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Politique .
La révision des lois sur l'exercice politique et les partis
politiques, appelée par le président Moubarak, suscite l'espoir,
mais aussi le doute parmi les membres de l'opposition. Tous
se demandent dans quelle mesure un vrai changement est possible.
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| Réforme
ou réformette ? |
La loi sur l'exercice
politique et celle sur les partis politiques seront prochainement
révisées. C'est ce qu'a laissé entendre le président Moubarak
lors du discours d'ouverture de la nouvelle session parlementaire.
C'est aussi ce qui a été promis aux chefs des partis politiques
lors de leur réunion avec des responsables du Parti National
Démocrate (PND, au pouvoir) pour préparer
le dialogue national prévu prochainement. Désormais, des propos
favorables à la révision de ces deux lois ont commencé à se
répandre dans les milieux officiels. Il est aujourd'hui fréquent
d'écouter des déclarations dans la bouche de responsables politiques
affirmant que « l'Egypte a déjà fait un pas en avant
sur la voie de la réforme économique, sociale et politique.
Pourtant, il est nécessaire de poursuivre la réforme, notamment
pour ce qui concerne l'exercice politique et le système des
élections afin de garantir une participation plus importante
des gens dans la vie politique ».
Ou encore ce type
de propos : « Il y a aujourd'hui 17 partis politiques
égyptiens. Pourtant, il est nécessaire de modifier la loi sur
les partis politiques de façon à avoir une véritable pluralité
au niveau de leurs programmes et de leurs principes ». |
L'opposition veut y croire
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Ces propos ont
été très favorablement accueillis par l'opposition qui revendiquait
ces modifications depuis longtemps. « Ces deux lois
constituent l'essence de la vie politique. Leur révision serait
le début d'une véritable réforme politique. L'important est
que cette modification touche le fond même des lois et non seulement
la forme », estime Diaaeddine Daoud, chef du parti
des Nassériens (gauche). Selon lui, il est inacceptable par
exemple que la création des partis soit conditionnée à l'approbation
de la commission des partis politiques dont l'existence a été
stipulée par la loi sur les partis (40/1977). Daoud propose
que les partis politiques soient créés une fois les instances
officielles informées, sans attendre l'accréditation d'une instance
ou d'une autre, car les partis politiques « vivent et
meurent selon la volonté des gens et non par une décision politique ».
En effet, la commission des partis politiques est le point essentiel
refusé par les partis de l'opposition.
Aymane Nour, député
et ancien membre du parti du néo-Wafd (libéral), estime
que cette commission n'a pas de critères clairs selon lesquels
elle refuse ou accepte la création des partis. Cette commission
n'a effectivement approuvé que la création de 7 partis au cours
de son existence qui dure depuis 26 ans (voir encadré). « Depuis
1978, date de la création de la plupart des partis existants,
la commission n'a approuvé que le parti de la concordance nationale
en 2000. Une approbation non justifiée tout comme les refus
d'autres partis qui n'ont également aucune raison valable »,
lâche Nour qui avait récemment présenté une demande de création
d'un parti Al-Ghad (L'avenir). Sa demande a été refusée
il y a deux semaines par la commission des partis politiques.
Et d'ajouter : « Je suis aujourd'hui sûr que cette
commission n'est pas objective et que son véritable rôle est
de protéger l'existence des partis les plus faibles, les moins
influents sur la scène politique et qui ne constituent aucune
menace politique ou sécuritaire au parti au pouvoir ».
L'opposition espère
donc que si la révision prévue sur la loi des partis politiques
n'annule pas la commission des partis, il faudra du moins qu'elle
change sa structure et ses prérogatives pour garantir plus de
liberté politique. Les leaders de l'opposition ont effectivement
affiché leur volonté que cette commission ne soit plus formée
de membres gouvernementaux ou pro-gouvernementaux. Ils souhaitent
également que le rôle de la commission se limite à vérifier
si les informations présentées par les fondateurs des nouveaux
partis sont correctes et que les procédures ont été faites sans
infractions. |
Pressions extérieures
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Quant à la révision
de la loi sur l'exercice politique (73/1956) qui touche directement
les élections, l'opposition y propose des modifications importantes.
