Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Portrait

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Amal Al-Bechlawi est pédiatre-hématologue et pour elle, la médecine est avant tout une mission humanitaire. Ses travaux, notamment sur l'anémie de la Méditerranée, lui ont valu le prix de l'Etat pour la recherche médicale.
La médecine dans le sang

Un air souriant, à la fois rassurant et familier. Une sorte de bonté maternelle — très naturelle mais aussi très avertie — se dégage de son visage et va grandissante à mesure qu'elle parle. Pédiatre-hématologue depuis plus de trente ans, elle a acquis progressivement cette allure qui n'est pas sans la rapprocher de la pureté et de la fragilité de l'enfant. Elle doit en effet apaiser constamment les enfants et les mères qui lui rendent visite.

Cet air affable fait désormais partie intégrante de sa propre nature, enracinée en elle comme un ancien sycomore.

Spécialiste des maladies du sang, Amal Al-Bechlawi enseigne à la faculté de médecine depuis plus de vingt ans. « Durant les cours de dissection, j'insiste pour que les étudiants acquièrent une connaissance concrète du corps humain. Je leur fais toucher avec la main tous les endroits du corps et très souvent je leur prends la main pour toucher la rate, par exemple » … Cette familiarité avec le corps humain a renforcé instinctivement et de façon concrète l'air familier qu'elle dégage. L'air de quelqu'un qui connaît les secrets les plus touchants … Qu'y a-t-il de plus touchant et intime que le corps de l'homme ?

Pommettes saillantes, yeux profondément gravés dans leurs orbites, un instinct doux et un grand savoir mettent en relief la féminité d'une mère. Mais parfois cette même douceur et ce savoir prennent un autre aspect plus dur et froid. En fait, c'est l'une des conséquences de ses longues recherches sur l'anémie de la Méditerranée, qui lui permettent de savoir si le fœtus est déjà atteint par la maladie, et par la suite décider de faire avorter la mère à temps (c'est-à-dire avant l'âge de trois mois).

De nature profondément religieuse, le Dr Amal Al-Bechlawi confirme qu'Al-Azhar a donné son consentement quant à cette décision, tenant compte de la souffrance subie par l'enfant et ses parents. L'anémia de la Méditerranée est une maladie héréditaire largement répandue en Egypte, 10 % des enfants en sont atteints (sur un million et demi de natalités par an, 1 000 ont l'anémie de la Méditerranée). L'enfant malade se porte bien jusqu'à l'âge de six mois, ensuite il commence à pâlir, à avoir le ventre gonflé et à souffrir d'un retard de croissance le restant de sa vie.

Amal Al-Bechlawi poursuit ses recherches dans le but de réduire au maximum les effets de la maladie, au cas où les parents auraient décidé de garder l'enfant.

Les gênes qui produisent l'hémoglobine du sang deviennent perturbés sous l'effet de la maladie et l'enfant se trouve dans l'obligation de recourir aux transfusions sanguines de façon permanente. « Il y a une solution à cette maladie qui toutefois demeure peu pratiquée en Egypte. C'est ce qu'on appelle : pre implantation diagnosis, qui consiste à féconder l'ovule de la mère par un sperme provenant du père, à titre d'expérience, afin de vérifier à l'avance si le fœtus est atteint ou non par la maladie », explique Dr Al-Bechlawi.

« La chose la plus importante c'est de conscientiser les Egyptiens quant à la nécessité d'effectuer le test de dépistage avant le mariage », précise Amal Al-Bechlawi laquelle a reçu l'an dernier le prix de l'Etat pour la recherche médicale pour l'ensemble de ses études, concernant surtout l'anémie de la Méditerranée.

L'enfant atteint coûte à l'Etat de dix à quinze mille livres par an en moyenne, sans compter la souffrance des parents qui passent la plupart de leur temps dans les hôpitaux.

