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Transport . Mauvais état des véhicules, accidents nombreux, un déficit qui s'élève à 124 millions de L.E. L'Organisme public des transports en commun souffre de multiples maux. C'est ce que vient de révéler un rapport émis par l'Organisme central des comptes et actuellement examiné par l'Assemblée du peuple.
Négligence et défaillance

« L'Organisme Public des Transports (OPT) est dans l'incapacité de renouveler son parc. En 1998, le déficit de la compagnie s'évaluait à 43 millions de L.E. En 1999, ce chiffre est passé à 80 millions de L.E. et a atteint aujourd'hui 124 millions de L.E. ». C'est ce qu'a révélé un récent rapport émis par l'Organisme central des comptes. Ce rapport est actuellement examiné par la commission des transports à l'Assemblée du peuple. Par ailleurs, selon une récente statistique du ministère de l'Intérieur, le nombre de victimes (morts et blessés) dans des accidents impliquant des véhicules des transports en commun a doublé entre 1999 et 2003 (10 000 victimes en 2003).

Les accidents sont effectivement nombreux. Il y a quelques semaines, un autobus de l'OPT a écrasé 8 personnes qui attendaient à un arrêt de minibus. L'enquête a révélé que le bus roulait sans freins. Et ce n'est qu'un exemple. Selon les membres de la commission des transports au Parlement, l'OPT est accusé de négligence et de mauvaise gestion. « A chaque fois qu'un accident a lieu, les responsables de l'organisme font des déclarations affirmant que c'est une simple erreur qui ne se répétera pas. Ils veulent nous convaincre que le nombre d'accidents est en continuelle diminution. Pourtant, la réalité est bien différente, car les véritables responsables de ces catastrophes ne sont jamais punis », lance Gamal Abdel-Fattah, membre de la commission des transports à l'Assemblée du peuple.

L'OPT est formé de trois grandes administrations : celle se chargeant des chauffeurs, celle de la maintenance et des ateliers d'entretien des véhicules et enfin celle de la formation. Selon Mohamad Ezzeddine, membre de la commission des transports au Parlement, tous ces services fonctionnent mal. Selon Ezzeddine, la mauvaise qualité du service présenté par l'OPT revient principalement au manque d'entretien des véhicules et au comportement irresponsable des chauffeurs. « Tous les véhicules doivent être quotidiennement examinés par des techniciens. Ces derniers doivent également rédiger un rapport sur l'état de ces véhicules à la fin de la journée. Mais la réalité est que ces véhicules ne sont exposés à l'examen des techniciens que lorsque le chauffeur informe le technicien de l'existence d'une panne ou d'un problème quelconque », explique Ezzeddine. Selon les responsables de l'organisme, l'entretien des bus coûte cher. « Le manque de moyens nous empêche de fournir un bon entretien des bus qui coûte à l'organisme 200 000 L.E. par mois. Ceci empêche l'organisme de bien gérer son parc qui s'élève à 5 000 autobus au Caire servant presque 9 millions de citoyens par jour », explique Ahmad Abdel-Hamid Mokhtar, de l'OPT.

Boutros Bichay, chauffeur, essaye de justifier la question du non respect des conducteurs du code de la route par les conditions difficiles de travail. « L'organisme compte 8 000 chauffeurs au Caire. Chacun de nous travaille entre 8 à 10 heures par jour, ce qui est très fatiguant. De même, nous sommes souvent privés des jours fériés », lâche Bichay.


Une gestion et une planification déplorables

Pour les spécialistes en transports, les problèmes de ce secteur sont essentiellement dus à l'absence de toute planification. « A l'exception de quelques initiatives, aucun véritable plan pour organiser ce secteur n'a été lancé. Alors que l'Etat paye des milliards de L.E. pour construire des routes liant Le Caire aux villes touristiques comme Charm Al-Cheikh et Hurghada, il ne prête aucune attention à ce secteur qui touche aux intérêts directs des démunis », explique Mohamad Ibrahim Al-Iraqi, professeur à l'institut du transport. Al-Iraqi ajoute que toutes les tentatives de réformes entamées par l'organisme n'ont pas apporté leurs fruits. Il explique qu'en 1998, l'OPT avait mis un plan afin d'augmenter les recettes au lieu de recourir à la privatisation. Ce plan consistait à entamer le service des cars climatisés dont le ticket est à 2 L.E. Avec ce nouveau service, l'organisme visait à réaliser des bénéfices et assurer un service plus efficace. « 5 ans après le lancement de ce nouveau service, l'organisme continue à souffrir du déficit et est incapable de renouveler son parc. Jusqu'à présent, 20 % des autobus sont dans un état délabré », lance Ali Sabri, député de l'opposition.

Face à ces problèmes, certains voix se sont élevées au Parlement appelant à la privatisation des transports publics. « Nous sommes pour la privatisation en général. Mais le domaine des transports en commun est spécial, car ce sont les démunis qui l'utilisent. Aujourd'hui, les billets sont subventionnés de 50 %. Qui garantit que si ce secteur est privatisé, la subvention sera maintenue ? », demande Magdi Noureddine, député du Parti national démocrate. Selon lui, il ne faut pas entièrement privatiser ce secteur, mais plutôt permettre une intervention limitée du secteur privé. Hussein Abdel-Razeq, secrétaire général du parti du Rassemblement, refuse catégoriquement l'idée de la privatisation. Selon lui, c'est le rôle de l'Etat de fournir à la catégorie des démunis un moyen de transport confortable et bon marché. « L'Etat paye des milliards de L.E. pour la création des routes, car ce genre de projets est rentable. Pourtant, il néglige complètement un secteur assez important comme celui du transport, puisqu'il ne lui rapporte aucun bénéfice », critique Abdel-Razeq.

Face à ces critiques, les responsables de l'OPT essayent de se défendre. Selon Mohamad Sadeq, directeur de l'administration centrale de l'organisme, l'OPT a pu grâce aux bénéfices des cars climatisés de combler 2 % de son déficit. « Il est vrai que c'est très peu, mais ceci signifie que l'expérience a été positive. Grâce à ce projet, l'organisme a pu remplacer les autobus vieux de plus de 20 ans par de nouveaux véhicules, c'est déjà un acquis. Avant 1996, 60 % des autobus étaient très vieux. Aujourd'hui, ce pourcentage est passé à 20 % », conclut-il. Sans toutefois reconnaître que beaucoup reste à faire.

Marianne Youssef
 

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