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Diplomatie .
Le ministre des Affaires étrangères, Ahmad Maher, s'est rendu
en Israël, lundi, pour une visite de 24 heures. Objectif :
relancer le processus de paix avec les Palestiniens. Mais cette
visite a été entachée par une agression sans précédent contre
le chef de la diplomatie sur l'Esplanade de la mosquée Al-Aqsa.
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Une visite
mouvementée |
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bilan de la visite d'Ahmad Maher en Israël aurait été largement
positif si celle-ci n'avait été troublée par un incident sans
précédent. Alors que le ministre égyptien s'apprêtait à effectuer
la prière à la mosquée d'Al-Aqsa, un groupe de fidèles a tenté
de le prendre à partie, mais en a été empêché par les agents
de sécurité. Les fidèles ont ensuite lancé des chaussures vers
lui, le conspuant et le traitant de « ministre des Affaires
étrangères d'un pays traître ». Ahmad Maher a été transféré
vers un hôpital israélien, puis son porte-parole, Tareq Adel,
a rapidement indiqué que le ministre était « en très
bonne forme ». De son côté, l'Autorité palestinienne
a fermement condamné l'agression.
Le
chef de la diplomatie s'est rendu lundi en Israël pour une visite
éclair centrée sur le processus de paix au Proche-Orient. Un
événement marquant, alors que le dernier voyage à Tel-Aviv du
ministre des Affaires étrangères égyptien remontait au 6 décembre
2001. Maher s'est entretenu avec son homologue, Sylvan Shalom,
et le premier ministre israélien Ariel Sharon. Il a aussi rencontré
le président israélien, Moshe Katsav, et le chef de l'opposition,
Shimon Pérès. Il était porteur d'un message du président Moubarak
au chef du gouvernement israélien incitant ce dernier à une
reprise des négociations avec les Palestiniens.
Cette
visite intervient suite à une rencontre, la semaine dernière,
à Genève, entre le ministre israélien des Affaires étrangères,
Sylvan Shalom, et le président Hosni Moubarak. De même, elle
fait suite aux deux réunions tenues au Caire et à Gaza entre
des médiateurs égyptiens et les représentants des factions palestiniennes.
« L'Egypte considère que le climat est devenu propice
pour la reprise des négociations politiques entre Palestiniens
et Israéliens et qu'il est temps pour les deux parties de se
remettre à la table des négociations », analyse Mohamad
Bassiouni, ancien ambassadeur d'Egypte en Israël. Il ajoute
que l'Egypte œuvre pour que la prochaine rencontre entre Sharon
et le premier ministre palestinien, Ahmad Qoreï, puisse se dérouler
dans les meilleures conditions possibles. « L'Egypte
a fait cette démarche parce qu'elle a perçu des signes de la
part d'Israël manifestant son intention d'appliquer la Feuille
de route. Sharon a annoncé dans son discours du 18 décembre
qu'il acceptait les principes de ce plan ».
L'Egypte
a également été encouragée par les dernières déclarations du
vice-premier ministre israélien, Yehud Olmert, manifestant l'intention
de son gouvernement de démanteler un certain nombre de colonies
israéliennes en Cisjordanie. La visite de Maher intervient deux
jours seulement après le discours de Sharon à Herzliya dans
lequel le premier ministre israélien a annoncé des mesures unilatérales
pour protéger les Israéliens, dont le démantèlement de certaines
colonies, tout en accusant les Palestiniens de ne pas appliquer
leurs engagements de la Feuille de route. « Si M. Sharon
s'engage vraiment sur la Feuille de route et envisage de mettre
fin à la violence et à la colonisation, à évacuer les colonies
sauvages immédiatement, puis le reste des colonies, à retirer
ses forces et à créer des conditions facilitant la vie des Palestiniens
et donc des Israéliens, il n'y aura pas besoin de mesures unilatérales »,
a rétorqué Ahmad Maher.
Mais
le climat à l'issue de l'entretien entre Maher et Sharon ne
semblait pas tendu et le premier ministre israélien a même fait
part de son optimisme. « Je suis certain que les liens
entre Israël et l'Egypte, le plus grand et le plus important
pays du Proche-Orient, vont se resserrer et je suis certain
que cela va permettre de resserrer nos liens avec l'Autorité
palestinienne et de nous rapprocher d'un accord avec les Palestiniens »,
a déclaré Ariel Sharon. Le Caire joue un rôle de médiateur dans
le processus de paix au Proche-Orient et parraine le dialogue
entre les factions palestiniennes.
L'Egypte,
qui fut le premier pays à signer un accord de paix avec Israël,
déploie des efforts intenses pour relancer le processus de paix
et favoriser une reprise du dialogue entre Israélien et Palestiniens.
Le Caire avait rappelé son ambassadeur de Tel-Aviv en novembre
2000, peu après le début de l'Intifada, le 28 septembre de cette
même année, suite à une attaque disproportionnée des troupes
israéliennes contre les villes palestiniennes. Les relations
entre l'Egypte et Israël étaient devenues tendues.
