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Non-voyants
. A Qasr Al-Nour, un ensemble
d'ateliers d'apprentissage créé pour eux, quelque 250 aveugles
s'initient à différents métiers. Une manière d'exploiter leurs
talents et de gagner leur vie. Reportage. |
Qasr
Al-Nour,
une lueur d'espoir |
| « Notre
rôle est surtout d'orienter les non-voyants qui ont suivi des
études ou essuyé des échecs scolaires, ou sont tout simplement
analphabètes. On essaye de les initier à un métier pour subvenir
à leurs besoins et surtout pour qu'ils soient productifs pour
la société », explique Ali Al-Enchassi, sociologue
et conseiller de Qasr Al-Nour.
D'une
superficie de 10 000 mètres carrés, Qasr Al-Nour — ou
palais de la lumière — est le lieu de rencontre des
aveugles. Il est situé à Guesr Al-Suez à Héliopolis et accueille
dans ses ateliers des hommes, tous âges confondus. Les critères
d'adhésion : avoir 3 sur 6 de vue ou moins, sans que le
port des lunettes n'ait pu l'améliorer. « En Egypte,
il y a 170 000 non-voyants : 335 d'entre eux fréquentent
Qasr Al-Nour. Nous avons 25 enfants âgés de moins de 6 ans qui
apprennent à lire et à écrire, 60 personnes souffrant de troubles
mentaux, non autorisés à exercer des activités manuelles et
250 suivent des cours d'apprentissage ou exercent un métier »,
précise le directeur de l'Institut Moustapha Kamal.
Après avoir franchi la grande porte en fer
forgé, on remarque trois grandes et vieilles bâtisses datant
de 1953. Association enregistrée auprès du ministère des Affaires
sociales, Qasr Al-Nour offre aux non-voyants, la chance d'apprendre
un métier pour subvenir à leurs besoins et surtout de pouvoir
s'intégrer dans la société. « Nous sommes capables de
procéder comme les voyants et d'être aussi productifs qu'eux »,
explique un non-voyant qui a fait le tour des différents ateliers
depuis 1969. Selon le directeur Moustapha Kamal, un non-voyant,
qui a plusieurs cordes à son arc, a la possibilité de gagner
sa vie, et ses indemnités augmentent suivant son expérience.
Les travailleurs perçoivent un salaire mensuel qui varie entre
60 et 100 L.E., plus une somme de 1 à 2 L.E. pour chaque pièce
confectionnée. Bien que les non-voyants se sentent utiles
et productifs, ils considèrent qu'ils sont très mal payés. « Notre
salaire à Qasr ne dépasse pas les 100 L.E. par mois et ne suffit
pas à subvenir aux besoins d'une famille », remarque
un aveugle amèrement. Le directeur de l'institut, lui, affirme
que les salaires se situent entre 250 et 300 L.E. par mois,
primes incluses, et peuvent aller jusqu'à 1 000 L.E. à
l'imprimerie.
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Les autres sens mobilisés
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| Mais avant d'exercer
un métier, les non-voyants doivent suivre des cours d'apprentissage
pendant six mois. Selon le directeur Moustapha Kamal, en fin
de formation un certificat d'aptitude est délivré par l'administration
de Qasr Al-Nour aux non-voyants. Ils ont la possibilité de travailler
à Qasr Al-Nour ou dans n'importe quelle institution publique
ou privée. En fait, l'article n°7 de la loi 39, promulguée en
1975, exige aussi bien du secteur public que du secteur privé
que 5 % des recrutements soient réservés aux handicapés.
L'institut
ressemble à une ruche. Les 300 aveugles passent d'un atelier
à un autre. Ils ont un programme chargé et ne terminent leur
journée qu'au environ de 15h. Dès 8h du matin, heure d'ouverture
des ateliers, un groupe de jeunes aveugles et d'autres plus
âgés traversent la grande cour. Bras dessus, bras dessous, ils
montent les escaliers, tenant leur canne blanche à la main et
n'oublient pas de compter les marches. « Il est vrai
que nous sommes aveugles mais nos autres sens sont constamment
en éveil : l'ouïe, le toucher et le flair », précise
Ali Al-Enchassi. A Qasr Al-Nour, tous les non-voyants ont appris
à s'orienter. Les couloirs et les différentes salles n'ont plus
de secret pour eux. Ils savent où sont placées les chaises et
reconnaissent les entrées par les courants d'air. Au deuxième
étage d'un des vieux bâtiments se trouve un large corridor.
Tout le long des murs, des rampes ont été posées pour aider
les aveugles à s'orienter. C'est là où les ateliers sont installés,
côte à côte.
