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Affaire
Zikra .
L'assassinat de la chanteuse tunisienne par son époux
Aymane Al-Séwidi reste une énigme. L'homme d'affaires
égyptien a tué deux autres personnes avant de se donner
la mort. Un fait divers d'une violence inouïe.
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Le
crime de l'année |
Un
crime pas comme les autres ? L'assassinat de la chanteuse
Zikra, tuée vendredi dernier par son mari, un célèbre
homme d'affaires, a provoqué une émotion sans pareille,
non seulement en Egypte et en Tunisie, pays de la victime,
mais partout dans le monde arabe. Le caractère sanglant
du crime ne pouvait pas laisser indifférent : un
vrai carnage où quatre types d'armes ont été utilisés,
et où Zikra a été achevée d'une rafale de 26 balles de
mitraillette qui a suivi 4 coups de revolver qui l'ont
laissée souffrir une quinzaine de minutes. D'autant plus
que l'affaire impliquait des gens de la haute société,
une chanteuse et un homme d'affaires, et que ce déluge
de feu a eu lieu dans un appartement du quartier huppé
de Zamalek, où l'assassin avait installé un véritable
arsenal dans sa chambre à coucher.
L'affaire
a évidemment fait la une de la plupart des journaux égyptiens
et arabes qui n'ont pas manqué de publier parfois une
photo de Zikra sur toute la longueur de la première page.
La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre
et a eu des échos jusque dans les médias étrangers comme
les quotidiens français Le Figaro et Libération,
l'Economist à Londres, ou la chaîne française TV5
et d'autres encore, ainsi que sur différents sites web.
En
fait, ce qui a attiré l'attention n'est pas seulement
l'assassinat de la chanteuse Zikra qui jouissait d'un
grand capital de sympathie dans le monde arabe, mais aussi
le caractère brutal et imprévu de l'incident qui nous
rappelle les films d'actions américains.
L'autre
figure du drame est Aymane Al-Séwidi, 42 ans, un homme
d'affaires égyptien et un millionnaire membre d'une famille
très connue, dont le cousin est député. Les interrogations
portent notamment sur la facilité avec laquelle il a utilisé
une mitraillette pour régler un différend conjugal. Un
crime passionnel ? Ou un abus de pouvoir et de force ?
Même s'il s'est suicidé, il n'empêche que le fait de posséder
autant d'armes relève d'une volonté de faire étalage de
force de la part d'une personne appartenant à une certaine
catégorie sociale pour laquelle tout est permis. (Lire
encadré). Avant de se suicider, le mari de la chanteuse
a tué Khadiga Salaheddine, chargée de gérer les affaires
de son épouse, ainsi qu'Amr Hassane Sabri, le gérant de
ses propres affaires et mari de Khadiga Salaheddine, qui
se trouvaient dans l'appartement au moment de la dispute.
D'autres auraient échappé au carnage si l'on en croit
les informations de presse. Le soir du crime, Al-Séwidi
avait invité à dîner le compositeur Hani Mehanna, qui
avait parrainé Zikra depuis le début de sa carrière, et
le propriétaire d'un night-club qui a été à l'origine
de l'idylle née entre Zikra et Al-Séwidi. Les deux ont
décliné l'invitation. Al-Séwidi aurait même appelé Mehanna
3 fois au téléphone pour l'inviter. S'agissait-il d'un
guet-apens où l'homme d'affaires voulait attirer ces hommes
pour lesquels il aurait eu de la rancœur ? |
Un
mobile peu clair
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Le
motif réel qui a poussé Aymane Al-Séwidi à commettre ce
crime n'est pas clair jusqu'à présent. Une série de questions
sont sans réponse. Est-ce que c'est la vengeance qui se
trouve derrière l'acte ? Al-Séwidi soupçonnait-il
son épouse de le trahir avec une personne non précisée,
éventuellement le gérant de ses affaires qu'il a criblé
de 29 balles déformant complètement son visage ou un compositeur ?
Etait-il atteint de dépression ? Ou complètement
ivre ?
Selon
des proches du couple, la raison de la dispute pourrait
être la volonté d’Al-Séwidi de s'installer de manière
permanente avec son épouse contre la volonté de Zikra.
Selon la même source, Zikra a contracté avec Al-Séwidi,
il y a quelques mois, un mariage orfi (union non
officialisée), mais le mari avait obtenu par une décision
de justice il y a deux semaines l'officialisation de leur
mariage. Difficile à croire tant, dans ce milieu, ce genre
de relations est répandu. Contrairement à l'Egypte et
à d'autres pays arabes, la pratique du mariage orfi,
une forme de concubinage tolérée par certains oulémas
de l'islam est interdite en Tunisie tout comme la polygamie.
De
grands secrets restent encore à dévoiler. Si pour Hani
Mehanna, Zikra avait un « comportement moral irréprochable
et que son mari l'aimait jusqu'à la folie »,
le mystère devient plus opaque. Difficile aussi de comprendre
une telle passion chez un homme qui était connu pour s'être
entiché de nombreuses actrices et danseuses. Il a été
marié à la célèbre jeune star Hanan Tork pendant un mois.
