Al-Ahram
Hebdo : Quelles seront les premières décisions que
vous allez prendre après votre élection comme président du
parti ?
Réfaat Al-Saïd :
Je ne peux pas répondre à cette question, car personne dans
ce parti ne peut prendre de décisions individuelles, même
le président du parti. Tous les membres doivent se mettre
d'accord avant la prise d'une résolution quelconque. Nous
avons appris cette leçon depuis longtemps de notre leader,
Khaled Mohieddine. De toute façon, je ne crois pas que les
prochaines décisions sortiront de la tendance générale qui
prévalait sous Khaled Mohieddine, surtout que j'étais un de
ses élèves et que nous avons travaillé ensemble pendant plus
de 35 ans. Il ne faut pas s'attendre à voir un changement
de grande envergure.
— Les
nouveaux membres élus du bureau politique et les trois nouveaux
vice-présidents se caractérisent par leurs positions très
à gauche ainsi que par leur opposition à votre souplesse vis-à-vis
du gouvernement. Cela augure-t-il des conflits dans le futur ?
— Le
parti du Rassemblement a un programme politique unique. Mais
ceci n'empêche pas l'existence de sensibilités différentes
au sein de ce cadre général. Je
ne suis donc pas d'accord avec le terme de conflit entre les
membres du parti. Je préfère plutôt dire qu'il existe différentes
opinions et que les partisans de chaque opinion doivent discuter
tous les points de vue pour arriver à un avis final qui soit
satisfaisant pour toutes les parties concernées.
— Beaucoup
de partis de l'opposition ont traversé des conflits qui sont
actuellement examinés par la justice. Risquez-vous de subir
le même sort ou êtes-vous sûr de pouvoir préserver la paix
au sein du parti durant votre présidence ?
— Le problème
principal dans les autres partis de l'opposition est qu'ils
n'étaient pas habitués à traiter avec les opinions différentes.
Au parti du Rassemblement, nous avons des moyens de communication
efficaces basés sur le respect. Je crois que les autres partis,
qu'ils soient égyptiens ou arabes, doivent savoir que personne
ne possède la vérité entière. Personnellement, j'ai appris
ceci de l'un des anciens leaders du parti.
— Que
pensez-vous du dialogue national qui doit avoir lieu prochainement
et pourquoi votre parti va-t-il de nouveau participer à cette
expérience, après l'échec de 1994 ?
— Aucun
politicien raisonnable ne peut refuser le dialogue. Nous sommes
contre l'attitude du parti au pouvoir et des islamistes qui
consiste à refuser le dialogue avec les autres courants. Comment
notre parti peut-il donc tomber dans cette erreur ? Le
Parti National Démocrate (PND) a fait échouer le premier dialogue
national qui a eu lieu en 1994. Mais cette fois-ci, j'ai l'impression
qu'il est sérieux et je m'attends à ce qu'on puisse réaliser
un pas ou deux vers la démocratie à la suite de ce dialogue.
Nous n'avons pas l'espoir de résoudre tous les problèmes au
cours ce dialogue, mais il faut quand même essayer. Le fait
de tenir un dialogue est un pas en avant qu'il ne faut pas
négliger.
— Le
fait que le gouvernement insiste sur la tenue d'élections
législatives partielles, malgré les jugements de la Cour administrative
invalidant ces élections, peut-il avoir une influence négative
sur le dialogue national ?
— Tout acte
négatif peut entraver le dialogue national et peut diminuer
sa crédibilité. Les fautes du gouvernement rendent le dialogue
plus difficile. Toutefois, le fait de participer au dialogue
ne signifie pas que nous ne nous opposerons plus aux décisions
du gouvernement qui ne nous plaisent pas.
— Avez-vous
remarqué un progrès relatif dans le fonctionnement du PND
au cours des dernières années ?
— Il y a
vraiment eu des progrès au sein du PND. Le parti est devenu
plus actif et ceci est très profitable à la vie politique
en général. Par exemple, le ministre de l'Information a donné
des ordres à l'Union de la radiotélévision de couvrir le cinquième
Congrès général de notre parti. Il a même supprimé une information
le concernant au bulletin de 9h pour que plus de temps soit
accordé à notre congrès. Je crois que cela constitue un progrès
réel.
— D'après
vous, quelles sont les causes de ce progrès ?
