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Saddam
garde-t-il encore des cartes ?
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Par
Mohamed Sid-Ahmed |
| Qu'adviendra
de l'Iraq après l'arrestation de Saddam ?
Quels sont les facteurs qui joueront un rôle important
dans la période à venir ? Commençons par
le principal bénéficiaire, le président Bush.
Il est sûr qu'il a obtenu une grande victoire
et qu'il l'exploitera pour augmenter les chances
de sa réélection.
Jusqu'à
l'arrestation de Saddam, les résultats de la guerre
contre l'Iraq étaient incertains. Et alors qu'il
ne restait plus que 10 mois pour les élections
présidentielles américaines, il n'était pas encore
sûr si la guerre contre l'Iraq était terminée
ou bien c'était une première étape seulement.
Bush
tient à donner un caractère légitime à cette guerre
qu'il a déclenchée et que plusieurs grandes puissances
considère comme une interprétation arbitraire
de la résolution 1 441 du Conseil de sécurité.
Cette guerre a été déclenchée par Washington loin
de l'Onu et sans son accord. Puis, Bush l'a justifiée
en prétendant que Saddam possède des armes de
destruction massive. Or, la guerre a pris fin
sans trouver la moindre trace de ces armes.
Comment
rendre cette guerre légitime, même a posteriori ?
Peut-on dire que le renversement de Saddam puis
sa disparition complète de la scène peuvent donner
un caractère légitime à sa capture ? Ce qui
est sûr, c'est que le jugement de Saddam a pour
objectif de prouver cette légitimité. |
Les
cartes de Saddam
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Il
est sûr que Saddam tentera de profiter des points
faibles dans les prétextes de Bush. Il exploitera
aussi les positions contradictoires des grandes
puissances au Conseil de sécurité concernant le
déclenchement de cette guerre ainsi que la poursuite
des désaccords entre d'un côté les Etats-Unis,
la Grande-Bretagne, l'Espagne et l'Italie et de
l'autre la France, l'Allemagne et la Belgique.
Qu'ils disent ce qu'ils veulent sur les centaines
de milliers de victimes iraqiennes exécutées sur
ordre de Saddam quand il présidait l'Iraq. Selon
la loi internationale, ceci concerne les affaires
intérieures des Etats et toute ingérence étrangère
est considérée comme une violation de la souveraineté
nationale.
En
plus, Saddam n'a pas toujours été un adversaire
de l'Occident. Pendant la guerre entre l'Iraq
et l'Iran, Saddam était plus proche de l'Occident
que Khomeiny, qui a dirigé la révolution islamique
en Iran. Il est fort probable que des ventes d'armes
ont eu lieu à cette époque entre Saddam et des
pays occidentaux. Si des secrets existent vraiment,
Saddam les exploitera pour mettre les capitales
occidentales dans l'embarras. Il les utilisera
comme outil de chantage pour mettre ses ennemis
sur la défensive. |
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Trois
scénarios
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Est-il
possible « d'équilibrer » la
victoire réalisée par Bush par un exploit arabe
consistant à effectuer des réconciliations interarabes
qui feraient assumer à Saddam toute responsabilité
du recul arabe ? Peut-on faire de Saddam
un bouc émissaire et profiter de sa disparition
de la scène arabe pour régler de nombreux conflits
qui affectent les capacités arabes ?
En
admettant ce scénario, il faut réaliser que de
nombreux régimes arabes ne peuvent pas adopter
la position occidentale, en général, et celle
des Etats-Unis, en particulier, contre Saddam.
Personne ne peut prétendre que d'un point de vue
arabe Bush serait mieux que ses adversaires démocrates
lors des prochaines présidentielles. Depuis longtemps
règne une conviction selon laquelle le Parti démocrate
aux Etats-Unis est plus proche des sionistes que
des Arabes. Et Bush a prouvé qu'il était capable
de soutenir les tyrans extrémistes de la droite
israélienne, plus que quiconque de ces prédécesseurs.
Il
ne faut donc pas s'attendre à ce que la rue arabe
prenne la partie des Etats-Unis. Il est même difficile
que les régimes arabes s'alignent sur la position
américaine sans réserves, alors que l'hostilité
de l'opinion publique arabe contre les Etats-Unis
est à son comble, à cause des guerres américaines
contre des pays musulmans au nom de la lutte contre
le terrorisme.
Un
deuxième scénario à l'opposé du premier pose la
question ainsi : Saddam peut-il, après avoir
été arrêté, jouer un rôle dans la chute de Bush
et le priver de la chance de se faire réélire ?