Amal Al-Bechlawi a contribué également à la lutte contre une autre maladie très répandue en Egypte, à savoir l'anémie du fève qui touche environ sept pour cent des Egyptiens (il s'agit d'une maladie qui détruit les cellules sanguines). Les recherches du docteur Bechlawi s'étendent en effet aux diverses maladies héréditaires du sang. Ainsi, les différentes sortes d'anémies constituent pour elle un terrain privilégié. Par exemple, l'une de ses recherches importantes a porté sur les globules rouges à la taille décroissante, dont souffrent 28 pour cent des écoliers, à cause de la pollution et notamment du taux élevé de plomb dans l'air et du manque du fer. En outre, la plupart de ses recherches sont axées sur des maladies largement répandues en Egypte et dans les pays de l'Afrique du Nord. Des maladies qu'elle a pu cerner de près à travers son travail avec les enfants tout au long de sa carrière de pédiatre-hématologue. Cette spécialité rare en quelque sorte en Egypte la rend très souvent candidate aux multiples prix. Ainsi, le mois dernier, l'Université du Caire a proposé le nom d'Amal Al-Bechlawi afin de recevoir le prix de L'Unesco pour la recherche médicale.

« Le rapport humain avec le médecin est très important aussi bien pour l'enfant que pour la mère. Celle-ci ne peut confier son petit à n'importe qui et se fier à son diagnostic ». Sur ce, Dr Bechlawi use souvent de quelques trucs afin de se rapprocher de ses petits patients et de les débarrasser de leur peur. Elle met un miroir sur la table d'auscultation pour que l'enfant puisse apercevoir en permanence le visage de sa mère. « Très souvent, il est très difficile pour un enfant de supporter un visage inconnu et le voir s'approcher de lui pendant un certain temps », dit Al-Bechlawi qui continue parfois à soigner gratuitement ses patients. Il lui arrive aussi de leur offrir les médicaments nécessaires. Et parmi les milliers de cas auscultés, elle se rappelle surtout un petit garçon que les médecins disaient atteint de la leucémie. C'était un enfant unique, se souvient Amal qui soutenait que les médecins s'étaient trompés de diagnostic. Son obstination l'a conduite à découvrir que lors de l'accouchement, l'infirmière avait mal noué le cordon ombilical, de quoi causer une infection chronique au ventre et l'apparition de tumeurs parasitaires autour de la bouche. « Une fois qu'on a remédié à cette infection, l'enfant s'est bien porté, il est peut-être marié aujourd'hui », dit-elle.

Les souvenirs du travail affluent. Durant ses années de service à l'hôpital du village de Ghorbet, aux alentours d'Abou-Kébir (dans le gouvernorat de Charqiya), les paysans ont soumis une demande au gouverneur, refusant sa mutation vers d'autres provinces. Le gouverneur a demandé au Dr Mahmoud Gabr, alors directeur de recherche d'Al-Bechlawi, de permettre à la jeune médecin de continuer à travailler dans cet hôpital, se pliant ainsi à la demande des citoyens.

Apparemment, la vocation de médecin, elle l'a dans le sang. « Durant mon enfance, on habitait rue Qasr Al-Aïni ; pour aller à l'école, je passais chaque jour par la faculté de médecine et je rêvais du jour où je serais admise en tant qu'étudiante. A la maison, j'avais un portemanteau en bois sur lequel était inscrit Dr Amal ! », raconte-t-elle, assise sur son balcon, avec un sourire enfantin nuancé de fierté qui se dessine sur le visage. Un balcon faisant office de jardin, regorgeant de plantes à qui elle accorde le même soin maternel qu'à ses patients. Aux côtés de l'enseignement, de la recherche et de ses malades-enfants, elle a appris à jardiner ...

Hayssam Khachaba

Jalons

1945 : Naissance au Caire.

1989 : Président du département d'hématologie à l'Université du Caire.

1990 : Présidente de l'Association égyptienne de lutte contre l'anémie de la Méditerranée (ou thalassémie).

2003 : Prix de l'Etat pour la recherche médicale.

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631