Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Arts

Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Société
Sport
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Peinture . Farouk Hosni expose à la galerie des Arts de Zamalek, jusqu'au 3 janvier. Un univers captivant de formes et de couleurs.
La densité d'un monde en mouvement

Dès que vous mettez les pieds dans la galerie Zamalek, vous êtes pris par l'ivresse des formes et des couleurs de Farouk Hosni. Sur de grands espaces, les couleurs, comme sur des fresques, tapissent les murs, vous retiennent et vous fascinent. Vous ne pouvez y échapper. Eblouis par ce jeu des couleurs et des formes qui vous racontent le monde, vous êtes pris par leur tourbillon plein de gravité. Non loin, de petites toiles vous accrochent. Elles ont l'avantage de permettre d'échapper à la pesanteur de ces grandes fresques. Et, chose exceptionnelle, un portrait de femme, le seul de l'exposition, aux yeux mystérieux et graves, complète ce monde où les formes à dimensions humaines nous confient les secrets — ou disons plutôt les espoirs — d'un artiste sur un monde où le dernier mot n'a pas encore été dit.

Les peintures de Farouk Hosni ont ce mérite de vous porter au loin. Bien loin de l'encombrement et du terre à terre du quotidien, dans un moment privilégié, celui des débuts. Là où les lignes et les couleurs en effervescence se constituent en entités. Dures et solides, elles donneront vie à des multitudes de mondes. Dans ces triangles qui resurgissent ça et là, dans ces carrés ou ces rectangles, le monde va se constituer.

Nous sommes à l'aube du monde. Les continents n'ont pas encore surgi. Les couleurs sont encore libres de se former ou de se défaire. Elles jouissent de cette liberté exceptionnelle de vaguer comme bon leur semble à travers des formes qui sont en train de se faire. Des formes élaborées bien que pas complètement achevées. Nous sommes loin de ces phases lyriques et poétiques de l'artiste qui se voulaient des moments d'étonnement et de pure spontanéité. Le monde s'est transformé. Il est devenu différent ...

Le bleu toujours présent, comme un ciel en gestation, ou une mer de possible est là, quelque part sur cette grande fresque du monde. Farouk Hosni ne peut s'en défaire. Cet Alexandrin sait combien cette couleur est importante pour le monde à venir. Si dans cette exposition le bleu ciel n'emplit pas l'espace, il reste néanmoins présent, imposant. Mais peut-il s'en passer ? Il s'impose en bordure des toiles, comme une tâche qui se fond dans l'espace du tableau. Le bleu marin va le remplacer pour l'instant. Plus grave et plus dense, il dit le sérieux de ce moment où les formes se constituent. On est loin de la légèreté et de l'évanescence d'un monde en bribes. Nous sommes dans ces moments graves de la densité. En effet, dans cette exposition, la solidité — pesante et légère à la fois — des rectangles, des triangles ou des carrés qui se trouvent au centre des peintures raconte le début d'un monde.

Sur un fond bleu marin, noir, gris ou havane, les formes surgissent mystérieuses et riantes. De par leur luminosité, elles insufflent la vie. De petites lignes s'en échappent ça et là. De petites lignes rouges, blanches ou noires comme des appels à la rébellion, à des moments antérieurs où les lignes encore en ébauche étaient à l'état de pureté infinie. Elles nous rappellent ce désir d'évasion qui nous remplit tous, où que nous soyons.


Gravité et légèreté

Mais Farouk Hosni n'en est plus à ces ébauches, il est dans ces moments graves de la constitution. La plupart des peintures de cette exposition sont intenses et leur solidité nous retient. A présent, le monde est plus complexe. Dans une de ses toiles, les formes se mélangent et interfèrent. Sur un triangle se pose un carré, puis un triangle. Loin d'être géométriques, les structures se fondent les unes dans les autres, aidées par ce jeu de transparence du blanc qui fait fi de leur solidité auquel s'ajoute du jaune et de petits points noirs comme autant de cavités qui peuvent transformer les choses. Quelque part au loin, du bleu marin, du beige et du noir nous rappellent que ce monde, bien que constitué, n'est pas définitivement érigé.

Dans un rectangle, aux contours bien délimités, qui ne laisse rien au hasard et qui se pose au centre de la toile, serti de ce bleu ciel tant chéri et d'un blanc riant, de petites lignes pendent et se courbent, lui donnant une certaine légèreté. Des traits rouges et noirs, ça et là, bien qu'agencées de manière symétriques, ne se prennent pas au sérieux. Dans cet océan bleu marin, tout peut chavirer à tout moment. Pour le meilleur et pour le pire.

Sur la terre, entre marron et brique, un triangle blanc pend comme un joyau. Au loin, du bleu ciel et du bleu marin nous rappellent les débuts. Quelques lignes légères et blanches s'évadent et se tortillent. Un clin d'œil plein d'espièglerie qui, tout en affirmant la construction de la toile, la démantèle.

Et c'est peut-être cela qui nous touche le plus dans cette exposition, cette légèreté qui se mélange avec tant de gravité. Mais surtout ce moment privilégié où les choses, bien que constituées, peuvent se défaire à tout instant. Recommencer différemment et sur de nouvelles bases avec un potentiel infini de possibles. Un monde dont la vigueur et la ténacité nous force à nous accrocher. Comme si d'une certaine manière dans notre monde actuel, qui part dans tous les sens, il nous est encore permis de redéfinir notre univers et de nous redéfinir.

Le message de Farouk Hosni se veut un message d'espoir malgré la pesanteur qui nous contraint. Ou est-ce de cette pesanteur même qu'il tire toute son intensité ? !

Soheir Fahmi

Retour au Sommaire

Galerie des arts
de Zamalek :

11, rue Brazil, Zamalek.

Tél. : 735 12 40

www.zamalekartgallery.com

Jusqu'au 3 janvier, de 10h30 à 21h (sauf le vendredi).

Œuvres de Farouk Hosni, ministre de la Culture.

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631