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Procès
Saddam .
L'exécutif iraqien, soutenu par les Etats-Unis, insiste pour
que le procès de l'ancien président se déroule en Iraq, alors
que nombre de juristes se prononcent en faveur d'une cour internationale.
Une option qui pourrait se révéler gênante pour Washington.
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Les
embarras de la justice |
Une
polémique qui ne cesse de prendre de l'ampleur : c'est
celle des conditions du procès de l'ancien président iraqien
Saddam Hussein. Au sein de la communauté internationale, de
nombreuses voix se prononcent pour un procès du dictateur déchu
en Iraq, alors que d'autres souhaitaient son jugement par un
tribunal international. Les avis étaient également partagés
sur le point de savoir si Saddam Hussein devait ou non être
passible de la peine de mort. Le Conseil du gouvernement transitoire
en Iraq, qui représente l'exécutif en quelque sorte, insiste,
quant à lui, pour que le procès se déroule en Iraq. Il est en
effet certain que dans une telle perspective, ce conseil pourrait
acquérir une légitimité et une présence réelle qui lui fait
défaut. « Tous les membres du Conseil de gouvernement
sont d'accord sur le fait que Saddam soit jugé en Iraq, par
des juges iraqiens », a déclaré Hamid Al-Kifai, porte-parole
du Conseil de gouvernement transitoire iraqien. Il a indiqué
que des membres du conseil discutaient actuellement des détails
de la formation du tribunal qui sera chargé de juger le président
déchu et précisé que les juges seraient choisi au plus vite.
Une information confirmée par le président en exercice du Conseil,
Abdel-Aziz Hakim, qui a annoncé que Saddam Hussein risquerait
la peine de mort. « C'est le Tribunal pénal qui a été
créé par le Conseil intérimaire de gouvernement la semaine dernière
qui va juger Saddam Hussein », a déclaré M. Hakim.
Il pourra y avoir « des conseillers et des personnalités
internationales » lors du procès, a-t-il ajouté. Et
le ministre iraqien de la Justice, Hachem Al-Chibli, a même
rejeté, pour sa part, les appels pour faire juger Saddam par
un tribunal international. « Nous rejetons les appels
à faire juger l'ancien président par un tribunal international
et le faire juger en Iraq », avait-il déclaré. Selon
lui, la « nomination de magistrats étrangers
pour juger Saddam Hussein saperait la souveraineté iraqienne ».
Des propos qui ne font sinon éveiller l'interrogation des observateurs,
ceci d'autant plus que personne ne peut parler d'une véritable
souveraineté iraqienne dans les présentes circonstances, à l'heure
où le pays se trouve sous l'occupation américaine.
C'est
l'attitude de nombreux experts internationaux qui ont déclaré
douter de la légitimité du Tribunal pénal iraqien, de son impartialité
et même de sa capacité à fonctionner dans le climat d'insécurité
générale qui prévaut en Iraq. Selon le Comité International
de la Croix-Rouge (CICR), Saddam Hussein bénéficie du statut
de prisonnier de guerre des Conventions de Genève, mais ce statut
« n'empêche pas qu'il soit inculpé et jugé pour crimes
de guerre ou d'autres délits ». La Commission Internationale
de Juristes (CIJ) a manifesté son inquiétude sur les conditions
du procès, appelant à la réunion d'un tribunal perçu comme légitime
aussi bien aux yeux des Iraqiens que de ceux de la communauté
internationale. De plus, de nombreuses voix, notamment au Haut
Commissariat de l'Onu pour les droits de l'homme, ont espéré
que le procès de Saddam Hussein soit conforme aux normes internationales.
Il
est certain que les Etats-Unis, qui ont capturé dans des conditions
insolites leur bête noire, se trouvent face à des choix difficiles.
Défier de nouveau la communauté internationale en faisant juger
Saddam par un tribunal dont on ne peut s'assurer de la neutralité ?
Laisser à l'Onu ou à d'autres instances internationales le soin
de le juger et se défaire ainsi du fruit de cette arrestation
qui, somme toute, devrait leur assurer un plus grand contrôle
de l'Iraq, et surtout leur donner raison face à leurs détracteurs
qui s'étaient opposés à la guerre ? Il y a aussi le fait
que Washington veut se rapprocher du peuple iraqien avec lequel
il entretient des relations troubles.
