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Affaire Zikra . L'assassinat de la chanteuse tunisienne par l'homme d'affaires Aymane Al-Séwidi vient mettre en relief les formes de criminalité répandues au sein de la « Jet set ».
Délinquance de luxe

Le premier millionnaire à avoir fait parler de lui régulièrement dans les affaires à scandales est Hossam Aboul-Fotouh. Il y a plus de 10 ans, il est devenu célèbre suite à une relation tumultueuse avec une star de cinéma. Celle-ci a fini par être jetée dans le vide et dût subir plusieurs interventions chirurgicales. La cause officielle fut un accident de voiture. L'année dernière, ce célèbre millionnaire s'est trouvé accusé de plusieurs crimes dont le port de plus de 12 armes sans autorisation. Il s'agissait d'armes belges et américaines, dont des fusils dotés de télescopes, et des appareils d'écoute et d'espionnage dont l'entrée dans le pays est interdite. De plus, il a fait filmer en vidéo ses ébats amoureux avec des danseuses, entres autres, et pour une raison inconnue, les cassettes ont été largement distribuées. En outre, ses dettes dépassent le milliard de L.E., sans garanties à la hauteur de ce montant. A présent, il est en prison et attend le jugement final avec un sang-froid étonnant.

Par ailleurs, un ex-responsable du PND, Tareq Al-Séweissi, a été accusé de trafic d'antiquités (lire nos pages Patrimoine). Dans son palais de Mansouriya, outre des pièces d'antiquités, la police a confisqué 8 pièces d'armes dont un revolver en or et un fusil de chasse dont il n'existe que 100 exemplaires et portant le nom de son propriétaire en inscription. Les autres armes sont d'un genre très rare et la valeur de l'une d'entre elles atteint même les 50 000 dollars !

D'autres hommes d'affaires impliqués dans la vie politique se sont illustrés par leurs actes, suscitant l'opprobre publique. On peut citer notamment l'incident, survenu sur une plage huppée, au cours duquel le fils d'un homme d'affaires et député, Aboul-Enein, a provoqué la mort d'un nageur. L'enquête s'est conclue par un accord à l'amiable et le versement de plus d'un million de L.E. à la famille du défunt.

Autre affaire célèbre : le fils de Salah Chaladem, député de Suez, âgé de 18 ans, a écrasé la voiture d'un ingénieur accompagné de sa femme et de ses deux enfants en conduisant une Jeep à contresens sur le pont du 6 Octobre, après minuit et en état d'ivresse. L'accident a coûté la vie au père de famille tandis que son épouse est paralysée pour le restant de ses jours. La prison était inévitable, en théorie, mais le père a versé plus de 5 millions de L.E. de dédommagement pour que son fils en réchappe. Les cas de ce genre — où les familles des victimes reçoivent des compensations financières et où l'affaire est étouffée  sont nombreux.

Mais l'affaire la plus sensationnelle reste celle d'Arcadia Mall, il y a deux ans. Dans un night-club huppé, un millionnaire, Amr Al-Hawari, a tué à l'arme blanche un autre homme d'affaires, Mahmoud Rawhi, pour une bagarre sur une danseuse. L'assassin a été condamné à 15 ans de prison et les gardes du corps des deux hommes qui ont été blessés en tentant d'intervenir ont été punis eux aussi. Le scandale avait été un signal d'alarme à l'époque. L'affaire Zikra devrait avoir le même effet.

Dina Ibrahim
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Les dérèglements du port d'arme

Cela fait deux ans que le ministère de l'Intérieur a suspendu l'octroi de permis de port d'armes. En fait, selon les autorités, il fallait juguler une tendance croissante au trafic d'armes et à l'utilisation de tous calibres et d'armes blanches dans les affaires de vendetta, de rivalités, en plus des cas de violence conjugale. Le port d'armes est réglementé depuis 1905. La loi a subi plusieurs amendements et évolutions par la suite. Théoriquement, le citoyen voulant obtenir un permis doit se présenter au commissariat de police de son quartier pour présenter une demande incluant le genre d'armes, pistolet ou fusil, et les justifications. Ensuite, des investigations ont lieu de la part de la direction de la sûreté. Puis le postulant, si sa demande est acceptée, s'engage par écrit à acquérir l'arme chez un marchand autorisé, pour le genre d'armes autorisées. Entre autres, les armes automatiques à répétition sont interdites, selon la loi 294. Or, dans le cas du crime dont Zikra a été la victime, une mitraillette a été utilisée. Ce fait a déclenché une polémique, suite à une information de source policière affirmant que toutes les armes du crimes étaient autorisées. Or, il semble selon la même source qu'il existe une sorte de mitraillette à double chargeur importée des Etats-Unis et autorisée, mais modifiée illicitement en Egypte de manière à devenir beaucoup plus efficace. Un grand nombre d'hommes d'affaires ont acquis cette arme. Selon la source, la police aurait averti le ministre de l'Intérieur du problème.

Il est évident que les hommes d'affaires sont entrés sur un marché d'armes déjà florissant, originellement destiné en majorité à la Haute-Egypte, étant donné les traditions de vendetta.

En 2001, le ministère de l'Intérieur a saisi 16 000 pièces d'armes, dont 1 209 fusils automatiques, 17 mitraillettes et 1 659 fusils. Selon des spécialistes, c'est l'arbre qui cache la forêt. Et les armes saisies représenteraient une part infime d'un marché qui dépasserait les 500 000 pièces, tous genres confondus. Les marchés florissants d'Assouan, au sud, jusqu'à Salloum dans le nord-ouest. Mais les marchés les plus importants sont ceux d'Al-Badari, à Assiout, celui de Nagaa Abdel-Rassoul, et celui de Dechna à Qéna. Un peu plus au nord, c'est à Qalioubiya près du Caire que se trouvent les marchés d'Al-Khanka et d'Al-Gabal Al-Asfar. A Guiza, il y a le marché de Haranniya. Quant à Ismaïliya, c'est là que se trouvent les armes les moins chères récupérées après les différentes guerres qui se sont déroulées dans le Sinaï. Des tribus bédouines se livrent à ce trafic.

En Haute-Egypte, l'arme est un instrument de défense et aussi de prestige. Dans certains coins, on voit même des enfants porter des fusils automatiques, les brandir à volonté et tirer en l'air. S'il s'agit de traditions et d'un état de fait auquel il faut clairement remédier, le plus dangereux reste le surarmement des hommes d'affaires et des industriels. Certaines catégories de la population sont autorisés à avoir des armes sans permis. Il s'agit des députés, des ministres et ex-ministres, des fonctionnaires de l'Etat au rang de général, des gouverneurs en poste et des anciens gouverneurs, des membres du corps diplomatique et consulaire et des agents des services de renseignements. Les membres du Conseil consultatif ont obtenu eux aussi ce droit. Le ministre de l'Intérieur a le pouvoir discrétionnaire de donner un permis à des étrangers et aux sportifs qui pratiquent le tir. Ceux-ci doivent simplement notifier au ministère le nombre et le type d'armes qu'ils détiennent et obtenir une attestation libellée en ce sens. Ils doivent aussi faire une déclaration quand ils se débarrassent de ces armes.

A.L.

 

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