Cette éventualité n'est pas impossible puisque
la situation économique aux Etats-Unis n'est plus
en bon état. Le déficit commercial a atteint un
niveau sans précédent et le retrait de l'Iraq
semble devenir une opération très compliquée.
Il n'y a pas eu de victoire qui justifierait le
retrait et la poursuite de l'occupation semble
être l'expression d'un échec non avoué.
Le
jugement de Saddam mettra à jour de nombreuses
preuves de crimes. Mais ce jugement lui permettra
de rappeler au monde qu'il avait des alliés non
seulement dans l'ex-Union soviétique mais aussi
dans des pays du Golfe et en Occident. Ceci mettra
de nombreuses personnalités éminentes dans l'embarras,
en particulier Jacques Chirac et Donald Rumsfeld.
Saddam
s'est donné l'image de Saladin pour occuper à
jamais une place importante dans l'histoire. Il
peut soulever cette question : Pourquoi ceux
qui s'opposent à lui aujourd'hui avaient auparavant
mis à sa disposition des moyens techniques, militaires
et diplomatiques ?
Un
troisième scénario, différent des deux précédents,
pose la question suivante : Est-il possible
après la disparition de Saddam que la résistance
iraqienne se poursuive contre l'occupation américaine
au point de devenir une sorte de guerre de longue
durée, voire de guerre civile ?
Il
est possible que l'absence de pouvoir central
en Iraq et la continuité de la présence américaine
enflamment les conflits confessionnels à l'intérieur
de l'Iraq en particulier entre les sunnites, les
chiites et les Kurdes. Dans ce cas, il ne sera
pas possible d'en attribuer la responsabilité
à Saddam mais à de nouvelles parties autres que
les dirigeants traditionnels qui ont assumé un
rôle ou un autre pendant les dernières décennies.
De plus, il est difficile de penser que la guerre
en Iraq, si elle se transforme en guerre civile,
ne touchera que ce pays. D'autant plus qu'aujourd'hui
il y a deux occupations, une américaine de l'Iraq
et une israélienne de la Palestine et que l'ébullition
au Proche-Orient est difficile à limiter à un
endroit en particulier. |
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Vers
un nouvel accord
israélo-palestinien ?
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|
Par: Dr. Mohamed Sayed Saïd,
Vice-directeur du CEPS d'Al-Ahram |
| Il
y a une accumulation d'indices sur un regain de
l'activité diplomatique sur la scène du Proche-Orient
afin de parvenir à un règlement politique entre
Palestiniens et Israéliens. L'un de ces indices
est le dialogue qualifié d’officieux entre les
représentants de l’Autorité palestinienne et le
gouvernement israélien organisé à Londres sous
le parrainage du premier ministre britannique,
Tony Blair. Ce dialogue a été implicitement soutenu
par les Américains. Autre indice : l'initiative
de Genève signée par l'ancien ministre palestinien
de la justice Yasser Abed-Rabbo et l'ancien ministre
israélien de la justice Yossi Beilin. Il est certain
que ce document a exercé de fortes pressions sur
le premier ministre israélien Ariel Sharon l’incitant
à présenter un mécanisme politique pour la reprise
des négociations, malgré la menace adressée aux
Palestiniens de leur imposer une solution unilatérale.
Autre indice : les discussions menées tout
au long du mois dernier entre les services de
renseignements égyptiens et israéliens ainsi qu'avec
les Palestiniens en vue de conclure une trêve
qui ouvrirait la voie à la reprise des pourparlers
politiques.
Ces
indices peuvent-ils nous rendre optimistes quant
à une relance des efforts de paix ? Les observateurs
et la communauté internationale sont las du pessimisme
après trois années de tentatives stériles. Pourtant,
ce qui fait renaître l’optimisme n’est pas grand.
Si
les observateurs et la communauté internationale
sont las du pessimisme, il est certain que les
Palestiniens et les Israéliens le sont encore
plus. C’est là la principale raison de la conviction
qu’il est possible de relancer les efforts diplomatiques.
Les Palestiniens payent le prix cher du sang de
leurs martyrs, de la destruction de leur infrastructure
et du gel quasi-total de tous les aspects de la
vie depuis le début de l’Intifada et notamment
depuis la réoccupation de Gaza et de la Cisjordanie
en mars dernier. Le sentiment de fatigue s’est
accru avec le manque de soutien international
pour la cause palestinienne. En effet, la question
iraqienne a pris le dessus malgré l’importance
de la première pour les Arabes. Il semble aussi
que les Palestiniens devront attendre longtemps
et payer le prix avant de pouvoir observer une
éclaircie. En effet, malgré la baisse de popularité
de Sharon, il demeure le premier candidat à la
direction d’Israël, jusqu’à nouvel ordre. De plus,
le virement à droite en Israël n’est plus un simple
phénomène transitoire, mais il semble qu'il va
persister.
