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Libye
. Tripoli a pris
le monde par surprise en annonçant renoncer à tout programme
d'armes de destruction massive. Une décision qui intervient
après plusieurs mois de négociations secrètes.
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Tripoli sort de l'isolement
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Véritable
volte-face ou simple manœuvre diplomatique ? La Libye
a en tout cas créé la surprise en annonçant vendredi,
contre toute attente, qu'elle renonçait à tout programme
d'Armes de Destruction Massive (ADM), alors qu'elle avait
toujours assuré qu'elle n'en possédait pas. Une annonce
qui montre la volonté de Tripoli de réintégrer la communauté
des Nations qui l'avait mis à son ban en 1988, suite à
l'attentat contre un Boeing de la PanAm
au-dessus de Lockerbie et qui pourrait conduire à une
levée des sanctions imposées à ce pays depuis 1992.
La
décision libyenne intervient en effet quelques mois après
la conclusion d'un accord d'indemnisation des familles
des victimes de l'attentat de Lockerbie. « Notre
objectif est de renouer avec les Etats-Unis sur de nouvelles
bases » et de « consolider les rapports
déjà existants avec la Grande-Bretagne », a affirmé
samedi Hassouna Chaouch, adjoint d'Abdelrahman Chalgham,
ministre libyen des Affaires étrangères. Mais elle intervient
également huit mois après le renversement du régime de
Saddam Hussein en Iraq, dont le programme d'armement supposé
avait été invoqué par Washington pour déclencher l'invasion
de ce pays. Elle s'est en outre produite au lendemain
de la signature par l'Iran du protocole additionnel au
Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), permettant
des inspections poussées de ses sites par l'Agence Internationale
pour l'Energie Atomique (AIEA), alors que Téhéran est
soupçonné par Washington de vouloir se doter d'armes nucléaires.
Quelques
jours après son annonce et pour faire preuve de davantage
de bonne volonté, la Libye s'est dite prête à signer le
protocole additionnel au TNP, qui autorise notamment des
visites surprise des inspecteurs des Nations-Unies sur
des sites nucléaires. C'est ce qu'a déclaré lundi le premier
ministre libyen Choukri Ghanem. Au lendemain de l'annonce
surprise par la Libye qu'elle renonçait à tout programme
de développement d'ADM, une délégation libyenne de haut
niveau avait rencontré à Vienne le directeur général de
l'AIEA, Mohamad Al-Baradei, pour discuter de ce dossier.
Rien n'a filtré sur la teneur de ces discussions, mais
des diplomates dans la capitale autrichienne ont indiqué
que Tripoli devrait suivre le modèle iranien (Téhéran
a signé jeudi dernier à Vienne ce protocole additionnel
au TNP) et signer le protocole additionnel. « C'est
une des principales choses qui a été négociée avec eux »,
a déclaré un diplomate dans une allusion aux neuf mois
durant lesquels Londres et Washington ont négocié secrètement
avec Tripoli.
Etabli en
1997 par l'AIEA, le protocole additionnel constitue le
principal outil international de contrôle du nucléaire.
Il autorise l'AIEA à inspecter non seulement les installations
en fonctionnement, mais également des lieux où elle n'avait
pas accès en vertu du TNP, comme des réacteurs arrêtés,
des centres de recherche ou des usines fabriquant des
produits susceptibles de servir à un programme nucléaire.
Dans son communiqué de vendredi soir, le gouvernement
libyen avait déjà laissé entendre qu'il signerait ce protocole.
Il avait « réaffirmé son engagement à respecter
toutes les conventions, y compris le protocole additif
au TNP », et s'était déclaré « prêt à
accueillir n'importe quelle mission internationale d'inspection ».
Tripoli reconnaît en outre dans cette déclaration avoir
« tenté de développer ses capacités défensives
du fait que ses appels à ce que le Proche-Orient et l'Afrique
soient exempts de toute ADM sont restés sans effet ».
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Neuf mois de tractations
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En réalité,
il semble que la Libye ait annoncé son renoncement à développer
des ADM après plusieurs mois de « diplomatie discrète »
de Washington et Londres qui ont dit leur satisfaction
et espéré que ce pays longtemps pestiféré rejoindrait
bientôt « la communauté des nations ».
En effet, la décision libyenne a été immédiatement saluée
par le président américain George W. Bush, qui a déclaré
que l'initiative allait « contribuer à renforcer
la sécurité des Etats-Unis ». Tripoli et Washington
n'entretiennent plus de relations diplomatiques depuis
1981, mais Bush a estimé qu'« avec cette annonce,
la Libye a entamé le processus pour rejoindre la communauté
des nations ». Bush a précisé que les discussions
entre Tripoli, Washington et Londres sur le développement
d'ADM par la Libye duraient depuis neuf mois et que la
voie diplomatique avait permis de convaincre ce pays de
mettre fin à ses ambitions en ce domaine.
Mais la coopération
de la Libye ne s'est pas arrêtée aux ADM, selon l'Observer
de Londres qui a affirmé dimanche que Tripoli avait décidé
de fournir des renseignements sur des centaines de membres
d'Al-Qaëda et sur des militants islamistes, afin
d'obtenir une levée des sanctions américaines frappant
le pays, accusé de soutenir le terrorisme.
La décision
de Tripoli a évidemment été saluée dans le monde entier.
La Grande-Bretagne, qui a agi de concert avec les Etats-Unis
dans ce dossier, a estimé par la voix de son chef de la
diplomatie Jack Straw que le colonel Kadhafi, qui a pris
l'initiative de contacter Londres et Washington en mars
dernier, « doit être applaudi sans réserve pour
ce qu'il a fait ». Les autres capitales européennes,
ainsi que Pékin et Tokyo, ont également rendu hommage
à la décision libyenne et à la diplomatie américaine et
britannique.
Mais la décision
libyenne a aussi remis sur le tapis la question de la
possession par Israël d'ADM. Le chef de la diplomatie
libyenne a souhaité que la décision libyenne fasse des
émules dans la région. « Le Proche-Orient au moins
doit être débarrassé des armes de destruction massive,
et c'est la raison pour laquelle Israël devrait abandonner
ses ADM », a insisté le premier ministre.
Si de nombreux
observateurs estiment que ce sont les pressions internationales,
mais aussi la peur inspirée par la guerre en Iraq, qui
ont poussé Tripoli à entamer des pourparlers avec Londres
et Washington, les pays arabes souhaitent désormais voir
cette issue suivie par Israël. « Nous espérons
que les autres pays de la région suivront (cet exemple) »,
a ainsi déclaré le ministre égyptien des Affaires étrangères,
Ahmad Maher, dans une claire allusion à Israël, tandis
que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa,
estimait : « Il n'est pas logique de faire
une exception pour Israël ».
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Abir
Taleb |
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