Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Points de vue

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Société
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Saddam garde-t-il encore des cartes ?
Par Mohamed Sid-Ahmed

Qu'adviendra de l'Iraq après l'arrestation de Saddam ? Quels sont les facteurs qui joueront un rôle important dans la période à venir ? Commençons par le principal bénéficiaire, le président Bush. Il est sûr qu'il a obtenu une grande victoire et qu'il l'exploitera pour augmenter les chances de sa réélection.

Jusqu'à l'arrestation de Saddam, les résultats de la guerre contre l'Iraq étaient incertains. Et alors qu'il ne restait plus que 10 mois pour les élections présidentielles américaines, il n'était pas encore sûr si la guerre contre l'Iraq était terminée ou bien c'était une première étape seulement.

Bush tient à donner un caractère légitime à cette guerre qu'il a déclenchée et que plusieurs grandes puissances considère comme une interprétation arbitraire de la résolution 1 441 du Conseil de sécurité. Cette guerre a été déclenchée par Washington loin de l'Onu et sans son accord. Puis, Bush l'a justifiée en prétendant que Saddam possède des armes de destruction massive. Or, la guerre a pris fin sans trouver la moindre trace de ces armes.

Comment rendre cette guerre légitime, même a posteriori ? Peut-on dire que le renversement de Saddam puis sa disparition complète de la scène peuvent donner un caractère légitime à sa capture ? Ce qui est sûr, c'est que le jugement de Saddam a pour objectif de prouver cette légitimité.


Les cartes de Saddam

Il est sûr que Saddam tentera de profiter des points faibles dans les prétextes de Bush. Il exploitera aussi les positions contradictoires des grandes puissances au Conseil de sécurité concernant le déclenchement de cette guerre ainsi que la poursuite des désaccords entre d'un côté les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Espagne et l'Italie et de l'autre la France, l'Allemagne et la Belgique. Qu'ils disent ce qu'ils veulent sur les centaines de milliers de victimes iraqiennes exécutées sur ordre de Saddam quand il présidait l'Iraq. Selon la loi internationale, ceci concerne les affaires intérieures des Etats et toute ingérence étrangère est considérée comme une violation de la souveraineté nationale.

En plus, Saddam n'a pas toujours été un adversaire de l'Occident. Pendant la guerre entre l'Iraq et l'Iran, Saddam était plus proche de l'Occident que Khomeiny, qui a dirigé la révolution islamique en Iran. Il est fort probable que des ventes d'armes ont eu lieu à cette époque entre Saddam et des pays occidentaux. Si des secrets existent vraiment, Saddam les exploitera pour mettre les capitales occidentales dans l'embarras. Il les utilisera comme outil de chantage pour mettre ses ennemis sur la défensive.


Trois scénarios

Est-il possible « d'équilibrer » la victoire réalisée par Bush par un exploit arabe consistant à effectuer des réconciliations interarabes qui feraient assumer à Saddam toute responsabilité du recul arabe ? Peut-on faire de Saddam un bouc émissaire et profiter de sa disparition de la scène arabe pour régler de nombreux conflits qui affectent les capacités arabes ?

En admettant ce scénario, il faut réaliser que de nombreux régimes arabes ne peuvent pas adopter la position occidentale, en général, et celle des Etats-Unis, en particulier, contre Saddam. Personne ne peut prétendre que d'un point de vue arabe Bush serait mieux que ses adversaires démocrates lors des prochaines présidentielles. Depuis longtemps règne une conviction selon laquelle le Parti démocrate aux Etats-Unis est plus proche des sionistes que des Arabes. Et Bush a prouvé qu'il était capable de soutenir les tyrans extrémistes de la droite israélienne, plus que quiconque de ces prédécesseurs.

Il ne faut donc pas s'attendre à ce que la rue arabe prenne la partie des Etats-Unis. Il est même difficile que les régimes arabes s'alignent sur la position américaine sans réserves, alors que l'hostilité de l'opinion publique arabe contre les Etats-Unis est à son comble, à cause des guerres américaines contre des pays musulmans au nom de la lutte contre le terrorisme.