« En
laissant le jugement avoir lieu en Iraq, Bush veut gagner la
sympathie du peuple iraqien. Et donner l'image d'homme juste.
Mais là, il déformera les réalités et fait aussi infraction
à la légalité », estime un diplomate égyptien ayant
requis l'anonymat. Celui-ci souligne d'ailleurs que « l'alternative
serait de succomber à la tentation de juger eux-mêmes (les
Américains) Saddam Hussein et le transporter à Guantanamo
comme ils l'ont fait dans d'autres occasions ». « La
tenue de ce jugement en Iraq serait ainsi présentée par les
Américains, à l'opinion mondiale, comme un pas stratégique vers
la stabilisation de l'Iraq ». Mais, selon lui, les
Etats-Unis ont été les premiers à porter atteinte à la loi depuis
le départ. « Ce sont eux qui ont déclenché cette guerre
totalement illégale, qui n'a reçu aucun aval du Conseil de sécurité.
Ils sont ainsi, eux aussi, responsables de crimes commis contre
le peuple iraqien. Ils sont des criminels de guerre et doivent
être traduits devant la justice, tout comme Saddam Hussein »,
lance-t-il.
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Un tribunal
international ?
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Mais
quelles seraient donc les conditions idéales pour la tenue de
ce jugement ? L'option sur laquelle il n'y aurait pas de
divergence serait la tenue d'un tribunal international, à l'instar
de celui créé pour juger les crimes commis dans l'ex-Yougoslavie
ou au Rwanda, qui serait formé par une résolution des Nations-Unies.
« Mais le problème de la mise en place d'un tribunal
international créé par une résolution des Nations-Unies, dans
le cas spécifique de l'Iraq, est qu'une telle cour serait alors
obligée de juger aussi les Etats-Unis et les troupes de la coalition »,
explique Salah Amer, professeur de droit international à l'Université
du Caire. De plus, « cette alternative semble éloignée
dans les présentes circonstance, parce que nous savons que les
Etats-Unis ne veulent pas laisser participer des pays tiers
en tout ce qui concerne l'Iraq », rappelle-t-on dans
les milieux diplomatiques au Caire. Ceci est d'autant plus que
le président Bush a condamné d'avance Saddam Hussein. Ainsi,
pour Fouad Riyad, 75 ans, qui enseigne le droit international
à l'Université du Caire, « il faut juger Saddam en dehors
de l'Iraq, car ce n'est pas suffisant que la justice passe,
il faut aussi qu'on la voit passer », a-t-il affirmé.
« Et la justice qui va être rendue ne doit pas être
sélective, elle doit s'appliquer à tous. Ainsi, si des soldats
américains ont brûlé des bâtiments ou utilisé des armes disproportionnées,
ils devront être jugés », estime-t-il.
Selon
Salah Amer, c'est pour cette raison que les Etats-Unis et les
troupes de la coalition penchent pour l'idée de la tenue de
jugement sous les auspices du pouvoir judiciaire Iraqien. « Il
est vrai que la situation est difficile sur le terrain. Que
les pouvoirs législatifs et exécutifs se sont totalement détériorés
en Iraq. Mais on doit s'attendre à ce que le pouvoir judiciaire
soit resté plus au moins en conditions d'effectuer ce jugement »,
estime Amer. « Peut-être qu'il nécessite une réorganisation,
mais ce pouvoir reste en soit assez capable d'exercer ses fonctions »,
ajoute-t-il. Une question que le ministre iraqien de la Justice,
Hachim Abdoul Rahman Al-Chalabi, n'est pas prêt à discuter :
« Les juges iraqiens ont assez d'expérience et d'informations
pour mener à bien cette tâche ». Pour ce membre du
Conseil Iraqien de Gouvernement (CIG, gouvernement intérimaire),
la loi permet à des experts internationaux de conseiller
un tribunal de cinq juges, si cela est nécessaire. Mais il est
opposé à la nomination de juges étrangers. Selon Amer, pour
que l'option du jugement de Saddam en Iraq soit légitime, il
faut qu'on le juge selon le Code pénal qui était en vigueur
à l'heure où il était au pouvoir et à l'époque où ces crimes
ont été commis. « A ce moment, il ne doit plus être
prisonnier des Américains. Il faut qu'il soit rendu au pouvoir
