et la dissolution en conséquence du
commandement militaire et des partis politiques. La relecture
de ce qui a eu lieu avant la capitulation de la capitale
allemande en 1945 peut nous aider à comprendre ce qui a
eu lieu à Bagdad avant sa capitulation : Aussitôt après
la disparition des dirigeants politiques, il y a eu l'effondrement
de l'armée, la fuite des soldats sous les coups des forces
d'invasion et l'entrée de l'ennemi dans la capitale.
Les
services d'information occidentaux qui ont poursuivi de
près la trajectoire et l'évolution de la campagne militaire
contre l'Iraq ont présenté l'histoire complète de ce qui
a probablement conduit à l'écroulement rapide du régime
iraqien, la disparition des forces militaires et surtout
de la Garde républicaine.
Saddam
Hussein serait mort — selon cette histoire — dès
le début de la campagne. Les contacts américains et britanniques
qui se poursuivaient alors avec les dirigeants de la Garde
républicaine proposaient la conclusion d'une transaction
secrète : Washington et Londres auraient alors proposé
de payer des centaines de millions de dollars. Ceci sans
oublier la promesse faite par Washington selon laquelle
la Garde maintiendrait sa position à la tête du commandement
militaire après la chute de Saddam — et ce, en
échange d'un abandon de la résistance aux forces d'invasion ...
Il
n'était pas bien entendu dans l'intérêt des forces d'invasion
de dévoiler ces vérités. Dire que la victoire des forces
américano-britanniques est le fruit d'un complot encouragerait
la résistance au lieu de maintenir le moral sur le déclin,
ce qui aiderait à la poursuite des attaques politiques et
médiatiques en vue d'aboutir à plus de concessions. Pour
ce qui est des Iraqiens, dévoiler ces vérités ne pouvait
être que le témoignage de l'échec, de l'impuissance et de
l'ingratitude à l'égard de la patrie.
Il
existe en somme bien d'énigmes et de secrets autour de ce
qui a eu lieu à Bagdad le 7 avril. Dans ce contexte, les
Arabes doivent agir et traiter les retombées négatives de
la guerre sur le peuple iraqien et sur l'action arabe commune.
Nous aurions pu éviter bien de problèmes si nous avions
tenu compte à temps des risques qui nous menaçaient. Saddam
aurait pu quitter le pouvoir pour épargner la guerre à son
peuple. De même, lorsque le président Moubarak a proposé
la tenue d'un sommet arabe extraordinaire pour résoudre
le problème, certains pays arabes ont préféré polémiquer
et échanger des accusations.
Une
nouvelle fois je le dis : les missions qui attendent
les Arabes sont difficiles. Aux arabes, responsables et
intellectuels, de dégager les leçons, d'agir activement
pour faire face et répondre aux défis et de dangers découlant
de la guerre. Le message sera-t-il cette fois reçu ou préférerons-nous
toujours les polémiques et l'échange d'accusations ?
Fenêtres :
La disparition de Saddam Hussein et de toute la direction
iraqienne est-elle le fruit d'une transaction avec les forces
américano-britanniques ?
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