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Une question à l'Union européenne
Par Mohamed Sid-Ahmed

Les conditions climatiques perturbées qui ont sévi en Europe au cours de l'été dernier ont attiré l'attention sur les problèmes écologiques. Il y a eu une hausse considérable de la température, alors que le problème de la pénurie de l'eau a refait surface. En 1992, la France avait soulevé ce problème lors d'une rencontre extraordinaire de l'Onu tenue à Rio de Janeiro en 1992, mais malheureusement, la conférence n'avait pas abouti à un accord international sur un programme pour remédier à ce problème dangereux.

Alors que la crise de l'eau s'envenime, d'autres crises aiguës de caractère politique au Proche-Orient s'aggravent, en tête desquelles la question palestinienne et la guerre en Iraq et leurs répercussions sur la région. Dans ce contexte, l'ex-ministre français des Affaires étrangères, Hervé de Charrette, avait appelé à la tenue d'un colloque à Paris en novembre dernier pour étudier la relation entre ces crises de natures différentes et qui semblent de premier abord tout à fait indépendantes les unes des autres. Ce colloque avait pour thème « La pénurie d'eau ... entre guerre et paix »


Des conditions optimales

Depuis les années 1990, je m'étais posé la question de savoir s'il était possible que la pénurie d'eau puisse être un facteur qui aiderait au règlement des crises politiques au Proche-Orient au lieu de les aggraver ? Autrement dit, la crise de l'eau peut-elle créer de nouveaux équilibres de forces entre les parties en conflit au Proche-Orient ? La région offre des conditions optimales pour le dessalement de l'eau : une source inépuisable d'énergie qui est le soleil, de l'eau inépuisable, la Méditerranée et la mer Rouge, un désert immense qui pourrait servir de réservoir pour l'eau pure qui résulterait de l'évaporation de l'eau de mer. Puis viennent les opérations de dessalement qui permettraient d'obtenir l'eau pure à grande quantité.

Ceci nous rappelle la position qu'occupe dans l'Histoire l'ancien président Nasser parce qu'il s'est attaqué à ce problème en construisant le Haut-Barrage. Ce qui a permis d'éviter le gaspillage de l'eau du Nil. Il s'était engagé dans des guerres féroces avec l'Occident pour accomplir ce projet. Selon les critères technologiques du XXe siècle, le projet du Haut-Barrage était pionnier. N'est-il pas possible de réaliser un projet énorme de dessalement de l'eau au niveau de la mer Méditerranée en entier qui utiliserait les capacités technologiques du XXIe siècle, à un moment où on va chercher de l'eau sur la planète Mars ?

Dans ce contexte, les parties arabes doivent s'engager dans un grand projet de dessalement d'eau de mer, financé par les recettes des exportations pétrolières arabes. Il est sûr qu'Israël tentera de faire partie de ce projet. Les parties arabes pourront faire dépendre cette participation d'un règlement global du conflit arabo-israélien. La crise de l'eau aurait ainsi contribué à parvenir à un règlement de la crise du Proche-Orient.


Un projet israélien de dessalement

J'ai été surpris par des informations sur un projet israélien de dessalement d'eau de mer en cours d'élaboration. Certains intervenants en ont parlé au Colloque de Paris. En résumé, Israël aurait découvert une nouvelle méthode de dessalement d'eau de mer qui n'utilise pas l'énergie nucléaire ou solaire, mais simplement l'électricité. Ce projet réussirait à baisser les coûts de dessalement d'un dollar à un demi-dollar par mètre cube.

Selon ces mêmes sources, ce projet n'est pas conçu par Israël seul. Les Etats-Unis, l'Union Européenne (UE) et le Japon y participeraient également. Ces parties participeraient au financement du projet à hauteur de milliards de dollars. Nous déduisons donc que le projet ne se limite pas seulement à Israël ou la Palestine, mais s'étend pour englober la région en entier. Il paraît que ce projet se compose de 5 stations de dessalement, 4 à l'intérieur d'Israël et une à l'extérieur.


Pourquoi un projet secret ?

Il est important de signaler qu'il est difficile d'imaginer qu'un tel projet puisse être construit en secret. Pourquoi ce projet a-t-il été maintenu secret pendant toutes ces années ? Ceci signifie-t-il que ce projet n'est que pure invention ou bien a-t-il été remis en question ? Ou bien y a-t-il un intérêt à le réaliser en secret ? Je ne suis pas partisan de la théorie du complot dans l'explication de l'Histoire et je préfère une explication logique. Mais ceci ne veut pas dire que l'Histoire est exempte de complots et d'intentions cachées.

A ce propos, je souhaiterais m'adresser en particulier à l'UE. Pourquoi ? Parce que l'Administration américaine et les grandes institutions financières américaines sont très proches d'Israël et peuvent de ce fait entrer dans des projets secrets avec lui. Ce n'est pas le cas de l'UE. En effet, on imagine mal que cette dernière, qui regroupe 15 Etats souverains, puisse agir en secret avec Israël. De plus, l'UE ainsi que le Japon tiennent à garder de bonnes relations avec les mondes arabe et islamique.