Le bruit des machines
à écrire et des imprimantes se fait entendre. Dans une petite
salle, Mahmoud, portant des lunettes noirs, tourne le dos au
mur, il tape sur sa machine à écrire. A côté de lui, Nelly,
une voyante, tenant entre ses mains un livre de français, dicte
un texte à Mahmoud qui le transcrit en braille. Dans cette imprimerie,
les livres scolaires des niveaux primaire, préparatoire, secondaire
ou universitaire, sont transcrits en braille, selon le nombre
d'aveugles signalé par le ministère de l'Enseignement, et ceci
pour permettre aux non-voyants de suivre leurs études. « C'est
la seule imprimerie de toute l'Egypte. Nous transcrivons aussi
des bouquins de littérature en braille. Ce qui donne la possibilité
à n'importe quel non-voyant de lire les grands auteurs, à l'exemple
de Taha Hussein, Al-Aqqad, Naguib Mahfouz et bien d'autres.
Il faut savoir lire et écrire pour exercer un tel métier qui
demande beaucoup de temps et de concentration », explique
Mahmoud
Ce dernier, diplômé
de la faculté de philosophie, se sert de sa machine pour taper
sur une pièce rectangulaire en métal très fin. « L'écriture
en braille se lit de gauche à droite quelle que soit la langue »,
explique Mahmoud, considéré comme le maître de la dactylographie
en braille. Et d'ajouter : « Si on a commis une
faute d'orthographe sur la pièce de métal, on tâte, puis on
gomme à l'aide d'un somboc (un petit instrument en fer en
forme de crayon). La surface devient alors de nouveau lisse
et on réécrit Pour transcrire un livre en braille, cela nécessite
deux mois de travail et même plus. Tout dépend du nombre de
pages et de la langue : les langues étrangères demandent
bien plus de temps que la langue arabe. Il faut au moins une
heure pour exécuter deux ou trois pièces en métal. A titre d'exemple,
un livre de 128 pages nécessite 64 pièces en métal »,
ajoute-t-il. La dactylographie est bien sûr la première phase
d'écriture, vient ensuite la seconde phase qui est celle de
l'impression. Amgad et Awad, deux costaux, sont responsables
de la machine. C'est là où on imprime les pièces en métal suivant
le nombre de copies et les différentes matières commandées par
le ministère de l'Education et de l'enseignement, ou les commandes
de clients pour des ouvrages littéraires. Autre précision, le
papier utilisé est d'un grammage bien précis et est importé
soit d'Allemagne, de Hollande, du Brésil ou de Pologne.
Plus loin, au fond
du couloir, se trouve un autre atelier portant l'appellation
d'al-makbass, qui a une relation étroite avec celle de
l'imprimerie. C'est là où sont reliés des milliers d'ouvrages.
Autour d'une grande table sont assis des non-voyants. A chacun
sa tâche : Mohamad plie les feuillets du livre imprimé,
Hassan les classe en tenant compte des numéros de pages, Ismaïl
les perfore, Ishaq relie tout le paquet à l'aide de fils en
acier bien solides, Maher pose la couverture du livre, et enfin
Omar a pour rôle de contrôler la finition du travail. L'atelier
où se trouve l'imprimerie compte environ 40 non-voyants, le
plus important en personnel, à Qasr Al-Nour. |
A chacun sa vocation |
Dans d'autres
ateliers, on ne compte que 3 personnes à l'exemple de celui
où l'on fabrique des chaussettes. Ici, on n'a pas besoin de
beaucoup de main-d'œuvre, car le travail n'est pas pénible.
Il suffit d'un ouvrier qualifié ou de quelqu'un qui a déjà
exercé ce métier avant d'avoir perdu la vue, comme c'est le
cas d'Am Saber. « Chaque partie de la chaussette nécessite
un nombre de mailles à respecter et que l'on doit connaître
par cœur », explique-t-elle avec passion.
En face, tout
à droite, c'est l'atelier de fabrication des balais. Il regroupe
10 personnes. Le travail est plutôt simple pour ceux qui ont
l'habitude de l'exercer. Dans la petite pièce, 9 ouvriers
sont assis autour d'une table, chacun tenant à la main une
masse en bois de 28 cm sur 5, percée de 100 trous. Saleh,
42 ans, a perdu la vue à l'âge de 12 ans, il saisit une touffe
de poils en plastique, l'assemble en bouquet et l'introduit
dans un trou. « Nous mettons deux heures pour terminer
un balai ordinaire. force de répéter les mêmes gestes, nos
doigts sont devenus habiles », explique Mohamad,
20 ans, tout en récitant à voix basse le nombre des trous
déjà remplis. Une fois le balai achevé, Hag Amine, le chef
d'atelier, se charge de contrôler son travail et de couper
les bouts qui dépassent à l'aide de grands ciseaux. Il tâte
habilement de ses mains pour s'assurer que la longueur est
conforme et que tous les trous ont été bien remplis, puis
jette l'article fini dans une grande corbeille. A Qasr Al-Nour,
on fabrique aussi d'autres types de balais, confectionnés
de sorgho, une plante cultivée dans les régions chaudes, telles
que la Haute-Egypte. L'atelier en consomme 10 tonnes par an.
