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Architecture islamique . Les lucarnes qui éclairent de nombreux bâtiments sont non seulement un élément esthétique original, mais ont parfois une fonction religieuse.
Les fenêtres du soleil et de la lune

Le climat influence l'architecture. Maxime qui semble tout à fait vraie si l'on examine le rôle des lucarnes et fenêtres dans les bâtiments islamiques. Il ne s'agit pas d'un simple élément décoratif. Ces ouvertures portent d'ailleurs en arabe des noms suggestifs : chamsiyat et qamariyat, c'est-à-dire solaire et lunaire.

« L’ invention de ce genre de fenêtres est propre à l’architecture islamique », souligne Gamal Abdel-Réhim, architecte, spécialiste de l'architecture islamique. Au départ, c'est la hauteur et le caractère parfois gigantesque des bâtiments religieux qui ont inspiré la conception ces fenêtres. « Tout d'abord, il fallait trouver une solution pour diminuer le taux de pression sur les murs du bâtiment. Un second rôle consiste à mieux répartir la lumière à l'intérieur », ajoute Gamal Abdel-Réhim.

La mosquée d’Ahmad Ibn Toulon est le premier témoin de l’usage de ces fenêtres dans leur état primitif. Les murs de la mosquée Ibn Touloun portent des ouvertures de formes rectangulaires intercalées fabriquée de gypse. D’autres sont de formes cylindriques, mais celles-ci sont surtout au-dessus du mihrab (niche). « L'usage du gypse comme matière première pour la fabrication de ces qamariyat (lucarnes) se justifie par le fait que c'est la matière la plus appropriée pour la chaleur », estime Réfaat Abdel-Azim, directeur du musée islamique du Caire. En effet, « il est absolument nécessaire de distinguer entre les deux formes de fenêtres. La première forme rectangulaire s'appelle chamsiyat et son rôle consiste à mieux distribuer la lumière du soleil et à procurer une meilleure aération du lieu. La seconde forme cylindrique se nomme qamariyat. Ces dernières doivent forcément se trouver au-dessus du mihrab. Parce qu'à travers ces qamariyat, les imams peuvent vérifier le calendrier islamique (hégire), basé initialement sur la forme de la lune dans le ciel », estime toujours Gamal Abdel-Réhim.

Si au début, ces fenêtres, comme en témoignent les chamsiyat et qamariyat de la mosquée Ibn Touloun, sont dépourvues de tout ornement ou de vitraux, il n'en est pas moins vrai qu'avec l'évolution, elles sont passées au stade des chefs-d'œuvre avec des vitraux colorés comme en témoignent de nombreux monuments mamelouks.

En effet, « l'art des vitraux colorés est bien antérieur à celui des chamsiyat et qamariyat », souligne le Dr Réfaat Abdel-Azim, directeur du musée islamique du Caire. Selon lui, on trouve des traces de cet art au palais de Al-Haïr Al-Gharbi en Syrie, également dans la gigantesque mosquée Ommeyade à Damas. En Egypte, il est présent dans certains couvents et églises comme l'église Suspendue, située au vieux Caire.

Le moment effectif où ces deux arts s'unissent pour n'en former qu'un est le début de l'époque ayyoubide au VIIe siècle de l'hégire (XIIIe siècle ap. J.-C.). Les artistes de l'époque ont déployé tous leurs efforts pour orner les ouvertures déjà existantes par des vitraux colorés.

La coupole d’Al Saleh Negmeddine Ayoub, située rue Al-Moëz, est le témoin de cet amalgame.

Force est de constater que l'évolution de l'art des chamsiyat et qamariyat témoigne des caractéristiques propres à chaque époque. « Les formes géométriques et celles végétales sont celles qu'on trouve le plus souvent dans ces fenêtres, puisqu’il était prohibé d'avoir recours à des formes humaines », estime Gamal Abdel-Réhim. Dès lors, les lucarnes sont devenues un élément architectural quasi indispensable dans les édifices islamiques. Au départ, « la simplicité » caractérisait ces lucarnes, puisque ce n'étaient que de simples ouvertures, même si elles sont ornées par des vitraux. Avec le temps, les qamariyat se sont fixées définitivement au-dessus du mihrab. Quant aux chamsiyat, leur nombre a doublé. Vers la fin de l'époque mamelouke, une nouvelle forme a vu le jour : trois chamsiyat intercalées ensemble avec au-dessus trois qamariyat formant un triangle. « Cette forme architecturale du nom d’Al-Qandila (la lampe) s'est propagée au point de devenir un élément architectural essentiel dans tous les bâtiments islamiques datant de l'époque des Mamelouks baharites, comme en témoigne le complexe du sultan Qalaoun », estime Gamal Abdel-Réhim.

Nada Al-Hagrassy

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3 questions à Jocelyn Kimmel, membre de l'Institut archéologique de Londres

Al-Ahram Hebdo : Vous êtes une spécialiste des fenêtres islamiques, sur quoi portent vos recherches ?

Jocelyn Kimmel : Je m'intéresse initialement aux lucarnes fabriquées en plâtre et décorées de vitraux colorés qu'on retrouve dans les importants bâtiments tout au long de l'histoire islamique. Parmi ces édifices se trouvent les mosquées d'Al-Azhar et celle du sultan Hassan. En Espagne, il y a les bâtiments du quartier d’Al-Hambra, le palais de Topkapi à Istanbul et enfin le Dôme du Rocher à Jerusalem.

Cette particularité architecturale propre à la civilisation islamique est devenue un élément décoratif dans différents bâtiments, dont des mosquées, madrassas (écoles), monastères, villas et palais dans plus de vingt pays, allant du Sud de l'Europe au Moyen-Orient en passant par l'Afrique du Nord, pour atteindre enfin l'Asie. Des fragments sont d'ailleurs exposés dans de nombreux musées à travers le monde.

— Pourquoi avez-vous choisi d'étudier cet aspect des bâtiments islamiques ?

— A l'exception de quelques mosaïques, ce genre de fenêtre est l'unique forme artistique où le gypse et le verre se retrouvent ensemble. Malheureusement, beaucoup de ces lucarnes ont été détruites et ce type architectural risque de disparaître à jamais. De ce fait, je suis très intéressée par la technique de fabrication ainsi que le rôle religieux de ces qamariyat du Caire, puisqu'on a peu d'informations. A partir de cette étude, je peux trouver le meilleur moyen de nettoyer et conserver les qamariyat.

— Pourquoi avez-vous choisi Le Caire pour effectuer cette étude ?

— Je suis soutenue par un programme de l'Unesco pour la préservation du patrimoine du Caire islamique. J'ai choisi ce projet afin d'attirer l'attention sur cette particularité de l'héritage islamique du Caire et favoriser sa préservation. Le choix du Caire se justifie par le fait que la ville témoigne d'un héritage historique, culturel et architectural interrompu tout au long de son histoire. La qualité de l'architecture islamique est admirable.

Propos recueillis par
N. Al-H.

 

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