iraqien et qu'il reçoit un traitement d'un ex-chef d'Etat. Et
qu'il puisse surtout exercer pleinement son droit de défense »,
annonce le spécialiste, qui craint que ces ne soient pas respectés. |
Controverses
à l'horizon
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Une
question alors se pose : celle de la défense de Saddam
Hussein. Ainsi, un peu partout dans le monde, des avocats ont
exprimé leur intention d'effectuer la défense de Saddam, y compris
le Français Jacques Vergès qui défend Tareq Aziz. En Tunisie,
une trentaine d'avocats appartenant au Conseil des avocats tunisiens
ont annoncé la constitution d'un comité de défense présidé par
le bâtonnier Béchir Essid. Selon de nombreux avis, la défense
de Saddam serait une des plus controversées de l'Histoire. Ceci
d'autant plus que tous les dirigeants occidentaux en place pendant
les années 1980 devraient être convoqués comme témoins. « Il
faudrait qu'on entende comme témoins tous les chefs d'Etat occidentaux,
amis et alliés du régime iraqien pendant les années 1980 »,
lance l'avocat français Jacques Vergès. « Ces pays étaient
représentés tous à Bagdad par des ambassadeurs qui n'étaient
pas aveugles », dit-il. « On reproche l'usage
de certaines armes. Qui a vendu ces armes ? On reproche
la guerre avec l'Iran. Qui a encouragé cette guerre ? ».
Des questions dont les réponses sont connues de tous. Pendant
la guerre Iran-Iraq (1980-1988), l'Iraq était armé par les Etats-Unis
et des pays européens comme la France ou la Grande-Bretagne,
qui voyaient en lui le meilleur rempart contre l'extension de
la Révolution islamique iranienne. Ce qui fait, en ce moment,
que des parties comme l'Iran et le Koweït se sentent concernées
et veulent participer au procès de Saddam Hussein. Le premier
ministre koweïtien, le cheikh Sabah Al-Ahmed Al-Sabbah, a même
estimé que « le Koweït doit participer au procès de
Saddam Hussein pour les agressions et crimes » commis
lors de l'occupation de l'émirat (1990- 1991). Cela fait suite
à une même demande de l'Iran (lire encadré). Ce à quoi rétorque
Salah Amer : « Ce genre de procédure n'a aucune
base juridique, il s'agirait alors d'un procès purement politique,
créé spécialement pour le jugement de Saddam Hussein. A l'instar
des tribunaux ad hoc à Tokyo et Nuremberg. Des moments
considérés comme obscurs et honteux dans l'histoire du droit ».
Aujourd'hui,
la logique des relations entre les pays a complètement changé
et Saddam est devenu l'ennemi mortel des pays dont il était
allié par le passé. Reste à savoir si, cette fois, on donnera
une chance à la justice et au respect du droit. Ou bien si ce
sera le principe de règlements de compte personnels entre dirigeants
qui prendra le dessus. Le président américain a bien dit sur
la chaîne de télévision ABC que Saddam Hussein est un
« tyran dégoûtant qui mérite la justice, la justice
ultime ». « Nous verrons quel châtiment il
recevra. Mais je pense qu'il mérite de recevoir le châtiment
suprême. Pour ce qu'il a fait endurer à son peuple ».
Ce que commente Riyad en disant : « Si on juge
quelqu'un en décidant d'avance la peine qu'il faut lui appliquer,
ce n'est pas la peine de le juger ». |
Randa
Achmawi |
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L'homme
au
masque de fer |
Selon
toute vraisemblance, une trahison est bel et bien à l'origine
de la capture de l'ex-président iraqien. En fait, l'homme qui
a donné Saddam Hussein aux forces américaines a été le bras
droit de l'ex-président durant les huit mois qui ont suivi la
chute du régime. C'est ce qu'a déclaré, après la capture, le
commandant Stan Murphy, chef du renseignement de la première
brigade de la 4e division d'infanterie basée à Tikrit, le fief
de l’ex-raïs et qui a fourni des détails sur la cavale de l'ancien
maître de l’Iraq. « C’est un homme que je qualifierais
de bras droit de Saddam. C'est un sale type et il devrait
pourrir en prison », a-t-il dit. L'informateur est
d'ailleurs actuellement en détention dans un lieu non déterminé.