Elle a trouvé cette liaison si pénible qu'après le divorce,
elle a organisé une fête. Il a ensuite épousé la danseuse
Hendiya, qui porte aujourd'hui le niqab, et une
danseuse marocaine peu connue, Nadia. Pour certains, la
clé du secret se trouverait auprès de Nadia, son seul
et vrai amour, avec laquelle il est resté en liaison même
après son mariage.
Al-Séwidi
faisait figure d'homme prodigue. Il a acquis il y a un
mois le night-club Blues, sur le Nil à Guiza, pour
y inviter ses amies. Il a dépensé des millions pour ses
mariages tant et si bien que ses dettes dans différentes
banques s'élèvent à 140 millions de L.E.
Le
mystère subsiste en attendant que le Parquet donne son
avis sur ce quadruple crime. Selon le procureur général,
Maher Abdel-Wahed, il faudra attendre que soit prouvé
le scénario suivant : Al-Séwidi assassinant sa femme
et les deux autres puis se suicidant. Il est possible,
selon Abdel-Wahed, qu'il y ait eu une 5e personne qui
aurait assassiné les quatre autres. Le Parquet reste prudent
donc. En attendant, des milliers de personnes ont conduit
Al-Séwidi à sa dernière demeure dans le cimetière de son
village natal, Tama Al-Marg, à Charqiya. Réaction curieuse
qui témoigne d'une solidarité tribale absurde.
Quant
à Zikra, le président tunisien, Zine Al-Abidine Bin Ali
a entamé, une procédure auprès des autorités égyptiennes
pour que « les circonstances du drame soient élucidées »
au plus vite, et que « les droits de la victime
soient préservés ». Les autorités tunisiennes
sont en contact avec la justice égyptienne et un magistrat
tunisien s'est rendu au Caire pour participer à l'enquête
sur le meurtre.
« Quel
mauvais sort ! ». « Qu'est-elle
allée chercher en Egypte ? », « Va-t-on
rapatrier son corps ? ». Dans la rue, sur
les terrasses de café, dans les bureaux, les Tunisiens
s'interrogeaient émus, choqués, certains se recueillant,
en pleurs, sur la dépouille de la chanteuse. Le corps
a été transporté à Tunis à bord d'un avion spécial affrété
par la société Rotana, appartenant au prince saoudien
Al-Walid Ibn Talal, qui a lancé il y a quatre jours seulement
le dernier album de la chanteuse, Yom lik yom aleik
(Un jour pour toi, un jour contre toi). Décidément vendredi
dernier était un jour contre Zikra. |
| Aliaa
Al-Korachi
Ahmed
Loutfi |
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L'autre
affaire Zikra |
Installée
en Egypte depuis plusieurs années, Zikra, de son vrai
nom Zikra Mohamad Abdallah, avait fait parler d'elle au
début de l'année, lorsqu'elle avait comparé les difficultés
rencontrées dans sa carrière aux souffrances du prophète
Mohamad, ce qui avait provoqué la colère d'un juge religieux
saoudien, le cheikh Ibrahim Al-Khodeiri, du Grand tribunal
de Riyad, qui avait appelé à sa condamnation à mort pour
apostasie. Celui-ci accusait l'artiste tunisienne de s'être
moquée du prophète Mohamad.
Dans
une conférence que l'artiste avait donnée au Qatar,
lors d'un festival culturel arabe, l'année dernière,
Zikra avait dressé un parallèle entre les difficultés
qu'elle a éprouvées pour s'imposer dans le milieu dans
la chanson arabe et celles du prophète Mahomet pour
répandre l'islam. Cette comparaison n'a pas plu au juge
saoudien qui a aussitôt qualifié ces propos « d'apostasie »,
affirmant que l'auteur devait être « punie par
l'exécution ». Selon le juge, la chanteuse
« s'est moquée du prophète en comparant ce qu'elle
a enduré à l'hostilité rencontrée par le prophète Mahomet
quand il a commencé à répandre la religion islamique ».
« Elle doit être dûment jugée et condamnée à
mort si elle est reconnue coupable », avait-il
ajouté.
Zikra
a nié tout écart de langage à l'encontre du prophète.
Elle s'est déclarée offensée par le journaliste qui
avait dénaturé ses propos : « Je ne suis
pas assez folle pour tenir des paroles blasphématoires
envers notre prophète ». Le quotidien tunisien
Le Temps a, pour sa part, dénoncé l'attitude
du juge religieux saoudien, qui « se trompe
sûrement de siècle, et certainement de pays ».
La
question a été réglée quand le mufti d'Egypte
l'avait considérée innocente, puisqu'elle avait nié
avoir tenu ces propos et en avait dénoncé la teneur.
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| A.K. |
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