Il
en est de même pour le président américain George
W. Bush. En effet, malgré la chute de sa popularité,
il serait capable jusqu’à présent de vaincre tout
autre candidat démocrate aux présidentielles de
2004. De plus, la position de l’Europe à l’égard
du conflit arabo-israélien n’est pas réjouissante.
Si
les Palestiniens ne parviennent pas à se réformer
politiquement et à parvenir à une solution par
les négociations, ils devront en payer cher le
prix : destruction de leur économie et paralysie
de leur vie sociale, sans oublier les pertes humaines.
Cependant,
la fatigue est réciproque. Les Palestiniens sont
parvenus à infliger des pertes importantes à Israël
même si sa capacité à encaisser les pertes est
plus grande. Ses théories et stratégies sécuritaires
formulées à la lumière du conflit politique et
militaire avec les pays arabes se sont effondrées.
Il était toujours convaincu qu’il pouvait faire
ce que bon lui semblait du peuple palestinien
sans en payer le moindre prix. Mais cette ère
est révolue et la lutte réelle a commencé dans
les territoires occupés par Israël depuis 1967.
Malgré le déséquilibre flagrant des forces entre
les deux parties, les Palestiniens sont parvenus
à causer à Israël des pertes humaines importantes.
Elles sont même plus importantes que celles causées
par certaines guerres classiques contre les armées
arabes. De plus, les Israéliens ne sont plus capables
de rejeter la responsabilité sur les Palestiniens
et de les présenter au monde comme de simples
saboteurs. Cette ère est aussi révolue. Le monde
est tout à fait conscient, même ceux qui refusent
les méthodes de la résistance palestinienne, de
la véritable nature d’Israël et du régime de l’occupation
israélienne. Israël n’est plus ce gentil Etat
démocratique, mais un régime colonial qui est
le plus violent de notre époque contemporaine.
Les Palestiniens ne sont plus de simples terroristes,
mais un peuple qui lutte pour ses droits les plus
fondamentaux, humains et politiques.
Le
sondage d’opinion effectué par l'Union européenne
sur l’image d’Israël en Europe en est la preuve.
Bien que cette image soit différente pour l’opinion
publique américaine, toutes les tentatives du
lobby sioniste de présenter le conflit israélo-palestinien
comme un aspect de la guerre contre le terrorisme
ont été vouées à l’échec aux Etats-Unis. Les sondages
montrent que le peuple américain est désormais
conscient des souffrances du peuple palestinien
sous l’occupation israélienne. Il est certain
que les véritables sentiments des Américains à
l’égard d’Israël ne diffèrent guère beaucoup de
ceux des Européens. C’est ce qui a poussé Israël
et les milieux sionistes à élaborer une solution
politique comme celle du document de Genève. La
droite israélienne et sioniste est consciente
que si le gouvernement de Sharon n'entame pas
des négociations, il ne perdra pas seulement l’initiative,
mais il risque aussi de perdre ses alliés aux
Etats-Unis, notamment à la Maison-Blanche et une
partie du Congrès. C’est là le message que l’administration
américaine a voulu transmettre à Israël par l’intermédiaire
de la suppression d’une partie des garanties bancaires
et par l'accueil favorable réservé au document
de Genève.
Si
nous ajoutons à tout cela les pertes économiques
et l’arrêt effectif du développement israélien
pendant trois années consécutives, nous réalisons
à quel point l'Intifada a placé le gouvernement
Sharon et Israël dans l’embarras.
Il
semble ainsi que l'activité diplomatique actuelle
est une tentative de la part de Sharon de contrer
ces retombées négatives. Partant, nous pouvons
nous attendre à la conclusion d'un accord partial
semblable à la feuille de route ou qui lui redonne
vie.
Cependant,
cette action ne mettra pas un terme, ni n’apportera
de solution au conflit. Mais il permettra aux
deux parties de reprendre leur souffle et de reconsidérer
la situation à long terme. Il ne peut y avoir
de solution au conflit qu’après la chute de Sharon
et la remise en cause des politiques israéliennes
et palestiniennes à la fois.
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