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Noël .
Les 1 000 habitants
de Nazlet Ghattas, un village au fin fond de la Haute-Egypte,
vivent malgré eux en autarcie loin de tout. C'est autour de
leur prêtre et de leur église catholique que tout s'organise.
Reportage.
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Les
catholiques de Nazlet Ghattas |
| Nazlet
Ghattas, Ezbet Al-Nassara (le hameau des chrétiens), le Vatican
de Minya ou la petite Rome, telles sont les appellations de
ce petit village au fin fond de la Haute-Egypte. Vous l'avez
compris, c'est un village où vivent des chrétiens. Mais, l'histoire
va beaucoup plus loin. Nazlet Ghattas est non seulement une
localité qui abrite des chrétiens, mais tous se rattachent à
l'église catholique. Le récit rapporte que deux frères, les
Ghattas, se sont établis dans ce bourg depuis plus de deux siècles
et ont fondé deux petites familles. Avec le temps, la population
de Nazlet Ghattas a augmenté pour atteindre le chiffre actuel
de 1 000 habitants tous ayant la même généalogie et fréquentent
la même église.
Minya, qui fait
partie du Saïd, a toujours été taxée avec bien d'autres localités
de cette région d'Egypte comme étant une ville à majorité copte
orthodoxe. Or, selon le rapport émis tous les deux ans par l'église
catholique d'Egypte sur la situation de la communauté catholique
en Egypte, on apprend que celle-ci compte environ 250 000
fidèles dont plus de 90 000 en Haute-Egypte. Les églises
de Minya et d'Assiout viennent en tête de liste avec plus de
la moitié de ce chiffre. Ainsi, il n'est donc pas étonnant de
constater que les quelques familles aisées, de grande notoriété
et de confession chrétienne à l'exemple de Yassa, Al-Masri,
Kozmane et Khozam appartiennent à l'Eglise catholique et sont
natives de cette ville.
A Minya, les empreintes
de cette population catholique importante sont nombreuses :
Les écoles des Jésuites et des Bon Pasteur côtoient les églises
et les associations de développement social catholiques. Selon,
Ibrahim Ishaq, l'archevêque de Minya, cette présence catholique
est due en premier lieu au travail très actif des missionnaires
qui se sont installés dans cette région depuis plus de deux
siècles. Les Franciscains, les Jésuites, les Sacré- Cœur et
d'autres communautés ont fondé des églises et des écoles dans
la région et ont ainsi attiré beaucoup de fidèles. « En
parallèle, la fondation des écoles du clergé (qui forment
les futurs prêtres catholiques) dans plusieurs villes du
Saïd telles que Tahta et Minya a à son tour encouragé les jeunes
saïdis à choisir cette vocation », explique-t-il.
Nazlet Ghattas
ne fait donc pas exception à la règle, mais tire sa singularité
par le fait que toutes les familles qui l'habitent sont catholiques.
C'est d'ailleurs un bourg très connu dans l'histoire de l'église
catholique d'Egypte. Il a donné naissance à un nombre important
de prêtres, d'évêques et de religieuses, dispersés aujourd'hui
dans différents couvents, églises et écoles d'Egypte selon la
mission et la vocation de chacun. Une source de fierté pour
ses quelque 1 000 habitants qui connaissent par cœur les
noms des « émissaires de Nazlet Ghattas ». « Les
évêques Iskandar Ghattas et Ishaq Ghattas sont issus de notre
village, ainsi que les centaines de sœurs et de prêtres installés
au Caire, à Suez ou dans les villes voisines », se
vante Hanna, un habitant du village.
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La voix du père Thomas
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Ici,
à 350 kilomètres du Caire, la modestie du décor saute au yeux.
Des ruelles boueuses, de petites maisons construites en béton
ou en brique, et sur les façades sont gravés le signe de la
croix suivi du nom du propriétaire et d'une phrase de la Bible.
Tout le hameau est encerclé de vastes terrains agricoles. L'agriculture
est en fait l'activité principale de la plupart des habitants.
Le visiteur ne peut pas éviter les quatre bâtisses qui se dressent
à l'entrée : l'église catholique, le siège de l'association
de développement, l'école primaire catholique et le foyer des
sœurs du Bon Pasteur. C'est autour de ces établissements que
se déroule tout le quotidien de ses habitants. « Chaque
après-midi, nous organisons une réunion à l'église. Des cours
de catéchisme, des rencontres pour femmes, des assemblées de
jeunes, sans oublier les messes. C'est un moyen pour occuper
les habitants du village tout le long de la semaine »,
explique père Thomas, le seul prêtre de l'église et du village.
