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Peinture .
Farouk Hosni expose à
la galerie des Arts de Zamalek, jusqu'au 3 janvier. Un
univers captivant de formes et de couleurs.
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La
densité d'un monde en mouvement |
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que vous mettez les pieds dans la galerie Zamalek,
vous êtes pris par l'ivresse des formes et des couleurs
de Farouk Hosni. Sur de grands espaces, les couleurs,
comme sur des fresques, tapissent les murs, vous retiennent
et vous fascinent. Vous ne pouvez y échapper. Eblouis
par ce jeu des couleurs et des formes qui vous racontent
le monde, vous êtes pris par leur tourbillon plein de
gravité. Non loin, de petites toiles vous accrochent.
Elles ont l'avantage de permettre d'échapper à la pesanteur
de ces grandes fresques. Et, chose exceptionnelle, un
portrait de femme, le seul de l'exposition, aux yeux mystérieux
et graves, complète ce monde où les formes à dimensions
humaines nous confient les secrets — ou disons plutôt
les espoirs — d'un artiste sur un monde où le dernier
mot n'a pas encore été dit.
Les peintures
de Farouk Hosni ont ce mérite de vous porter au loin.
Bien loin de l'encombrement et du terre à terre du quotidien,
dans un moment privilégié, celui des débuts. Là où les
lignes et les couleurs en effervescence se constituent
en entités. Dures et solides, elles donneront vie à des
multitudes de mondes. Dans ces triangles qui resurgissent
ça et là, dans ces carrés ou ces rectangles, le monde
va se constituer.
Nous sommes
à l'aube du monde. Les continents n'ont pas encore surgi.
Les couleurs sont encore libres de se former ou de se
défaire. Elles jouissent de cette liberté exceptionnelle
de vaguer comme bon leur semble à travers des formes qui
sont en train de se faire. Des formes élaborées bien que
pas complètement achevées. Nous sommes loin de ces phases
lyriques et poétiques de l'artiste qui se voulaient des
moments d'étonnement et de pure spontanéité. Le monde
s'est transformé. Il est devenu différent ...
Le bleu toujours
présent, comme un ciel en gestation, ou une mer de possible
est là, quelque part sur cette grande fresque du monde.
Farouk Hosni ne peut s'en défaire. Cet Alexandrin sait
combien cette couleur est importante pour le monde à venir.
Si dans cette exposition le bleu ciel n'emplit pas l'espace,
il reste néanmoins présent, imposant. Mais peut-il s'en
passer ? Il s'impose en bordure des toiles, comme
une tâche qui se fond dans l'espace du tableau. Le bleu
marin va le remplacer pour l'instant. Plus grave et plus
dense, il dit le sérieux de ce moment où les formes se
constituent. On est loin de la légèreté et de l'évanescence
d'un monde en bribes. Nous sommes dans ces moments graves
de la densité. En effet, dans cette exposition, la solidité
— pesante et légère à la fois — des rectangles,
des triangles ou des carrés qui se trouvent au centre
des peintures raconte le début d'un monde.
Sur un fond
bleu marin, noir, gris ou havane, les formes surgissent
mystérieuses et riantes. De par leur luminosité, elles
insufflent la vie. De petites lignes s'en échappent ça
et là. De petites lignes rouges, blanches ou noires comme
des appels à la rébellion, à des moments antérieurs où
les lignes encore en ébauche étaient à l'état de pureté
infinie. Elles nous rappellent ce désir d'évasion qui
nous remplit tous, où que nous soyons.
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Gravité et légèreté
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Mais Farouk
Hosni n'en est plus à ces ébauches, il est dans ces
moments graves de la constitution. La plupart des peintures
de cette exposition sont intenses et leur solidité nous
retient. A présent, le monde est plus complexe. Dans
une de ses toiles, les formes se mélangent et interfèrent.
Sur un triangle se pose un carré, puis un triangle.
Loin d'être géométriques, les structures se fondent
les unes dans les autres, aidées par ce jeu de transparence
du blanc qui fait fi de leur solidité auquel s'ajoute
du jaune et de petits points noirs comme autant de cavités
qui peuvent transformer les choses. Quelque part au
loin, du bleu marin, du beige et du noir nous rappellent
que ce monde, bien que constitué, n'est pas définitivement
érigé.
Dans un
rectangle, aux contours bien délimités, qui ne laisse
rien au hasard et qui se pose au centre de la toile,
serti de ce bleu ciel tant chéri et d'un blanc riant,
de petites lignes pendent et se courbent, lui donnant
une certaine légèreté. Des traits rouges et noirs, ça
et là, bien qu'agencées de manière symétriques, ne se
prennent pas au sérieux. Dans cet océan bleu marin,
tout peut chavirer à tout moment. Pour le meilleur et
pour le pire.
Sur la
terre, entre marron et brique, un triangle blanc pend
comme un joyau. Au loin, du bleu ciel et du bleu marin
nous rappellent les débuts. Quelques lignes légères
et blanches s'évadent et se tortillent. Un clin d'œil
plein d'espièglerie qui, tout en affirmant la construction
de la toile, la démantèle.
Et c'est
peut-être cela qui nous touche le plus dans cette exposition,
cette légèreté qui se mélange avec tant de gravité.
Mais surtout ce moment privilégié où les choses, bien
que constituées, peuvent se défaire à tout instant.
Recommencer différemment et sur de nouvelles bases avec
un potentiel infini de possibles. Un monde dont la vigueur
et la ténacité nous force à nous accrocher. Comme si
d'une certaine manière dans notre monde actuel, qui
part dans tous les sens, il nous est encore permis de
redéfinir notre univers et de nous redéfinir.
Le message
de Farouk Hosni se veut un message d'espoir malgré la
pesanteur qui nous contraint. Ou est-ce de cette pesanteur
même qu'il tire toute son intensité ? !
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Soheir
Fahmi |
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Galerie
des arts
de Zamalek : |
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11, rue Brazil, Zamalek.
Tél. : 735 12 40
www.zamalekartgallery.com
Jusqu'au 3 janvier, de 10h30 à 21h (sauf
le vendredi).
Œuvres de Farouk Hosni, ministre de la Culture.
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