Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'invité

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Tournée . Le président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, effectue du 3 au 10 décembre une tournée historique dans le monde arabe, qui le mènera en Syrie, au Liban, dans les Emirats arabes unis, en Egypte et en Libye. Il évoque dans cet entretien les objectifs de cette tournée, la première d'un chef d'Etat brésilien dans la région depuis la fin du XIXe siècle.
« Le monde arabe
fait désormais partie de nos priorités
 »

Brasilia,
De notre envoyée spéciale —

Al-Ahram Hebdo : Vous allez entamer mercredi 3 décembre la première visite d'un chef d'Etat brésilien en Egypte et dans quatre autres pays arabes. Quels sont les objectifs de cette tournée et pourquoi en ce moment précis ?
Luiz Inacio Lula da Silva : Depuis mon élection, nous avons décidé que le Brésil devrait avoir une politique extérieure plus énergique que celle menée jusqu'à présent par notre pays. Ceci veut dire adopter de nouvelles orientations. La première d'entre elles est de renforcer nos relations avec les pays membres du Mercosur (Marché commun sud-américain), ainsi que tous les autres pays de l'Amérique du Sud. Le but étant d'adopter une politique de rapprochement et d'intégration continentale sur tous les plans. Pour mettre en œuvre cette politique, nous avons besoin de construire un grand nombre de routes, chemins de fer, ports et aéroports pour aider les personnes et les produits à se déplacer plus facilement d'un pays à l'autre. Pour cela, de nombreux ministres comme ceux des Affaires étrangères, Celso Amorin, du Développement, du Commerce et de l'Industrie, Luis Furlan, et de l'Agriculture ont déployé de gros efforts. Aujourd'hui, nous avons réussi ce projet d'intégration de l'Amérique du Sud. Pour cette raison, je pense que nous sommes en train de vivre un moment exceptionnel.

Nous avons également décidé d'adopter une politique de plus grande intégration avec les pays africains, notamment ceux où on parle portugais. Pendant très longtemps, le Brésil a concentré son attention sur ces relations avec l'Europe et les Etats-Unis, en négligeant celles avec ces pays africains.

Puis, il y a six mois, nous avons décidé qu'il était temps d'avoir une politique plus élaborée et adéquate vis-à-vis du monde arabe. Et c'est la troisième priorité de notre politique extérieure. Il y a plusieurs raisons à cette nouvelle politique. D'abord parce que cette région a une grande importance culturelle pour nous. Puis parce que le Brésil peut donner au monde un exemple concret de cohabitation, de tolérance et de vie harmonieuse entre populations issues des différents horizons culturels. Nous avons ici un nombre considérable d'Arabes, originaires de l'ensemble des pays de cette région, qui vivent au Brésil dans la plus grande tranquillité et prospérité. Ils travaillent ici en paix et sans les soucis rencontrés ailleurs. Nous avons alors réalisé qu'il était nécessaire d'entamer un rapprochement avec l'Egypte et le monde arabe. C'est dans cet esprit que j'effectue ma tournée dans le monde arabe. Nous avons comme objectif un raffermissement des liens politiques, culturels et commerciaux avec ces pays que je vais visiter. Nous voulons étudier ce qui peut être amélioré dans ces domaines. Nous voulons savoir ce que l'Egypte et le monde arabe peuvent offrir au Brésil, ainsi qu'identifier ce que le Brésil peut offrir à ces pays. Et en même temps, œuvrer pour un plus grand rapprochement entre l'Amérique du Sud et le monde arabe. C'est pour cette raison que j'ai invité l'ex-président argentin Eduardo Duhalde, qui est le représentant du Mercosur, pour faire ce voyage avec moi. Il doit expliquer à nos interlocuteurs les buts recherchés par le Mercosur dans le monde arabe.

— Vous avez proposé il y a quelques mois la tenue d'un sommet entre les chefs d'Etat des pays arabes et ceux de l'Amérique du Sud. Pourquoi ?
— Nous avons l'intention d'organiser au mois de mai un sommet entre les pays arabes et ceux de l'Amérique du Sud. Nous allons discuter de cette question avec tous ceux que nous rencontrerons au cours de notre tournée. Nous espérons que de cette manière, les pays d'Amérique du Sud se tourneront désormais non pas seulement vers l'Europe et les Etats-Unis, mais aussi vers les pays arabes. Nous cherchons également à convaincre les gens en Egypte et dans le monde arabe de se tourner un peu plus vers nous, réaliser qu'il existe un pays de poids comme le Brésil ou un continent important comme l'Amérique du Sud, et rappeler les relations d'amitié entre nous.