Qui
est donc cet homme ? Le colonel James Hickey, le directeur
de la première brigade de combat de la quatrième division d'infanterie,
l'a présenté comme un « important propriétaire terrien »
dans la force de l'âge, précisant qu'il était « corpulent »,
dans une interview au Washington Post ; il l'a également
décrit comme « un ancien officier de l'Organisation
spéciale de sécurité de Saddam Hussein », dépendante
du parti Baas. Il faisait partie d'un clan de Tikrit
proche de celui de l'ancien dictateur. « Il y a peu
de chance qu'il touche la prime de 25 millions de dollars promise
pour la capture de Saddam Hussein », a précisé
en souriant le colonel Hickey.
Selon
le commandant Murphy, il appartient à l'une des cinq grandes
tribus de la région de Tikrit, sur lesquelles Saddam Hussein
s'est appuyé pour échapper aux Américains après la chute de
Bagdad, en avril dernier. L'homme formait, avec quatre ou cinq
autres Iraqiens issus de ces mêmes tribus, le cercle fermé autour
de Saddam, l'aidant à se cacher, transmettant ses ordres pour
attaquer les troupes américaines, finançant la guérilla et lui
fournissant des armes, selon l'officier américain. Saddam Hussein
« définissait les grandes lignes — je voudrais
plus d'attaques, ici ou là ... — Ses proches transmettaient
ensuite les ordres à différents intermédiaires, leur fournissaient
peut-être de l'argent ou des armes, et ces intermédiaires transmettaient
à leur tour à d'autres personnes, et ainsi de suite jusqu'à
celui qui appuyait sur la gâchette », a expliqué Murphy.
Il
y avait de quatre à neuf intermédiaires, selon lui. Mais de
tout le cercle, l'informateur restait l'homme le plus proche
de Saddam Hussein, son confident. Agé d'une cinquantaine d'années,
cet homme aurait commencé à servir l'ex-dictateur au sortir
de l'adolescence, gravissant les échelons jusqu'à devenir un
de ses hommes de confiance. « Chauve, obèse et amateur
de femmes », tel est le portrait qu'en a fait le commandant
Murphy. « Il a également participé aux crimes commis
contre le peuple iraqien », a ajouté l'officier américain,
sans détailler ses responsabilités exactes.
Durant
la cavale de Saddam Hussein, l'homme s'est également occupé
de superviser un groupe de deux personnes, chargé de la logistique
permettant au fugitif d'aller de cache en cache dans le nord
et dans l'ouest de Bagdad. Des sources militaires américaines
ont estimé que Saddam Hussein avait entre 20 et 30 cachettes.
Il pourrait y en avoir eu beaucoup plus, selon le commandant
Murphy. Saddam Hussein ne se déplaçait peut-être pas aussi fréquemment
que l'on a cru, a-t-il estimé, alors que des officiers américains
avaient déclaré que le fugitif changeait d'endroit au moins
toutes les quatre heures.
En
fait, les Américains considéraient « le bras droit »
comme un homme important depuis la fin juillet, mais ils n'ont
réalisé qu'à la fin du mois de novembre à quel point sa capture
était cruciale pour arriver à Saddam Hussein, en constatant
qu'il était impliqué dans la plupart des actions de la guérilla.
Pour
arriver à l'homme qui a révélé la planque de Saddam Hussein,
l'armée américaine avait pris le temps de débrouiller tous les
liens existant entre les différents clans de la région. Un diagramme
comportant 9 000 noms et couvrant six clans différents
est affiché dans le quartier général américain de Tikrit, avec
au centre la photo de Saddam Hussein. Les Américains ont travaillé
par cercles concentriques, commençant par des Iraqiens éloignés
du pouvoir, leur demandant de donner des noms, et se rapprochant
peu à peu de leur cible. En fait, après avoir échappé à trois
opérations à Tikrit, Samarra et Baiji, durant la première semaine
de décembre, cet homme a finalement été capturé le 12 décembre
à Bagdad. Il a alors été emmené à Tikrit où, au cours d'un interrogatoire,
il a dévoilé la cache d'Al-Daour, près de Tikrit. L'ex-dictateur
a été arrêté le lendemain. |
| Aliaa
Al-Korachi |
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