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Que faire après l'arrestation de Saddam ?
Par Ibrahim Nafie

Ibrahim Nafie Huit mois après la chute de Bagdad, le président déchu est tombé entre les mains des forces d'occupation américaines. Sa capture était inévitable, c'était une question de temps. Maintenant que l'armée est défaite, la police inexistante et les appareils de sécurité disparues, sur quoi peut parier Saddam ?

Saddam ne s'est jamais plié aux circonstances, si pressantes soient-elles. La catastrophe s'est produite lorsque Saddam a refusé catégoriquement les efforts arabes et internationaux, déployés pour épargner aux Iraqiens les effets dévastateurs d'une guerre.

A la suite de l'arrestation de Saddam, le président Moubarak a rappelé ce qu'a fait l'Egypte : « Personne ne peut ignorer les efforts que l'Egypte a déployés pendant des années pour épargner à l'Iraq et à son peuple cette fin douloureuse ». Et il a ajouté : « Malgré les avertissements, Saddam n'a tenu aucun compte de ces appels ».

La chute rapide et humiliante de l'Iraq et l'arrestation d'un grand nombre de ses dirigeants constituent une frustration et un choc pour les Arabes. Ils ont laissé le peuple affronter une expérience inédite, celle de l'occupation par des forces étrangères d'un Etat indépendant membre des Nations-Unies.

Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons qu'affirmer la nécessité de traiter Saddam et les symboles de son régime en tant qu'anciens responsables iraqiens. Quels que soient les crimes qu'ils ont commis en Iraq, il est indispensable de leur accorder un jugement équitable. L'objectif est de faire prévaloir le principe de la justice, dans un pays qui a longtemps subi l'absence de la loi et l'indifférence vis-à-vis de la légitimité. Le jugement du président déchu devant un tribunal iraqien servira par ailleurs de leçon à d'autres dictateurs.

La question ne se réduit pas bien entendu à l'arrestation de Saddam et son jugement devant la justice. C'est la fin prévisible et normale d'un tyran qui a commis bien de crimes contre l'humanité à l'intérieur et à l'extérieur de l'Iraq.

La question essentielle est celle des moyens de construire un Iraq nouveau, libre et indépendant. L'Iraq est un pays arabe important, un pilier du système régional arabe. Un pays important auquel on doit accorder la priorité. Son retour libre et indépendant dans le giron arabe est indispensable. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmad Maher, l'a tant affirmé : « Nous souhaitons que ce qui s'est passé en Iraq puisse accélérer le transfert du pouvoir au peuple iraqien, le recouvrement au plus tôt de sa souveraineté et de sa force. Ce qui implique un retrait des forces d'occupation ».

Le dernier mot sur l'arrestation et le jugement de Saddam doit donc être laissé au peuple iraqien. Cela permettra aux Iraqiens de retrouver la maîtrise de leur destin dans un Etat souverain.

Le plus important est la sécurité, la stabilité, la reconstruction et la démocratisation des institutions de l'Etat. Le peuple doit procéder à la construction d'un Iraq libre et démocrate, indépendant, arabe, actif dans les causes nationales, pacifique dans ses relations extérieures.

Ceci ne doit pas nous faire oublier la cause palestinienne qui a été, et restera pour toujours la première cause arabe. Cette vision est d'autant plus importante qu'Israël tend visiblement à exploiter les événements récents pour réaliser des bénéfices au dépens des droits palestiniens et arabes. Ce qui a eu lieu en Iraq ne doit pas détourner notre attention des causes arabes pressantes, la question palestinienne en tête. Parvenir à régler équitablement le conflit israélo-palestinien sera la clé de la sécurité et la stabilité dans la région.

 

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