Am Sayed, 45 ans, exerce ce métier depuis 1973. Il étale le
sorgho par terre, s'assoit sur un banc très bas pour se rapprocher
du sol, ce qui facilite sa tâche. « Il y a deux types
de sorgho, un avec de longues tiges d'environ 1 mètre et demi
et l'autre ayant de petites tiges de 40 cm », explique
Hag Moawad, 50 ans, tout en triant les longues tiges à droite
et les petites à gauche. « J'ai perdu la vue il y
a 4 ans. J'étais peintre en bâtiment et gagnait 1 000
L.E. au minimum par mois avant de venir travailler à Qasr
Al-Nour », raconte-t-il avec beaucoup de tristesse.
C'est l'atelier
de menuiserie qui se charge de confectionner les manches en
bois des balais. C'est aussi l'endroit où l'on fabrique tout
ce qui est utile au service d'une maison. « J'adore
mon métier. Je n'ai pas d'horaires fixes et n'arrête de travailler
que lorsque je suis fatigué », lance Am Gamal. Agé
de 23 ans, ce jeune homme habile de ses mains et consciencieux,
selon son maître, a commencé à exercer ce métier à l'âge de
5 ans. Ce dernier travaillait dans un atelier privé jusqu'au
au jour où il a perdu la vue. Ce métier, il l'a appris de
son père. « C'est ce qui lui a permis d'exceller dans
ce métier difficile. Il est le seul aveugle dans l'atelier.
Ce métier a besoin d'une personne qui voit bien »,
insiste l'Osta Karim, diplômé en menuiserie. Ici, on
fabrique également des paniers en osier et des meubles servant
à décorer les maisons au bord de la mer. Rizq Nosseir tresse
les tiges de bambou pour fabriquer des chaises. « Je
peux en fabriquer 8 par jour, des grandes et mêmes des plus
petites. Chaque article a une technique particulière, et grâce
à mon sens du toucher très développé, j'arrive à façonner
n'importe quelle pièce sans faire de bévues ».
Dans le magasin
de l'institut, les clients abondent, car les produits fabriqués
par les aveugles sont de bonne qualité et pas chers. Les non-voyants
savent pertinemment qu'ils sont une source de revenus importante
pour l'administration de Qasr Al-Nour et se sentent exploités.
De son côté, la direction explique que l'institut utilise
les bénéfices des ventes pour fournir de nombreux services
gratuits aux aveugles : crèche, école, formation professionnelle,
ou encore logements pour les pensionnaires venant des gouvernorats
éloignés.
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Manar Attiya |
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Le Centre pour la protection et l'orientation
des aveugles, association enregistrée auprès du ministère
des Affaires sociales, comporte cinq antennes principales.
1 500 non-voyants ont déjà recours à ses services.
Qasr Al-Nour :
Antenne principale
184, rue Guesr Al-Suez, Le Caire, Tél. : 633 23 21,
633 40 97, 623 57 18
— Formation professionnelle
— Vente des livres en braille
— Vente d'articles fabriqués par les non-voyants
— Crèche pour les enfants non-voyants
— Protection et orientation des enfants non-voyants et
handicapés mentaux à la fois
Markaz Al-Nour :
302, rue Téreat Al-Gabal, Le Caire, Tél. : 250 99 58
— Ecole Taha Hussein : primaire, préparatoire et
secondaire
— Institut de musique
— Bibliothèque auditive
— Bibliothèque en braille
Borg Al Nour :
43, rue Al-Aziz Bellah à Zeitoun, au Caire, Tél. :
258 43 09
— Formation des professeurs et du personnel spécialisé
dans le travail avec aveugles
— Sociologues
— Psychologues
Antennes de protection locales, dans les
quartiers
302, rue Téreat Al-Gabal
— Al-Khalifa, mosquée Moustapha Kamel à la Citadelle
— Unité sociale de Sayeda Zeinab, au Caire
— Unité sociale de Boulaq, devant la mosquée Aboul-Elaa
— Village Bernecht, gouvernorat de Guiza
Le Centre culturel et social :
36, rue Abdel-Rahmane Nasr à Zeitoun, au Caire
— Services culturels et sociaux pour les aveugles et
leurs familles
— Organisation de concours artistiques et littéraires
— Organisation de cérémonies religieuses et nationales
— Excursions culturelles et promenades
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