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Retraites
. Le ministère des Finances propose d'effacer les dettes contractées
par l'Etat auprès des caisses de retraites, en donnant à ces
dernières des actions dans les entreprises publiques. Une proposition
très controversée. |
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L'Etat
veut liquider ses dettes |
| Jeudi
dernier, durant la fête, le chef du gouvernement, Atef Ebeid,
a déclaré au quotidien semi-officiel Al-Ahram que le Conseil
des ministres étudiera la proposition du ministère des Finances
qui consiste à donner aux caisses de retraites des actions dans
les entreprises publiques. Cette idée était dans l'air depuis
quelques mois, et suscite beaucoup d'inquiétude quant à la capacité
des caisses de retraites à garantir les intérêts des bénéficiaires.
Pour
comprendre les enjeux de cette proposition, il faut comprendre
le système d'assurances sociales du pays. Les Egyptiens payent
leurs cotisations mensuelles aux caisses de retraites contrôlées
par le ministère des Affaires sociales. Ces caisses doivent
à leur tour transférer les cotisations à la Banque nationale
d'investissement contre un intérêt de 11 %. Celle-ci utilise
ces fonds pour financer des projets publics. Autrement dit,
l'Etat utilise l'argent des retraites pour financer ses dépenses.
Cela n'est pas un problème en soi, c'est simplement le système,
pay-as-go, en vogue dans plusieurs pays. Le problème réside
plutôt dans le fait que les sommes qui entrent dans les caisses
des retraites aujourd'hui sont inférieures à celles versées
aux retraités. Ce déficit est financé aujourd'hui par le budget
de l'Etat, et a atteint 13,8 milliards de L.E. cette année.
Au regard du budget, ce déficit prend une courbe ascendante
(voir graphique). La proposition du ministère des Finances s'inscrit
donc dans ses efforts pour contrôler la dette publique en augmentation
depuis des années.
Comme
plusieurs entreprises sont en fraude par rapport aux impôts,
elles ne cotisent souvent pas, ou cotisent beaucoup moins qu'elles
ne devraient payer. La contribution dans le système égyptien
est partagée entre les employés et leurs employeurs. Cette fraude
affecte les montants que les caisses des retraites sont censées
recevoir. Résoudre ce problème nécessite une volonté de contrôle
ferme sur les entreprises. Ce qui n'est pas le cas, vu l'affaiblissement
des institutions étatiques et l'inexistence d'une base de données
développées sur le secteur privé. Cela ajouté au fait qu'étant
donné la dégradation de leurs salaires, certains fonctionnaires
du ministère des Affaires sociales acceptent de recevoir des
pots-de-vin pour fermer les yeux sur les entreprises en fraude.
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Logique
politique versus logique économique
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L'idée
de caisses de retraites est basée sur la paiement des contributions.
Pour les recevoir au moment de la retraite. Toutefois, certains
ne cotisent pas du tout ou cotisent peu, mais reçoivent quand
même leurs retraites. En effet, l'Etat utilise ses caisses pour
atténuer le mécontentement social dû à la pauvreté grandissante
dans le pays. La retraite de Sadate est un cas à retenir. Le
président, voulant augmenter sa popularité en crise à la fin
des années 1970, a en effet décidé de consacrer des retraites
qui portent son nom à des familles très pauvres. Cela risquait
de se répéter il y a deux ans avec l'idée de créer une « retraite
Moubarak ». Mais il semble que la présidence a finalement compris
que cela constitue un fardeau énorme sur un budget frappé par
un déficit chronique. Le ministère des Affaires sociales continue,
toutefois, à accorder ce genre de retraites, mais au compte-gouttes.
1 187 citoyens ont ainsi obtenu des retraites « spéciales »
lors de la dernière réunion du Haut Comité pour les retraites
exceptionnelles au mois de juillet .