Pour ce jeune prêtre (à peine la trentaine), de telles activités
lui permettent de tuer le temps. Enfermé seul dans son église,
il avoue que sa mission est difficile. Ayant servi pendant quatre
ans à Abou-Qorqas, un village plus animé et plus moderne dans
la région de Minya, le père Thomas ne peut s'empêcher de manifester
son étonnement face à la situation de précarité qui règne dans
ce petit village. « Je suis arrivé ici il y a trois
semaines seulement. C'est l'appel de Dieu auquel je dois toute
obéissance », confie-t-il.
A Nazlet Ghattas,
les organismes de services fondamentaux sont inexistants. Pas
de dispensaires, pas d'écoles, pas de commissariat de police,
ni de boulangerie. Même les moyens de transport évitent de rentrer
dans le village après le coucher du soleil. Ce qui isole Nazlet
Ghattas du reste du monde. Une situation qui a poussé les habitants
à investir tous leurs efforts dans l'église. « Cela
a facilité notre tâche, car il s'agit d'une population très
liée à son église. Il suffit que la cloche de la paroisse retentisse
pour que toutes les familles du village se rassemblent et assistent
à la prière », dit père Thomas. De plus, les conditions
de vie modeste et la mentalité des gens ont fait du clergé un
exemple à suivre. « La parole du prêtre est ici très
respectée et surtout très influente », dit père Thomas.
Juste à côté, dans
le foyer des sœurs du Bon Pasteur, trois religieuses ont pour
mission d'aider le père Thomas à soutenir cette petite population.
« Nous leur rendons visite, faisons l'impossible pour
trouver des médecins prêts à venir consulter les grands malades,
nous suivons les élèves dans leurs études. Notre objectif :
faire sentir aux habitants que nous sommes proches d'eux et
toujours présents en cas de difficultés », dit sœur
Madeleine.
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Petits moyens, grands rêves
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De Choubra, au
Liban en passant par Mouski, Suez, Port-Saïd, Belgique, sœur
Madeleine a choisi après ce long itinéraire de venir
à Nazlet Ghattas. De nature active, cette originaire
de Sohag a toujours été fascinée par le travail social et
caritatif. Un choix qu'elle ne regrette pas.
Se servant de
leur véhicule privé, les sœurs font des déplacements incessants
entre les villages voisins pour aider le plus de gens, font
leurs courses hebdomadaires à Minya et jouent d'intermédiaires
entre les habitants de Nazlet Ghattas et le monde extérieur.
« Pour rendre une visite à une famille, je dois prendre
les sœurs avec moi, elles connaissent tout le village et leur
présence est très sollicitée et rassure les familles »,
confie père Thomas. Ensemble, ils ont des rêves à réaliser :
celui de transformer Nazlet Ghattas en un bourg agréable et
plus commode avec une boulangerie, un réseau de transport
plus efficace et des projets d'emploi pour les jeunes.
Originaire de
ce village, sœur Mariam connaît tous ses habitants, leurs
besoins et même la mentalité de chacun. « J'ai eu
quelques craintes au départ lorsque j'ai appris que j'allais
servir au sein de ma famille et mes proches. Ces gens m'ont
toujours connue en tant que personne ordinaire. Mais, avec
le temps, j'ai constaté que cela avait enrayé toutes les barrières
psychologiques qui pouvaient entraver ma mission. Ils m'appellent
même Mariam comme ils étaient habitués avant, sans le titre
de sœur comme c'est le cas avec les autres religieuses du
foyer », dit-elle.
Aujourd'hui,
la jeune sœur sert de guide pour le père Thomas qui ne connaît
encore pas très bien la culture de ses fidèles ni leurs habitudes.
« J'ai été offusqué de voir des femmes venir en chemises
de nuit à l'église pour faire leurs prières. Pour elles, c'est
tout à fait normal car il n'y pas d'étrangers et tous les
habitants ont des liens familiaux. De plus, elles considèrent
l'église comme leur propre demeure vu qu'elles y passent la
plus grande partie de leur temps ». Et ce n'est pas
le seul choc. En faissa balade quotidienne dans le village,
le père Thomas a constaté que les portes des maisons restent
grandes ouvertes et ne sont verrouillées qu'à 8h du soir,
heure à laquelle les familles se mettent au lit.
Un style de vie
nouveau pour le père Thomas et auquel il doit s'habituer.
Cette semaine, il passera son premier Noël dans sa nouvelle
église et avec ses fidèles. Une messe qui réunira tous les
habitants du village et même ceux qui l'ont quitté pour habiter
d'autres villes. Les coutumes du village exigent que le prêtre
reçoive chez lui tous les enfants du village avec des bonbons
avant d'aller rendre visite à toutes les familles pour leur
souhaiter un joyeux Noël. Une nouvelle expérience pour ce
jeune prêtre qui commence avec cette fête toute une nouvelle
vie.
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Amira Doss |
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