Cette loi était considérée comme un acquis de la Révolution,
car elle constituait le premier document officiel accordant
clairement aux citoyens le droit à l'exercice politique. Pourtant
aujourd'hui, elle a besoin de plusieurs révisions pour qu'elle
continue à être une loi protégeant la liberté politique. « Il
faut changer le système d'inscription sur les listes électorales
et rendre l'inscription possible tout au long de l'année et
pas uniquement au début du mois de décembre de chaque année
comme stipule la loi », estime Akram Al-Chaër, député
appartenant à la confrérie des Frères musulmans. Il propose
également que la clause définissant les circonscriptions dont
dépend chaque électeur soit plus claire afin d'éviter la fraude
et que les peines infligées aux citoyens qui ne participent
pas aux élections soient durcies. « La révision de cette
loi pourrait mettre fin totalement à la fraude électorale si
elle est faite correctement », ajoute Al-Chaër. Une
révision opérée avant les élections de 2000 à la loi sur l'exercice
politique, intégrant un contrôle judiciaire sur les lieux de
vote, a effectivement permis aux membres de la confrérie d'occuper
17 sièges à l'Assemblée du peuple.
Or, il semble que
les aspirations de l'opposition ne se réaliseront pas toutes.
C'est ce que prévoit Amr Hachem, chercheur au Centre des Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram. Selon lui,
le gouvernement n'a pas été clair concernant le genre de révisions
qui seront faites sur ces lois. « Pour dire la vérité,
ces lois n'ont pas besoin de modifications. Elles ont plutôt
besoin d'être annulées et refaites à nouveau. La loi sur les
partis politiques a déjà été révisée 6 ou 7 fois et celle sur
l'exercice politique a connu 11 modifications et ceci n'a rien
changé au niveau de la réforme politique. Toute nouvelle révision
sera comme les précédentes et ne changera rien dans le fond
des lois », lance Hachem. Et d'ajouter : « Le
gouvernement procède aujourd'hui à ces modifications à cause
de l'augmentation des pressions extérieures. C'est pourquoi
elles ne toucheront que le minimum nécessaire pour sauver la
face ».
Pourtant, Mohamad
Moussa, membre du PND et chef de la commission des lois, assure
qu'aucune puissance étrangère n'a le droit de pousser le gouvernement
égyptien à changer quoi que ce soit dans sa politique interne.
Il ne dévoile pourtant aucune information concernant les révisions
prévues. « Il faudra attendre que les révisions soient
présentées à l'Assemblée du peuple pour pouvoir en parler »,
conclut Moussa. |
Yolande Youssef |
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32
ans de multipartisme |
Cela fait 32
ans que le système politique actuel, multipartite, fonctionne
ainsi. En 1971, la Constitution actuelle a en effet repris le
système multipartite qui prévalait 18 ans plus tôt, avant la
Révolution. Ainsi, en 1976, l'Egypte connaissait ses premières
élections législatives opposant trois courants politiques représentant
la droite, la gauche et le centre, au sein de l'unique formation
politique qu'était l'Union socialiste. Ces élections marquaient
le renouveau de l'expérience multipartite.
En 1977, la loi
sur les partis politiques est promulguée, stipulant la création
d'une commission des partis politiques chargée d'accepter les
demandes de fondation de partis. Au cours de ses 26 ans d'existence,
cette commission a reçu 50 demandes de création de partis et
n'en a accepté que 7 : le parti Arabe socialiste, le PND,
les libéraux socialistes, le Rassemblement, le Travail et le
néo-Wafd (en 1978) et la Concordance nationale (2000).
Quant aux 10 autres partis politiques, ils ont été créés à la
suite d'un verdict du tribunal des partis politiques dépendant
du Conseil de l'Etat.
De 1971 jusqu'à
ce jour, l'Assemblée du peuple a tenu 7 législatures de 5 ans
chacune en 1976, 1979, 1984, 1987, 1990, 1995 et 2000. Pourtant,
6 partis seulement ont réussi à être représentés au sein du
Parlement. Il s'agit du PND, qui a tout le temps constitué la
majorité à l'Assemblée du peuple, des Libéraux, qui ont participé
à toutes les élections sauf celles de 1984 et 90, du néo-Wafd,
qui s'est abstenu en 1979 et 1990, du parti du Rassemblement
qui a participé en 1976, 1990, 1995 et 2000, du parti du Travail
qui a participé aux élections en 1976, 1979, 1987 et 1995, et
du parti des Nassériens qui a participé aux élections en 1995
et 2000. Quant aux autres partis, ils n'ont pu obtenir aucun
siège au Parlement au cours de ces 7 législatures, même lorsqu'ils
ont participé aux élections. C'est pour cette raison que les
responsables de ces partis ont demandé au gouvernement que certains
de leurs membres soient nommés afin de garantir la représentation
de leurs courants d'idée, en dehors du circuit électoral.
Quant aux coalitions
entre différents partis et forces politiques, elles se sont
toutes soldées par un échec, car ces coalitions avaient généralement
lieu entre des partis politiques à idéologies bien différentes.
Les plus célèbres de ces coalitions se sont produites en 1984,
entre les Frères musulmans et le néo-Wafd, puis entre
les Frères et le Travail, et en 1987, entre les Frères musulmans
et les Libéraux. |
| Y.Y. |
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