Au cours de ce sommet, nous pourrons consolider de manière définitive la nature privilégiée des relations entre ces deux mondes. On pourra alors réaliser un rapprochement sur le plan politique, discuter de la paix au Moyen-Orient, améliorer notre coopération scientifique et technologique, ainsi que jeter les bases d'une politique culturelle plus importante. Pour cela, j'amène avec moi les ministres des Affaires étrangères, des Finances, du Tourisme, du Commerce et de l'Industrie, ainsi que celui de la Culture. Il y aura aussi des gouverneurs de nombreux Etats brésiliens.

Je pense que le Brésil a un rôle important à jouer dans le monde d'aujourd'hui, où prévaut l'esprit de la mondialisation. Nous allons exercer ce rôle avec force et responsabilité. Mais j'aimerais souligner que notre rapprochement avec le monde arabe ne devrait pas affecter les bonnes relations que nous avons avec l'Europe et les Etats-Unis.

— L'Egypte et le Brésil ont des points communs dans leur région respective. Pourtant, ils sont restés jusqu'à présent très distants. Que faut-il faire pour changer cette situation ?
—  Je dirais que si les relations culturelles et politiques avec l'Egypte n'ont pas été à la hauteur des espérances, c'est parce que nous n'étions pas au gouvernement. Nous avons désormais l'intention d'améliorer et de raffermir ces relations sur tous les plans. Et discuter avec les autorités égyptiennes des meilleurs moyens pour rendre ces liens encore plus solides.

— Quelles sont les entraves qui empêchent le monde arabe et l'Amérique Latine — deux ensembles appartenant au Sud — d'être en coopération plus étroite ?
— Je pense que c'est à cause du manque de connaissance mutuelle et aussi un peu le manque de courage ou la timidité qui ont empêché les parties de prendre l'initiative et de faire le premier pas vers l'autre. Nous ici, au Brésil, nous avons décidé de ne pas attendre que les gens viennent vers nous. Avec ce voyage historique, nous sommes déterminés à élargir nos contacts pour pouvoir identifier toutes les possibilités de coopération et d'échange entre nous. Nous voulons connaître les types de coopération que nous pouvons avoir dans les domaines de l'agriculture, du pétrole, de la culture, de l'éducation et de la santé. Je pense qu'on peut faire beaucoup de choses. Mais tout n'est réalisable qu'à la condition d'avoir une meilleure connaissance de l'autre.

C'est pour cette raison que j'ai proposé la tenue du premier sommet entre les pays arabes et sud-américains. C'est pour qu'il y ait une plus grande intégration. A partir de là, nous pourrons commencer à appliquer les centaines de protocoles signés avec les pays arabes, mais qui sont restés lettre morte.

Nous avons au Brésil, au sein du Mercosur et en Amérique du Sud, la ferme volonté de changer le cours de nos relations avec le monde arabe. On espère trouver la même volonté chez les pays arabes. Si c'est le cas, nos relations changeront complètement dans trois ans.

Les pays pauvres ont normalement tendance à attendre des initiatives des pays riches comme les Etats-Unis ou l'Union européenne pour les aider. Mais ces pays riches ont parfois d'autres priorités internes qui risquent d'affecter leur assistance économique. C'est le cas actuellement de l'Union européenne qui va s'élargir à dix pays de l'Europe de l'est. L'Union européenne aura donc moins de ressources à accorder aux pays du Sud. C'est pour cette raison que nous devrions établir et augmenter les échanges entre nos pays en voie de développement. Si les pays du Sud, qui ont des similarités, se mettent ensemble et forment un bloc ils pourront négocier une position plus forte avec les plus puissants.

— Le monde arabe que vous allez vifait aujourd'hui face à deux crises majeures, en Palestine et en Iraq. Qu'en diriez-vous à vos interlocuteurs arabes ?
— Ici, au Brésil, nous sommes très préoccupés par la paix au Moyen-Orient. Malheureusement, cette fois, je n'irai ni en territoires occupés ni en Israël. Mais j'espère avoir plus tard d'autres occasions pour y aller et discuter de la paix. Là dessus, j'aimerais simplement dire que si dans le monde entier on s'intéresse à lutter contre la misère et la faim, il ne resterait plus de place pour les guerres et le terrorisme.

Propos recueillis par
Randa Achmawi

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631