De plus, il n'est pas possible d'appliquer au Proche-Orient deux logiques contradictoires. Une logique qui appelle à rapprocher les parties en conflit dans la région en tentant de parvenir à des règlements politiques. Puis une autre logique qui augmente le fossé entre les parties en conflit et ce, en renforçant la position d'Israël. En ce qui concerne la pénurie de l'eau, ceci signifie priver le monde arabe de profiter des nouvelles méthodes de dessalement de l'eau de mer alors que la crise de l'eau s'aggrave dans le monde entier et le monde arabe en particulier.

La relation entre l'UE et les pays arabes et musulmans appelle l'Europe à éliminer toute ambiguïté autour de sa relation avec Israël concernant ce projet. Il faut que cette question soit bien transparente. Là, la question que je pose à l'UE est la suivante : Y a-t-il encore des Etats européens qui pourraient participer à un tel projet de dessalement de l'eau de mer qui ne se limiterait pas à Israël mais qui pourrait englober à l'avenir de larges secteurs de terres arabes ? Si ce projet est encore en cours, l'UE endossera-t-elle la responsabilité d'élargir le fossé entre Israël et ses voisins, ce qui diminuera les chances de parvenir à des compromis pour les différents conflits dans la région ?

Les réunions du processus de Barcelone prévues ces jours-ci sont une occasion propice pour régler tout malentendu.

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L'Iran remporte la bataille

Par Salama A. Salama

La bataille sur le dossier nucléaire iranien a pris fin par un compromis apparemment satisfaisant pour tout le monde, mais qui constitue en réalité une victoire pour la politique de l'Iran. Celui-ci a pu sortir victorieux de la confrontation avec les pays les plus puissants du monde. Et ce lorsqu'il a choisi de ne pas s'engager dans une confrontation directe avec Washington, laissant ce soin à certains pays européens. Grâce à cette attitude, la politique iranienne a sauvé la face à l'empire américain en évitant toute escalade inutile. Et ce tout en laissant croire que les menaces de Washington contre l'Iran ont réalisé leur objectif.

La bataille s'est déroulée dans les coulisses de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA). Les Etats-Unis persistaient à dire que l'Iran possède un programme nucléaire à des fins militaires. Les prétentions américaines reposaient sur la réussite de l'Iran à produire de l'uranium enrichi et à traiter le plutonium, ce qui constitue un premier pas vers la production d’armes nucléaires. Pour Washington, ces allégations suffisaient pour transmettre le dossier iranien devant le Conseil de sécurité de l'Onu.

Pour sa part, l'Iran a répété que son programme nucléaire est strictement pacifique. En effet, les inspections entreprises par l'Agence onusienne n'ont pas abouti à des preuves confirmant la production par l'Iran d'armes nucléaires. Cependant, l'inspection a mis en lumière le progrès concret réalisé par le programme nucléaire iranien. D'où la demande adressée par l'Agence à l'Iran de signer un protocole supplémentaire au Traité de Non-Prolifération (TNP) nucléaire, permettant aux experts d'effectuer des inspections inopinées dans les sites iraniens.

Au cours des derniers mois, Israël était derrière les pressions américaines exercées sur l'Iran. Mais Israël, qui tente de monopoliser les armes nucléaires au Proche-Orient, a échoué à convaincre la Russie, la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne de ses arguments. Ces pays se sont contentés de convaincre l'Iran de signer le protocole additionnel. A cet effet, l'Union Européenne avait envoyé à Téhéran une délégation réunissant les ministres des Affaires étrangères de ces pays. En réaction, Téhéran a accepté la signature du protocole, mais en tenant fermement à sa déclaration selon laquelle son programme nucléaire est utilisé à des fins pacifiques et non militaires.

Or, ceci n'était guère satisfaisant pour Washington. Pour les Américains, il ne s'agit ni de la prolifération des armes nucléaires, ni de la possession par des « pays voyous » de telles armes. Le but des Etats-Unis est d'empêcher l'Iran de posséder une technologie nucléaire à même de lui permettre un grand essor technologique et informatique.

Il est à noter que les Etats-Unis, qui se sont trouvés isolés lors de la bataille avec l'Iran, ont dû accepter le compromis mettant l'Iran en garde contre tout manquement à ses engagements. A l'exception d'Israël, dont la capacité nucléaire lui a permis la production d'au moins 200 bombes nucléaires, Washington s'emploie à empêcher les autres pays du Moyen-Orient de posséder la technologie nucléaire. Plus encore, il barre la route à tout autre pays à capacité nucléaire de fournir cette technologie aux voisins arabes d'Israël. Les pays arabes ont accepté cette situation humiliante pour pouvoir instaurer la paix. Mais hélas, ce rêve ne se concrétisera pas de sitôt et la région ne sera pas exempte d’armes nucléaires.

 

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