La
photographie, mémoire d'un instant — le cliché —,
est aussi mémoire d'une période, d'un courant, d'un niveau technologique,
d'une société. Ce sont ces instants que retracent les photos
de la maison Alinari, exposées à l'Opéra du Caire dans le cadre
de l'année Egypte-Italie 2003-2004. Depuis sa fondation en 1852,
la société Fratelli Alinari est spécialisée dans l'archivage
photographique. Elle possède une base de données d'images regroupant
plus de 350 cartons d'archives italiennes et étrangères, soit
près de 1 500 000 clichés. Son musée, unique en Italie
(il en existe 16 au monde), est entièrement dédié aux expositions
photographiques et à leur diffusion. Il répond aux besoins de
transmission d'un patrimoine visuel.
Dans le cadre de
l'année Egypte-Italie 2003-2004, une grande collection de photos
d'archives de la maison Alinari est exposée à l'Opéra du Caire.
Le choix de photos couvre les différentes facettes de la société
italienne : la campagne, les villes, les scènes de travail
et de la vie politique mais également des photos de criminels
de la mafia.
L'exposition a
une grande valeur de témoignage, elle montre le développement
de la société italienne, mais elle est également riche par la
valeur artistique de ses photos, la plupart en noir et blanc.
Il faut noter que si les photos sont groupées pour constituer
une archive visuelle, elles n'ont pas été prises dans ce but.
Le Retour de
l'école, 1938 : Riccardo Moncarlo y présente trois
enfants portant leur sac à dos et marchant vers leur
maison. Dans Les Fermiers, 1940, Vittotrio Villani
brosse un tableau de paysans fauchant le maïs. Cette dernière
photo fait partie d'une grande collection qui couvre la vie
paysanne avec ses champs, ses maisons, et même avec des scènes
intérieures comme dans la photo de Giuseppe Vannuci intitulée
La Casa di campagna. Parmi les photographes qui se sont
intéressés à la campagne, on trouve George Tatige qui, dans
Case di Carreggine, montre les anciennes maisons
situées près de Careggine et qui ont été submergées par le lac
Vally. En fait, ces anciennes maisons réapparaissent avec l'assèchement
du lac qui a lieu tous les 30 ans. Cette dernière photo date
de l'année 1995. Elle fait partie des rares clichés qui datent
de la dernière décennie.
L'exposition consacre
également une collection à la vie ouvrière, témoignage sur la
période de l'industrialisation au cours du vingtième siècle.
Les photos des
usines Ferrari, Fiat, mais également celles des
premiers tracteurs et des premiers avions abondent, mais on
s'arrête souvent devant le caractère humain de ces photos, surtout
dans Ouvrière dans le textile, de Fabrizio Tempesti
(1996) et Mineurs, de Igho Muzzani. Beaucoup de
ces photos se distinguent par le sens humaniste et la volonté
du photographe de créer une belle scène. A ses débuts, la photographie
était en concurrence avec les beaux-arts et elle était souvent
comparée avec la peinture.
L'étonnement que
suscite l'exposition n'est pas uniquement le produit de talentueux
artistes. Il est également provoqué par les photos prises par
les commissariats de police. Ainsi, Crimes et châtiments,
un titre donné par les frères Alinari, est une collection
qui montre cinq hors-la-loi dont quatre sont accusés de meurtre.
Des photos de Mussolini
faisant un discours, des soldats américains en Sicile durant
la seconde guerre mondiale, des grands maestros italiens comme
Claudio Abbado en pleine performance, mais également des photos
de films des grands cinéastes italiens comme Rossellini couvrent
les autres facettes de la société italienne. Le talent de la
majorité des photographes fait évidemment de cette exposition,
au-delà de sa valeur de témoignage, un événement artistique.
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