| La
confusion règne en Côte-d'Ivoire. L'irruption dimanche soir
de dizaines de militaires et gendarmes ivoiriens armés à la
radio et la télévision nationales pour réclamer la tête de leurs
chefs et le départ des troupes françaises, tout en réaffirmant
leur fidélité au président Laurent Gbagbo, a semé l'inquiétude
dans un pays en proie à l'instabilité. Ces soldats et gendarmes,
même s'ils ont assuré qu'ils ne tentaient pas un coup d'Etat,
ont exigé le départ dans les 48 heures de leurs généraux et
le retrait des forces françaises d'interposition, se déclarant
prêts à « libérer » l'ensemble de la Côte-d'Ivoire.
« On ne veut plus d'eux comme chefs militaires !
Par leur faute, notre armée est humiliée », a lancé
à la télévision l'officier, identifié comme étant le lieutenant
Zadi, du Bataillon des Commandos Parachutistes (BCP).
Seule
réaction, celle du conseiller militaire du président Laurent
Gbagbo et ancien ministre de la Défense, Bertin Kadet. Il a
certes reconnu qu'il s’agissait d'un « acte d’insubordination »,
mais il a aussi exonéré leurs auteurs : « La déclaration
des militaires exprime un ras-le-bol général face à une situation
de ni paix ni guerre. Les militaires sont au front, leur pays
est coupé en deux (...) Il faut comprendre qu'ils ont envie
de se battre pour libérer leur pays », a-t-il déclaré.
Les
incidents de samedi soir, près de M'Bahiakro (centre), entre
forces françaises et des éléments de l'armée ivoirienne accompagnés
de « jeunes patriotes » (partisans de Laurent
Gbagbo) qui tentaient de pénétrer dans la « zone de
confiance » démilitarisée en direction de Bouaké, quartier
général des ex-rebelles, ont poussé Laurent Gbagbo à se rendre
sur les lieux pour calmer des esprits passablement échauffés.
L'accrochage
a été rapidement qualifié d'« irresponsable et inopportun »
par l'état-major français à Paris, dont la réponse a été claire :
Licorne ne partira pas. Le porte-parole de l'état-major français,
le colonel Christian Baptiste, a averti que de tels incidents
« génèrent des tensions très fortes et peuvent dégénérer
en violences ». D'autant plus que les accrochages entre
forces françaises et éléments ivoiriens (FANCI) se sont multipliés
ces dernières semaines, faisant craindre à tout moment un dérapage.
Depuis
septembre 2002, Paris a déployé dans son ancienne colonie sa
plus grosse opération militaire en Afrique depuis vingt ans,
pour protéger une importante communauté française et s'interposer
entre les belligérants. « Nous, l'armée de Côte-d'Ivoire,
l'armée tout entière (...), nous demandons au président Laurent
Gabgbo de dire à ces blancs-là de dégager les lignes de front.
Nous sommes prêts à libérer notre pays », a lancé le
lieutenant Zadi à la télévision. Pourtant, le 27 novembre, Laurent
Gbagbo avait lui-même rendu un hommage appuyé à la France dans
une adresse à la nation, la remerciant « solennellement
pour tous les efforts qu'elle a faits jusqu'ici et qu'elle continue
de faire ».
Laurent
Gbagbo doit théoriquement se rendre à Paris le 16 décembre pour
rencontrer le président Jacques Chirac. Sa dernière visite en
France, au lendemain de la signature des accords de paix de
Marcoussis en janvier 2003, s'était très mal passée, au point
que des manifestations anti-françaises extrêmement violentes
de la part de ses partisans avaient embrasé Abidjan. La capitale
était calme lundi, à part une petite manifestation devant la
base militaire française.
Alors
que les ex-rebelles, regroupés au sein des Forces nouvelles,
doivent annoncer leur retour éventuel au sein du gouvernement
de réconciliation nationale qu'ils ont quitté fin septembre,
une seule question est dans tous les esprits : le mouvement
d'humeur des militaires dimanche soir est-il ou non « téléguidé »
et risque-t-il de faire tâche d'huile? |