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Iran . Téhéran se réjouit de l'échec des Américains à obtenir une saisine du Conseil de sécurité sur son programme nucléaire. Mais l'affaire n'est pas terminée.
Téhéran marque un point

L'Iran a échappé au moins provisoirement à l'envoi de son dossier devant le Conseil de sécurité de l'Onu en accédant à toutes les exigences de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique. Mais l'AIEA reste saisie du dossier nucléaire iranien et les Etats-Unis guettent le moindre faux pas de la République islamique. Cependant, Téhéran affiche sa sérénité, voire sa satisfaction envers la position de l'Agence onusienne. « Nous n'avons aucune inquiétude car même si l'agence mène des inspections durant des années, nous insisterons encore sur le caractère pacifique de nos activités nucléaires », a déclaré samedi le chargé du dossier nucléaire iranien, Hassan Rohani, promettant que son pays va mettre tous les moyens à la disposition de l'AIEA « pour qu'elle puisse vérifier les informations que nous lui avons fournies dans son prochain rapport ». Rohani s'est également réjouit que les Etats-Unis n'ont atteint aucun de leurs objectifs dans le dossier du nucléaire iranien.

Cette réaction intervient à la suite de l'adoption par l'AIEA, mercredi dernier, d'une résolution blâmant la République islamique pour ses dissimulations et les manquements à ses obligations au regard des traités internationaux. Mais, à l'instigation des Européens, l'AIEA a renoncé au moins provisoirement à saisir le Conseil de sécurité de l'Onu, comme le réclamaient les Américains. Cette résolution est le fruit d'un « compromis complexe » entre la position des Etats-Unis et celle de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Allemagne qui entendaient récompenser l'Iran pour sa coopération avec l'AIEA depuis octobre. Pourtant, le texte de la résolution reste sévère pour l'Iran, notamment l'article 8, qui stipule que le conseil des gouverneurs (l'exécutif de l’agence) de l'AIEA examinerait « toutes les options à sa disposition » en cas de nouveaux manquements iraniens.

Ceci dit, la menace d'une saisine du Conseil de sécurité n'est pas complètement dissipée, d’autant plus que le directeur général de l'AIEA, Mohamad Al-Baradei, doit remettre en février un nouveau rapport sur le programme nucléaire iranien : « Si de nouveaux manquements iraniens devaient être découverts, le conseil des gouverneurs se réunirait immédiatement pour examiner toutes les options à sa disposition », a affirmé M. Al-Baradei.

Paraissant serein et sûr de lui-même, Téhéran n'a manifesté aucune inquiétude face à ce prochain rapport. Les dirigeants iraniens n'ont cessé d'exprimer leur profonde joie suite à la résolution de l'AIEA, ne tenant pas compte de l'avertissement lancé par l'agence. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Hamid Reza Asséfi, a affirmé vendredi que la résolution de l'agence onusienne « est une réussite, elle montre que l'Iran a mené de manière honnête et transparente ses activités nucléaires civiles et contrairement au tapage de certains cercles oppresseurs (Etats-Unis et Israël), n'a pas cherché à fabriquer l'arme atomique », a-t-il affirmé.

Comme il s'y est engagé auprès des Européens, l'Iran va enfin signer sous peu le protocole additionnel imposant à ses signataires un contrôle renforcé de leurs activités nucléaires. « Ce ne sera pas très long », a déclaré Hassan Rohani. Outre la signature du protocole additionnel et la transparence, l'Iran a promis la suspension de l'enrichissement d'uranium, activité qui préoccupe l'étranger, inquiet qu'elle ne rapproche la République islamique de la fabrication de la bombe atomique. M. Rohani a réaffirmé que cette suspension n'était que « provisoire » et qu'elle était « volontaire, pour susciter la confiance, mais il n'est pas question d'arrêter définitivement nos activités d'enrichissement ».

Cette dernière activité constitue le principal sujet d'inquiétude des Occidentaux, qui craignent qu'elle ne rapproche l'Iran de la mise au point de la bombe atomique. « Nous voulons posséder au moins la capacité de fournir le combustible pour l'une de nos futures centrales civiles », a expliqué M. Rohani. « Nous allons engager un dialogue avec les Européens sur le transfert de technologie moderne, y compris nucléaire, et sur la livraison à l'Iran de combustible nucléaire », a-t-il poursuivi.


Satisfaction générale

Si Moscou, Londres et Paris se sont déclarés satisfaits de la résolution de l'AIEA, Washington a aussi manifesté sa satisfaction, malgré son échec à obtenir une saisine du Conseil de sécurité. Il a pourtant réclamé la « prudence » pour la coopération dans ce domaine avec Téhéran tant que ce pays n'aurait pas tenu tous ses engagements. Le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, a affirmé que son pays ne privilégie pas une politique d'affrontement direct avec l'Iran sur son programme nucléaire, et souligné qu'il cherchait à résoudre ce problème dans un cadre multilatéral. M. Powell a souligné que c'était grâce à l'insistance initiale des Etats-Unis que le reste de la communauté internationale s'était mobilisé pour faire pression sur Téhéran afin d'obtenir des assurances que la République islamique ne cherchait pas à acquérir l'arme atomique.

Quant au ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, il a fort salué la résolution de l'AIEA sur l'Iran, soulignant qu'il s'agissait d'une « avancée importante » pour prévenir la prolifération des armes nucléaires. De son côté, la Russie a considéré comme un signe positif le succès de l'AIEA à conserver l'étude de cette question du programme nucléaire iranien dans le cadre de l'agence, a déclaré un haut responsable du ministère russe de l'Energie atomique. Enfin, la France, qui s'est déclarée « très satisfaite de cette résolution », a estimé qu'elle porte un jugement très ferme sur les activités passées de l'Iran dans le domaine nucléaire et l'encourage à poursuivre et confirmer son choix d'une nouvelle politique de transparence et de coopération avec la communauté internationale, selon le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Hervé Ladsous.

Il est vrai que le dossier nucléaire iranien n'ira pas, pour l'heure, au Conseil de sécurité des Nations-Unies, mais les Etats-Unis n'attendent qu'un faux pas de Téhéran pour le transmettre à New York, estiment les analystes. Ces prochains mois constituent donc un test pour l'Iran, les inspecteurs de l'AIEA pouvant désormais mener des inspections surprises des sites nucléaires iraniens comme le prévoit le protocole additionnel que Téhéran a accepté de mettre en œuvre dès maintenant et avant même son entrée en application comme signe de bonne volonté.

Maha Al-Cherbini
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