Un deuxième scénario à l'opposé du premier pose la question ainsi : Saddam peut-il, après avoir été arrêté, jouer un rôle dans la chute de Bush et le priver de la chance de se faire réélire ? Cette éventualité n'est pas impossible puisque la situation économique aux Etats-Unis n'est plus en bon état. Le déficit commercial a atteint un niveau sans précédent et le retrait de l'Iraq semble devenir une opération très compliquée. Il n'y a pas eu de victoire qui justifierait le retrait et la poursuite de l'occupation semble être l'expression d'un échec non avoué.

Le jugement de Saddam mettra à jour de nombreuses preuves de crimes. Mais ce jugement lui permettra de rappeler au monde qu'il avait des alliés non seulement dans l'ex-Union soviétique mais aussi dans des pays du Golfe et en Occident. Ceci mettra de nombreuses personnalités éminentes dans l'embarras, en particulier Jacques Chirac et Donald Rumsfeld.

Saddam s'est donné l'image de Saladin pour occuper à jamais une place importante dans l'histoire. Il peut soulever cette question : Pourquoi ceux qui s'opposent à lui aujourd'hui avaient auparavant mis à sa disposition des moyens techniques, militaires et diplomatiques ?

Un troisième scénario, différent des deux précédents, pose la question suivante : Est-il possible après la disparition de Saddam que la résistance iraqienne se poursuive contre l'occupation américaine au point de devenir une sorte de guerre de longue durée, voire de guerre civile ?

Il est possible que l'absence de pouvoir central en Iraq et la continuité de la présence américaine enflamment les conflits confessionnels à l'intérieur de l'Iraq en particulier entre les sunnites, les chiites et les Kurdes. Dans ce cas, il ne sera pas possible d'en attribuer la responsabilité à Saddam mais à de nouvelles parties autres que les dirigeants traditionnels qui ont assumé un rôle ou un autre pendant les dernières décennies. De plus, il est difficile de penser que la guerre en Iraq, si elle se transforme en guerre civile, ne touchera que ce pays. D'autant plus qu'aujourd'hui il y a deux occupations, une américaine de l'Iraq et une israélienne de la Palestine et que l'ébullition au Proche-Orient est difficile à limiter à un endroit en particulier.

Haut de page
Vers un nouvel accord
israélo-palestinien ?

Par: Dr. Mohamed Sayed Saïd,
Vice-directeur du CEPS d'Al-Ahram

Il y a une accumulation d'indices sur un regain de l'activité diplomatique sur la scène du Proche-Orient afin de parvenir à un règlement politique entre Palestiniens et Israéliens. L'un de ces indices est le dialogue qualifié d’officieux entre les représentants de l’Autorité palestinienne et le gouvernement israélien organisé à Londres sous le parrainage du premier ministre britannique, Tony Blair. Ce dialogue a été implicitement soutenu par les Américains. Autre indice : l'initiative de Genève signée par l'ancien ministre palestinien de la justice Yasser Abed-Rabbo et l'ancien ministre israélien de la justice Yossi Beilin. Il est certain que ce document a exercé de fortes pressions sur le premier ministre israélien Ariel Sharon l’incitant à présenter un mécanisme politique pour la reprise des négociations, malgré la menace adressée aux Palestiniens de leur imposer une solution unilatérale. Autre indice : les discussions menées tout au long du mois dernier entre les services de renseignements égyptiens et israéliens ainsi qu'avec les Palestiniens en vue de conclure une trêve qui ouvrirait la voie à la reprise des pourparlers politiques.

Ces indices peuvent-ils nous rendre optimistes quant à une relance des efforts de paix ? Les observateurs et la communauté internationale sont las du pessimisme après trois années de tentatives stériles. Pourtant, ce qui fait renaître l’optimisme n’est pas grand.

Si les observateurs et la communauté internationale sont las du pessimisme, il est certain que les Palestiniens et les Israéliens le sont encore plus. C’est là la principale raison de la conviction qu’il est possible de relancer les efforts diplomatiques. Les Palestiniens payent le prix cher du sang de leurs martyrs, de la destruction de leur infrastructure et du gel quasi-total de tous les aspects de la vie depuis le début de l’Intifada et notamment depuis la réoccupation de Gaza et de la Cisjordanie en mars dernier. Le sentiment de fatigue s’est accru avec le manque de soutien international pour la cause palestinienne. En effet, la question iraqienne a pris le dessus malgré l’importance de la première pour les Arabes. Il semble aussi que les Palestiniens devront attendre longtemps et payer le prix avant de pouvoir observer une éclaircie. En effet, malgré la baisse de popularité de Sharon, il demeure le premier candidat à la direction d’Israël, jusqu’à nouvel ordre. De plus, le virement à droite en Israël n’est plus un simple phénomène transitoire, mais il semble qu'il va persister.

