Cette mosquée
fut d'abord appelée Gaméa Al-Qahira (La Mosquée du Caire).
Elle avait un seul minaret et occupait la moitié de
l'espace qu'elle occupe aujourd'hui. La construction
de la mosquée s'étendit sur deux ans. La mosquée d'Al-Azhar
ouvrit ses portes pour la première fois au Ramadan 361
de l'hégire, (juin 972). Depuis sa construction, Al-Azhar
devint la mosquée officielle pour la prière du vendredi
suivant le modèle chiite. Les habitants des villes à
proximité du Caire se dirigeaient tous les vendredi
vers Al-Azhar pour écouter le sermon du vendredi (al-khoutba),
donné par le calife fatimide, et accomplir la prière
en congrégation.
Les historiens
divergent quant à la raison de son appellation. Certains
pensent que le nom Al-Azhar, littéralement « le
plus florissant », fait référence aux magnifiques
palais florissants qui entouraient la mosquée à cette
époque, dans la ville du Caire en pleine construction
et développement. Certains prétendent que la mosquée
fut appelée ainsi en prévision du statut florissant
qu'elle allait avoir grâce aux études islamiques qu'elle
accueillait. Enfin, et c'est l'opinion la plus célèbre,
le mot Al-Azhar renvoie à Al-Sayeda Fatéma Al-Zahraa,
la fille du prophète Mohamad. Cette dernière opinion
semble être la plus valable en ce sens que les Fatimides
eux-mêmes tenaient leur nom de la fille du prophète.
Trois ans
et demi après sa construction, Al-Azhar commença à jouer
son rôle dans la diffusion et l'enseignement des sciences
islamiques. En 998, Al-Azhar devint une université islamique
à proprement parler. Au début du règne d'Al-Aziz Billah,
Al-Azhar connut d'importants progrès dans le sens de
l'enseignement académique. En plus de l'enseignement
théorique et académique, des séances d'éducation morale
et religieuse étaient dispensées pour les femmes. Dès
sa naissance, l'enseignement à Al-Azhar eut un caractère
éminemment académique, avec des discussions et débats
libres entre savants. Aussi, l'enseignement à Al-Azhar
mit en place l'accueil de professeurs visiteurs. C'est
ainsi qu'Al-Azhar réunit les caractéristiques du système
académique universitaire et devint incontestablement
la plus ancienne université islamique du monde. L'éducation
à Al-Azhar incluait la jurisprudence chiite-ismaélite,
la grammaire arabe, la littérature et l'histoire. L'historien
Al-Maqrîzî affirme que l'enseignement à Al-Azhar était
tellement sectaire à sa naissance que la possession
d'un ouvrage rédigé par un savant sunnite était sévèrement
punie. Après sa construction, Al-Azhar fut directement
financé par les califes fatimides. Par ailleurs, des
Egyptiens aisés participaient à son financement en lui
léguant une part de leur fortune ou propriétés privées.
Au fil
du temps, l'enseignement s'est enrichi, les cours se
sont diversifiés en incluant l'enseignement des quatre
écoles de jurisprudence et l'enseignement de la littérature
et de la langue arabe. La réputation d'Al-Azhar n'a
cessé de croître et la tendance chiite s'est éclipsée
au profit de la tendance sunnite dont Al-Azhar devint
le centre le plus rayonnant.
Les Fatimides
gouvernèrent l'Egypte pendant deux cents ans. Malgré
l'appartenance des Fatimides à la secte chiite-ismaélite,
le peuple égyptien resta fidèle à la tendance sunnite,
enseignée dans des anciennes mosquées comme la mosquée
Amr Ibn Al-Ass à Al-Fostat. Salaheddine instaura la
dynastie des Ayyoubides où il rétablit le sunnisme.
Il fit appel aux savants musulmans sunnites égyptiens,
autrefois contraints à faire profil bas sous la dynastie
fatimide. Il rétablit donc le sunnisme. Toutefois, il
y approuva l'enseignement des quatre écoles de jurisprudence
sunnites à Al-Azhar.
L'Egypte,
première puissance islamique de l'époque, attira les
flux de savants fuyant de l'Occident ainsi que de l'Orient
à cause des guerres ou des persécutions.
Sous le
règne des Mamelouks, entre 648 et 922 de l'hégire (1250-1517),
Al-Azhar agrandit ses activités et assuma de nouvelles
responsabilités envers le monde musulman. L'enseignement
à Al-Azhar, qui connut alors son âge d'or aux VIIIe
et IXe siècles de l'hégire (XIVe et XVe siècles). Il
est à souligner qu'Al-Azhar joua un rôle important dans
le développement de certaines sciences non religieuses.
En effet, certains savants étudiaient aussi des sciences
comme la médecine, les mathématiques, l'astronomie,
la géographie et l'histoire.
Sous l'Empire
ottoman, Al-Azhar fut financièrement dépendant des Waqfs
(donations islamiques). Les savants avaient la liberté
de choisir les disciplines et les ouvrages qu'ils souhaitaient
enseigner. Ainsi, Al-Azhar devint le foyer de sciences
islamiques le plus brillant, fort de son identité libre
et son indépendance intellectuelle. Cette réputation
d'Al-Azhar attira de nombreux savants et étudiants musulmans
venant des quatre coins du globe.
Al-Azhar
joua un rôle prépondérant dans la lutte contre la campagne
militaire de Bonaparte en juillet 1789. Lieu de rencontre
des savants et intellectuels pour combattre l'occupation
française, Al-Azhar devint le siège de la révolution.
Lorsque la révolution éclata, la mosquée d'Al-Azhar
fut attaquée par les soldats français qui ont pénétré
la mosquée à dos de cheval …
Des manuscrits
uniques de la bibliothèque d'Al-Azhar furent détruits
et l'événement resta gravé dans la mémoire égyptienne.
Dans cette situation explosive, le Grand Imam d'Al-Azhar
et les savants jugèrent impossible de poursuivre les
cours. Dans sa longue histoire, c'est l'unique fois
où Al-Azhar ferma ses portes. Après trois ans de révolte,
le pays retrouva sa liberté et Al-Azhar reprit ses activités
et demeurait jusqu'aujourd'hui le ventre principal pour
les études islamiques.