— Pendant
plusieurs années, l'œuvre du PND était soutenue par les institutions
de l'Etat, et non pas par le contact avec le peuple. Mais
il a tiré les leçons des dernières législatives, en 2000,
lorsqu'un grand nombre de ses députés ont perdu. Ils ont commencé
à respecter l'opinion des autres et à leur donner plus de
liberté. Ils ont commencé à comprendre que le manque de transparence
dans les élections ne pourra plus durer. Je crois que la nouvelle
génération a donné un élan au parti.
— Comment
évaluez-vous l'action du gouvernement d'Atef Ebeid ?
— Le
gouvernement qui doit mettre en application les recommandations
du PND fait le contraire. Le huitième Congrès général du PND,
qui a eu lieu en 2002, a pris de bonnes résolutions économiques.
Par exemple, les membres du PND ont recommandé de diminuer
les dettes du pays, mais ces dernières ont augmenté, en pratique.
Ils ont recommandé de fournir 800 000 nouvelles offres
de travail ; pourtant, le taux de chômage a augmenté.
A mon avis, le gouvernement donne une mauvaise image du parti.
Ce gouvernement est le plus mauvais qu'on ait connu depuis
des années. Le problème est qu'il n'existe pas d'harmonie
entre les ministères. Par exemple, les décisions du ministre
des Finances se contredisent avec celles du ministre du Commerce
extérieur.
— Que
pensez-vous de la réforme économique amorcée il y a plus de
10 ans ?
— Pour répondre
à cette question, il faut comparer la situation économique
actuelle à celle qui régnait il y a 10 ans. A mon avis, cette
comparaison ne sera pas en faveur du gouvernement. La classe
pauvre est devenue plus pauvre et la classe moyenne s'est
aussi appauvrie. Ceux qui ont profité de cette politique sont
une minorité qui détient les richesses du pays à travers la
corruption.
— Quel
bilan tirez-vous de la tentative de coordination entre les
partis de l'opposition ?
— L'expérience
a été négative. Les idéologies différentes ont causé l'échec
répété de cette tentative. De plus, les entraves mises par
le gouvernement étouffent toute tentative sérieuse de coordination
entre l'opposition.
— D'après
vous, quelles sont les raisons de la crise de la gauche ?
— La crise
de la gauche peut se résumer en une phrase : les partisans
de la gauche ont traité avec leur idéologie comme s'il s'agissait
d'un sacrement auquel il ne faut pas toucher. A mon avis,
c'est un moyen de trahir son idéologie. Je crois qu'il n'existe
aucun espoir dans l'avenir pour la gauche si ses partisans
ne font pas une autocritique. La gauche égyptienne se divise
en trois groupes : le premier refuse tout changement,
le deuxième répète les idées anciennes, mais sous une forme
différente, et le troisième essaye de s'adapter à la
réalité.
— Pourquoi
votre parti est considéré comme plus faible aujourd'hui que
dans les années 1970 ?
— Au cours
des années 1970, le président Sadate était agressif, ce qui
nous a rendus agressifs à notre tour. Durant cette période,
la police a arrêté plusieurs d'entre nous, et ils ont fermé
notre journal pendant longtemps. Mais la situation est différente
depuis l'accès au pouvoir du président Moubarak, c'est pour
cette raison que nous sommes moins agressifs. Le dialogue
doit être l'alternative à l'opposition agressive et le gouvernement
doit nous donner plus de liberté de dialogue. Personnellement,
je considère notre parti comme un parti respectable et actif.
— Votre
lutte contre le courant islamiste a duré longtemps. Pourquoi ?
— D'abord,
je refuse le mot islamiste, car nous sommes tous musulmans.
En outre, je ne respecte pas ce courant et je refuse tout
établissement d'un parti basé sur la religion, car il exploite
la religion pour avoir une influence sur les gens au nom de
l'islam et pour servir des intérêts personnels. fondation
d'un parti basé sur l'islam peut détruire les bases de l'unité
nationale.
— Mais
les gens respectent ce courant qui s'oppose à Israël et aux
Etats-Unis …
— Il ne
faut pas confondre le Hezbollah au Liban et le Hamas
en Palestine avec les groupes islamistes dans les autres pays.
Ces premiers sont des mouvements nationaux qui défendent leur
pays et luttent contre l'occupation, mais les autres tuent
leurs peuples.