Il en est de même pour le président américain George W. Bush. En effet, malgré la chute de sa popularité, il serait capable jusqu’à présent de vaincre tout autre candidat démocrate aux présidentielles de 2004. De plus, la position de l’Europe à l’égard du conflit arabo-israélien n’est pas réjouissante. Si les Palestiniens ne parviennent pas à se réformer politiquement et à parvenir à une solution par les négociations, ils devront en payer cher le prix : destruction de leur économie et paralysie de leur vie sociale, sans oublier les pertes humaines.

Cependant, la fatigue est réciproque. Les Palestiniens sont parvenus à infliger des pertes importantes à Israël même si sa capacité à encaisser les pertes est plus grande. Ses théories et stratégies sécuritaires formulées à la lumière du conflit politique et militaire avec les pays arabes se sont effondrées. Il était toujours convaincu qu’il pouvait faire ce que bon lui semblait du peuple palestinien sans en payer le moindre prix. Mais cette ère est révolue et la lutte réelle a commencé dans les territoires occupés par Israël depuis 1967. Malgré le déséquilibre flagrant des forces entre les deux parties, les Palestiniens sont parvenus à causer à Israël des pertes humaines importantes. Elles sont même plus importantes que celles causées par certaines guerres classiques contre les armées arabes. De plus, les Israéliens ne sont plus capables de rejeter la responsabilité sur les Palestiniens et de les présenter au monde comme de simples saboteurs. Cette ère est aussi révolue. Le monde est tout à fait conscient, même ceux qui refusent les méthodes de la résistance palestinienne, de la véritable nature d’Israël et du régime de l’occupation israélienne. Israël n’est plus ce gentil Etat démocratique, mais un régime colonial qui est le plus violent de notre époque contemporaine. Les Palestiniens ne sont plus de simples terroristes, mais un peuple qui lutte pour ses droits les plus fondamentaux, humains et politiques.

Le sondage d’opinion effectué par l'Union européenne sur l’image d’Israël en Europe en est la preuve. Bien que cette image soit différente pour l’opinion publique américaine, toutes les tentatives du lobby sioniste de présenter le conflit israélo-palestinien comme un aspect de la guerre contre le terrorisme ont été vouées à l’échec aux Etats-Unis. Les sondages montrent que le peuple américain est désormais conscient des souffrances du peuple palestinien sous l’occupation israélienne. Il est certain que les véritables sentiments des Américains à l’égard d’Israël ne diffèrent guère beaucoup de ceux des Européens. C’est ce qui a poussé Israël et les milieux sionistes à élaborer une solution politique comme celle du document de Genève. La droite israélienne et sioniste est consciente que si le gouvernement de Sharon n'entame pas des négociations, il ne perdra pas seulement l’initiative, mais il risque aussi de perdre ses alliés aux Etats-Unis, notamment à la Maison-Blanche et une partie du Congrès. C’est là le message que l’administration américaine a voulu transmettre à Israël par l’intermédiaire de la suppression d’une partie des garanties bancaires et par l'accueil favorable réservé au document de Genève.

Si nous ajoutons à tout cela les pertes économiques et l’arrêt effectif du développement israélien pendant trois années consécutives, nous réalisons à quel point l'Intifada a placé le gouvernement Sharon et Israël dans l’embarras.

Il semble ainsi que l'activité diplomatique actuelle est une tentative de la part de Sharon de contrer ces retombées négatives. Partant, nous pouvons nous attendre à la conclusion d'un accord partial semblable à la feuille de route ou qui lui redonne vie.

Cependant, cette action ne mettra pas un terme, ni n’apportera de solution au conflit. Mais il permettra aux deux parties de reprendre leur souffle et de reconsidérer la situation à long terme. Il ne peut y avoir de solution au conflit qu’après la chute de Sharon et la remise en cause des politiques israéliennes et palestiniennes à la fois.

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631