Le
Caire n'a pas renvoyé son ambassadeur à Tel-Aviv, malgré les
pressions exercées par les Etats-Unis et certains pays occidentaux,
émettant comme condition la reprise sérieuse des négociations
israélo-palestiniennes ainsi que le retour des troupes israéliennes
à leur position d'avant le 28 septembre 2000. Ceci même si les
contacts entre les deux pays se sont poursuivis à travers des
voyages sporadiques du chef des services de renseignements égyptien,
Omar Soleimane. « Les deux réunions des factions palestiniennes
parrainées par l'Egypte n'ont pas été un échec total comme cela
a été annoncé. Nous avons pu obtenir des Palestiniens l'assurance
que désormais il n'y aurait plus d'attaques à l'intérieur de
la ligne verte », assure une source diplomatique ayant
requis l'anonymat. |
Randa
Achmawi |
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Indignation
et condamnation
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L'agression
dont a fait l'objet le chef de la diplomatie Ahmad Maher lors
d'un voyage lundi en Israël est sans précédent. L'incident a
suscité de vives réactions tant en Egypte que dans le monde
arabe. Maher, qui avait entamé une visite de 24 heures en Israël
pour relancer le processus de paix, venait d'achever ses rencontres
officielles avec les responsables israéliens. Il s'est rendu
à l'Esplanade des mosquées, à Jérusalem. Souriant et apparemment
heureux de sa première visite sur ce lieu saint, le ministre
des Affaires étrangères a été accueilli à l'entrée de la mosquée
d'Al-Aqsa par des dignitaires et responsables palestiniens.
Au micro, quelqu'un criait « Non à la paix ! ».
Tout s'est ensuite vite déroulé. Un groupe de fidèles tente
de prendre le ministre à parti mais en est empêché par les agents
de sécurité. Les fidèles ont ensuite lancé des chaussures. Bousculade,
désordre ... Ahmad Maher se plaignant de problèmes de respiration
perd conscience entre les mains de ses gardes du corps avant
d'être évacué vers un hôpital israélien. La consultation ne
dura que trois heures au terme desquelles le ministre a regagné
l'Egypte « en très bonne forme », selon son porte-parole,
Traq Adel.
Incident
mineur, mais sans précédent et qui a rappelé un autre aussi
important, lorsque des Palestiniens avaient brûlé le drapeau
égyptien au début de l'Intifada. Cette fois-ci aussi, l'incident
n'a pas manqué de susciter l’indignation. Au Caire, la présidence
a immédiatement regretté dans un communiqué cette agression,
la qualifiant de « tentative d'une minorité de Palestiniens
irresponsables ». Condamnation aussi du côté des Palestiniens.
Le chef du gouvernement palestinien, Ahmad Qorei, en condamnant
cette attaque a promis de « pourchasser ses auteurs
qui selon lui se moquent des intérêts nationaux palestiniens ».
Du côté des factions, la condamnation a été aussi unanime. Interrogé
par l’Hebdo, Maher Al-Taher du Front Populaire de
Libération de la Palestine (FPLP) a regretté cet « acte
mineur et erroné qui n'est pas de l'éthique du peuple palestinien ».
Mais plus que les condamnations, cette agression contre un ministre
égyptien a soulevé une série d'interrogations d'autant plus
qu'elle intervient à un moment où la diplomatie égyptienne déploie
d'intenses efforts pour donner une impulsion au processus de
paix. Selon Emad Gad, rédacteur en chef de la revue Israeli
Digest, « les appels lancés au micro ont exaspéré
les gens déjà provoqués par la visite de Maher en Israël. Ils
se sont alors soulevés de manière spontanée ». Qui
sont-ils ? Peu importe, mais ce qui est sûr, selon Yasser
Abd-Rabbo, ex-ministre palestinien de l'Information et co-instigateur
de l'Initiative de Genève, c'est qu'il s'agit d'un groupe d'intégristes.
« Leur discours à la mosquée le prouvait ».
Israël derrière eux ? Gad estime que c'est « une
hypothèse peu probable. Ceci sera en tout cas vite dévoilé ».
Israël assume cependant une responsabilité indirecte puisque
d'après le président palestinien Yasser Arafat, cet incident
s'est produit à cause de « l'insistance d'Israël à faire
entrer le ministre égyptien par la porte des Maghrébins, alors
que la délégation et les dignitaires religieux palestiniens
l'attendaient porte des Lions ». L'idée d'une responsabilité
israélienne est également soutenue par l'ambassadeur palestinien
à la Ligue arabe, Mohamad Sobeih. Il rappelle que cet incident
s'est produit dans une zone sous surveillance israélienne. « Les
agresseurs ont agi librement ». Cet incident a surtout
fait le jeu d'Israël, selon Mohamad Sobeih. « La lumière
a été braquée sur cette affaire, ce qui a détourné l'attention
loin des crimes commis par Israël ».
« Certains
cherchent par cet acte provocateur à compromettre et à entacher
le rôle égyptien », affirme Yasser Abd-Rabbo. En Egypte,
cet incident fait les affaires de certains courants qui se demandent
pourquoi l'Egypte compromet ses relations avec Israël et les
Etats-Unis alors que les Palestiniens eux-mêmes ne veulent pas
de cette médiation ? Un tel incident n'empêchera pas la
diplomatie égyptienne de poursuivre sa tâche et de rester active
quant au dossier palestinien, le plus important dans ses relations
étrangères. C'est au moins ce qu'a confirmé la présidence.
« Ces
incidents n'ont pas et n'auront pas d'impact sur l'engagement
de l'Egypte à déployer tout effort possible pour parvenir à
un règlement pacifique global du conflit par le biais des négociations
avec les deux parties, palestinienne et israélienne, et avec
la participation des puissances internationales ».
Maher a quant à lui qualifié de « simple incident »
l'agression dont il a été victime. « Il s'agit d'un
simple incident qui n'est pas inquiétant », a-t-il
déclaré aux journalistes après son arrivée au Caire. Il a affirmé
que cet incident « n'aura pas d'impact sur le rôle de
l'Egypte » en tant que médiateur dans le conflit israélo-palestinien.
Le chef des services de renseignements, Omar Solimane, doit
se rendre dans les territoires palestiniens prochainement poursuivant
l'engagement de l'Egypte dans le processus de paix.
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Chérine
Abdel Azim
Samar
Al-Gamal
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