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Proche-Orient
. L'Initiative de Genève, plan de paix alternatif
israélo-palestinien, a été lancée lundi en Suisse. Elle
vise à faire pression sur Ariel Sharon pour qu'il change
sa position vis-à-vis du processus de paix.
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Initiative
rejetée
par Israël |
| Quatre
cents personnalités palestiniennes et de l'opposition
israélienne ont participé lundi à Genève au lancement
solennel de l'Initiative de Genève, un plan de paix alternatif
catégoriquement rejeté par le premier ministre israélien
Ariel Sharon et soutenu du bout des lèvres par le président
de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat.
Ce
texte de cinquante pages propose des solutions concrètes
aux questions les plus épineuses et prévoit des concessions
majeures de part et d'autre. Aux termes de ce projet,
Israël devrait évacuer la quasi-totalité de la Cisjordanie
et partager la souveraineté de Jérusalem, tandis que les
Palestiniens renonceraient de facto au droit au
retour en Israël de 3,8 millions de réfugiés. Concernant
Jérusalem, l'Initiative prévoit que les quartiers juifs,
y compris les implantations construites dans la partie
orientale, seront sous souveraineté israélienne et les
quartiers arabes sous souveraineté palestinienne. Elle
accorde à l'Autorité palestinienne la souveraineté sur
l'Esplanade des mosquées, à Israël la souveraineté sur
le Mur des lamentations, en contrebas.
Selon
la ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline
Calmy-Rey, l'Initiative de Genève a pour objectif de faire
« pression pour que la paix soit discutée »
entre Israéliens et Palestiniens.
Toutefois,
elle est catégoriquement rejetée par Israël. Le gouvernement
israélien a lancé une offensive en vue de dissuader la
communauté internationale et surtout les Etats-Unis de
la soutenir. A cet effet, il a mis en garde contre une
possible rencontre à Washington entre le secrétaire d'Etat
américain, Colin Powell, et les auteurs de l'Initiative.
Une telle démarche « ne peut qu'encourager le
terrorisme et porter atteinte à la Feuille de route »,
a affirmé un responsable à la présidence du conseil, qui
a requis l'anonymat. Sans soutenir explicitement l'Initiative,
M. Powell a adressé une lettre d'encouragement à ses auteurs,
l'ancien ministre israélien de la Justice, Yossi Beilin,
et l'ancien ministre palestinien de l'Information, Yasser
Abed Rabbo.
Côté
palestinien. Le conseiller pour la sécurité nationale
du président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat,
Jibril Rajoub, a déclaré que sa participation au lancement
de ce plan de paix israélo-palestinien non officiel « reflète
le désir de la direction palestinienne d'encourager le
camp de la paix en Israël ».
Pour
sa part, le nouveau représentant palestinien en Suisse,
Anis Al-Qaq, a souligné : « Nous ne pouvons
adopter ce plan officiellement, car il n'a pas été négocié
entre des représentants officiels », a déclaré
M. Al-Qaq à la presse. « Mais si de nombreux acteurs — Israël,
le Quartette (Les Etats-Unis, l'Onu, l'Union européenne
et la Russie) ou les Etats-Unis — sont prêts
à avancer et à l'adopter, nous l'adopterions ».
Le
document est cependant loin de faire l'unanimité dans
le camp palestinien, notamment auprès des mouvements radicaux
comme le Hamas. Des manifestants représentant les
différentes mouvances palestiniennes avaient tenté d'empêcher
le départ d'une délégation palestinienne pour Genève.
Certains responsables du Fatah, censés se rendre
en Suisse pour le lancement de ce plan, ont renoncé à
leur voyage, faute de soutien interne, alors que d'autres
maintenaient leur participation.
Un
haut responsable du Fatah, le ministre sans portefeuille,
Qadoura Farès, a critiqué la « campagne menée
contre l'Initiative de Genève au sein même du comité central
du Fatah », accusant l'instance dirigeante
« d'avoir un double langage ». Samedi,
les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa — nébuleuse
de groupes armés liés au Fatah — ont
dénoncé l'Initiative de Genève, qualifiant notamment les
négociateurs palestiniens de « collaborateurs
d'Israël » pour avoir fait, selon eux, des concessions
inadmissibles sur la question des réfugiés. Concernant
les réfugiés, le projet ne mentionne pas le « droit
au retour » des Palestiniens ayant fui ou ayant
été chassés de chez eux durant la première guerre israélo-arabe
de 1948 et de leurs descendants, soit près de quatre millions
de personnes. Les réfugiés pourront s'établir, selon ce
texte dans le nouvel Etat palestinien ou dans des pays
tiers. Certains pourront revenir en Israël, mais l'Etat
hébreu sera seul souverain pour décider du nombre. |
Rania
Adel |
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Réactions
mitigées
sur l'Initiative de Genève |
D'emblée
rejetée par Israël, alors que l'Autorité palestinienne
joue l'ambiguïté, l'Initiative de Genève pour la paix
au Proche-Orient bénéficie surtout de l'appui des Européens
et de pays arabes, les Etats-Unis et l'Onu exprimant leurs
réserves. Ce projet officieux préparé par des personnalités
israéliennes et palestiniennes, qualifié dès avant son
lancement lundi « d’erreur » par le premier
ministre israélien Ariel Sharon, n'a pas été adopté publiquement
par le dirigeant palestinien Yasser Arafat, qui s'est
borné à dépêcher des représentants aux cérémonies en Suisse.