Qu'un
Etat donne des retraites à des gens très pauvres qui n'ont jamais
cotisé, cela est tout à fait légitime, voire humain. Mais que
cet argent provienne des caisses des retraites financées par
des employés, cela est une autre affaire. En fait, les gens
tendent à s'appauvrir avec la vieillesse, vu que leurs retraites
atteignent souvent moins que le tiers de leurs salaires. Accorder
des retraites à des gens très pauvres avec l'argent des caisses
des retraites revient donc à ce que des gens déjà appauvris
contribuent à financer des gens très pauvres. |
Etat prédateur
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| La
crise des caisses de retraites réside dans le fait que le souci
de la rentabilité économique n'a pas guidé les investissements
de leurs fonds. La majorité écrasante de l'argent de ces caisses
a financé les dépenses de l'Etat en infrastructure, et autres
investissements publics, qui incluent notamment les voitures
des hauts responsables. Le gouvernement a donc utilisé les retraites
comme un remède à la faiblesse des rendements des impôts qui
se tarissent ces dernières années. Il est plus facile de mettre
la main sur ces ressources que d'imposer de nouveaux impôts
ou d'augmenter les revenus des impôts existants. Et de toute
façon, les caisses des retraites n'ont pas d'autre choix que
d'accorder leurs fonds à la Banque nationale d'investissements,
puisque le règlement de cette banque lui donne le droit de s'approprier
automatiquement l'argent des cotisations.
Dans
le camp libéral et celui des institutions internationales (dont
l'Agence américaine pour le développement international USAID,
et le Fonds Monétaire International FMI), l'idée est de permettre
aux caisses de retraites d'investir dans des domaines rentables
comme la Bourse. 1,5 milliard de L.E. ont ainsi été investies,
au milieu des années 1990, dans l'achat des actions des entreprises
publiques comme Al-Amériya pour le ciment. Mais cela a suscité
beaucoup de craintes et beaucoup de résistance. Et avec la chute
de la Bourse égyptienne à partir de 1997, cette option a perdu
beaucoup de sens.
Le
nouveau projet du ministère des Finances ne peut pas résoudre
les problèmes fondamentaux du système de retraites. Ce projet
s'inscrit plutôt dans les tentatives du ministère des Finances
de minimiser le déficit budgétaire. Cet objectif a été mis en
avant par le Comité du budget au sein du Parlement dans son
dernier rapport. Les caisses de retraites n'ont rien à perdre
en échangeant ses dus auprès du gouvernement contre des actions
dans des entreprises bénéficiaires comme Egypte Télécom (voir
l'entretien). Mais que se passera-t-il si on leur accorde des
actions dans des entreprises moins florissantes, voire en perte
de vitesse ?
Le
problème aujourd'hui ne réside par simplement dans la capacité
des caisses de retraites à financer les retraites. L'Etat en
est, en dernier recours, le garant. Le clou de l'affaire est
plutôt que l'Etat égyptien dans son ensemble sombre dans une
crise financière aiguë, une crise des recettes qui risque de
priver l'Etat des moyens d'accomplir ses fonctions les plus
élémentaires. C'est un problème structurel que seule une approche
politique radicale peut résoudre l |
| Samer
Soliman |
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«
Notre projet profite à tout le monde » |
Abdel-Fattah
Al-Guébali, conseiller du ministre des Finances, se prononce
sur la proposition de son ministère. |
Al-Ahram
Hebdo : Pourquoi le gouvernement a-t-il fait cette proposition
pendant la fête. Est-ce pour minimiser les réactions ?
Abdel-Fattah
Al-Guébali : Pas du tout. Cette proposition, on l'a faite
depuis des mois, mais les choses prennent du temps dans notre
pays.
-
Vous cherchez donc à diminuer le fardeau de la dette publique
?
-
La presse ne comprend pas du tout les enjeux de notre proposition.
Il ne s'agit pas de s'accaparer de l'argent des caisses de
retraites. Notre proposition leur donne des actions dans des
entreprises et des organismes publics gagnants. Elle leur
donne aussi un droit de surveillance sur ces entreprises,
chose positive puisque cela ne peut que diminuer le gaspillage
dans ces organismes. Cette proposition profite ainsi à tout
le monde.
-
Et l'idée de privatiser les système des retraites ?
-
Cela est exclu. Cela a été appliqué dans d'autres pays sans
succès.
-
Mais votre proposition ne s'attaque-t-elle pas radicalement
à la crise chroniques des ressources publiques ?
-
Nous avons un projet de réforme global. Le ministère des Finances
a présenté ce projet maintes fois. Mais la presse n'arrive
pas à comprendre ni à transmettre nos idées
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| Propos
recueillis par S.S
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