Cette initiative a été en outre accueillie par un non
massif au sein des principaux mouvements palestiniens,
dont le Fatah de Yasser Arafat, et le Hamas.
Dans
ce contexte, le secrétaire général des Nations-Unies,
Kofi Annan, tout en saluant le projet, n'a pas hésité
à rappeler que « les efforts de la société civile »
ne pouvaient « pas se substituer à l'action officielle ».
A ses yeux, l'essentiel est que le gouvernement israélien
et l'Autorité palestinienne agissent « pour mettre
en œuvre les solennels engagements qu'ils ont pris ».
D'autant plus que les Etats-Unis ont répété que leur politique
consistait « à soutenir la Feuille de route »,
plan de paix élaboré par le Quartette (Etats-Unis, Union
européenne, Russie et Onu), approuvé par l'Autorité palestinienne
et accepté, avec des réserves, par le gouvernement israélien,
prévoyant l'arrêt des violences de l'Intifada, le gel
de la colonisation juive dans les territoires occupés
et la création d'un Etat palestinien d'ici à 2005.
Néanmoins,
preuve que les Américains prennent malgré tout l’Initiative
de Genève au sérieux, ses principaux promoteurs devraient
rencontrer à la fin de la semaine à Washington le secrétaire
d'Etat Colin Powell.
Le
porte-parole du Département d'Etat, Richard Boucher, interrogé
sur cette éventuelle rencontre, avait indiqué lundi :
« Nous allons voir si le secrétaire d'Etat pourrait
être impliqué. Cela se pourrait ». « Des
gens du bureau des affaires du Proche-Orient (du département
d'Etat) impliqués dans le processus de paix vont certainement
les rencontrer », a affirmé M. Boucher, sans
toutefois donner de date ou de nom. M. Boucher a réaffirmé
que Washington souhaitait « saluer les efforts »
des promoteurs du projet de Genève pour ouvrir un dialogue
entre Israéliens et Palestiniens, tout en indiquant que
« notre politique consiste à soutenir la Feuille
de route » pour parvenir à un règlement final.
M. Powell avait salué début novembre « l'Initiative
de Genève » dans une lettre adressée à MM. Beilin
et Abed Rabbo dans laquelle il affirmait « apprécier
leurs efforts pour promouvoir une atmosphère d'espoir »
tout en soulignant que la Feuille de route restait le
document de référence pour Washington.
Même
dans les territoires, l'Initiative de Genève ne fait pas
l'unanimité. Des manifestations et des colloques ont été
organisés lundi, avant son lancement formel, dans la bande
de Gaza et en Cisjordanie. La plus importante manifestation
s'est déroulée dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans
le nord de la bande de Gaza, à l'appel du Hamas.
Quelque
1 500 manifestants ont scandé des slogans contre
l'Initiative de Genève et son principal promoteur côté
palestinien, Yasser Abed Rabbo, membre du comité exécutif
de l'OLP et ancien ministre. « Non à la trahison,
non aux traîtres », ont-ils crié. « L'Initiative
de Genève est un jour noir dans l'histoire du peuple palestinien »,
proclamait une banderole déployée par les protestataires.
L'Initiative
de Genève a été rejetée par les principales formations
palestiniennes du fait que les Palestiniens y renoncent
de facto au droit au retour de leurs réfugiés et
accordent à Israël des concessions territoriales. A ce
sujet, lundi à Gaza, quelque 2 000 personnes ont
assisté à « une conférence nationale pour la défense
du droit au retour des réfugiés et contre les dangers
de l'Initiative de Genève ». « Cette
initiative est une concession gratuite à Israël et elle
divise le peuple palestinien », a affirmé en
marge du rassemblement un dirigeant du Djihad islamique,
Mohamad Al-Hindi. Ce document « est nul et non
avenu car il renonce aux droits du peuple palestinien
en tête desquels celui du retour », a pour sa
part affirmé un responsable du Hamas, Ismaël Haniyeh.
Rassemblés dans le centre de Ramallah en Cisjordanie,
quelque 300 manifestants ont dénoncé l'Initiative de Genève,
accusant ses promoteurs de « liquider la cause
palestinienne ». « Cette manifestation
est la réponse à ceux qui se sont arrogés le droit de
représenter le peuple palestinien », a lancé
à la foule Hussein Al-Cheikh, un des chefs du mouvement
Fatah de Yasser Arafat.
A
Jénine, plus au nord, la branche locale du Fatah
a distribué un communiqué dans lequel elle menace d’exécuter
publiquement « les promoteurs de l'Initiative
de Genève s'ils signent formellement ce document. (...)
Le droit au retour est un droit sacré et nous ne permettrons
à personne d'y renoncer », affirme le texte.
A
Naplouse, également dans le nord de la Cisjordanie, quelque
400 personnes ont assisté à un colloque contre l'Initiative
de Genève dans le campus de l'université Al-Najah.
Tayssir
Nasrallah, membre de la commission des réfugiés au Parlement
palestinien, a qualifié dans un discours les promoteurs
du projet de « souris de laboratoires qui ne représentent
qu'eux-mêmes ».
Le
chef de la commission des réfugiés au Parlement, le député
Jamal Al-Chatti, a pour sa part appelé les Palestiniens
à « boycotter tous ceux qui sont à l'origine de
ce plan ou le signent ». |
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