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Football . La ville d'Ismaïliya a vécu, le vendredi 12 décembre, une finale de retour de la Ligue des champions d'Afrique d'exception avec un goût de défaite de guerre.
Triste finale à Ismaïliya

7h30. Les supporters d'Ismaïli sont déjà nombreux à attendre l'ouverture des grilles du stade de la ville. Tous veulent être certains d'avoir une place assise pour cette finale de Ligue des champions d'Afrique, qui opposera à 19h30 leur club aux Nigérians d'Enyiemba. « Trouver une place assise pour assister à un match si important relève de l'exploit. Mais heureusement, on est vendredi. Sinon j'aurais été obligé de prendre une journée de congé », explique Mohamad Moustapha, un jeune fonctionnaire.

Pour les Ismaïlaouis, le foot c'est plus qu'un sport. C'est un véritable culte. Les joueurs de l'équipe sont les vedettes de la ville, « ils sont plus connus et ont plus de pouvoir que le gouverneur », plaisante Al-Hagg Sadeq. Malgré son âge, ce dernier a tenu à être présent au stade avec son fils et son petit-fils pour soutenir les Derviches (surnom des joueurs d'Ismaïli). Il explique que cela fait une semaine que la ville se prépare pour cette finale. Les jeunes décorent les rues de drapeaux orange et bleu ciel, les photos des Derviches sont dans tous les magasines, et les sociétés comme Western Union et LG encouragent le jeu des Derviches.

4 heures avant le coup d'envoi, le stade d'une capacité de plus de 27 000 places est plein à craquer. Les portes sont fermées depuis 30 minutes et plus de 10 000 supporters entourent le stade au son des tam-tams. Tous gardent l'espoir de pouvoir entrer et assister au match, même debout ou assis par terre.

19h30, le coup d'envoi est donné. Les Derviches, qui ont encaissé deux buts sans en marquer aucun en match aller, doivent au moins inscrire trois buts pour s'imposer ou au moins marquer à deux reprises pour aller aux tirs au but. Le jeune « derviche » Hosni Abd-Rabbo marque à la 27e minute. Le stade explose de joie. Le rêve n'est plus qu'à deux buts. Mais en deuxième mi-temps, les fautes de l'arbitre se multiplient. A deux minutes de la fin du match, le score est toujours de 1 à 0. Les fautes de l'arbitre commencent à agacer sérieusement les supporters. Les jets de projectiles sur le terrain commencent. Suspendu pendant 10 minutes, le match reprend avant que l'arbitre ne siffle la fin de la rencontre sans octroyer exactement le temps additionnel non joué. Les milliers de supporters, voyant leur rêve s'échapper par la faute de l'arbitre, s'emportent. Des fauteuils, des bouteilles d'eau, des pierres volent sur le terrain.

L'affrontement avec les forces de l'ordre commence dans les tribunes. Une femme pleure tout en se cachant entre les bras de son mari. Des personnes tombent à terre, blessées. Sur la pelouse, les ambulances embarquent les blessés, supporters ou policiers.

Perdre la Coupe d'Afrique équivaut à mourir pour Ismaïliya. « L'amertume de la défaite est double, car notre équipe a perdu la coupe à cause d'un arbitrage injuste. Je prie Dieu pour qu'il n'y ait pas de meurtres à cause de ce match ... », confie un Derviche en esquivant un projectile. Après plus d'une heure et demie de guérilla entre les supporters et la police, celle-ci parvient finalement à évacuer les tribunes pour permettre la remise des médailles et de la coupe. Mais l'affrontement reprend de plus belle à l'extérieur du stade.

23h30. Malgré la foule qui déambule, un silence de plomb règne dans les rues d'Ismaïliya. Tristes et déçus, les supporters n'arrivent toujours pas à croire que leur équipe n'est plus championne de l'Afrique, qu'une autre équipe « étrangère » va rentrer dans son pays la coupe sous le bras. « L'ambiance rappelle celle qui régnait après la défaite de 1967 », se rappelle Am Hassan, un vieil homme assis au café Nasser, l'un des plus anciens et les plus connus de la ville. Pour lui, la défaite contre Enyiemba a le goût d'une défaite de guerre et pas celui d'une défaite sportive. Il assure que sa femme, qui n'a pas pleuré lorsque son beau-père est mort, est maintenant en larmes à la maison. « C'est plus que la défaite d'un match de foot. C'est le rêve de toute une ville qui est réduit en poussière », ajoute-t-il. Le lendemain, les premiers chiffres officiels font état de deux morts par arrêt cardiaque et plus de 24 blessés. Mais cela n'a pas empêché les Nigérians d'Enyiemba de rentrer chez eux avec le trophée.

Amr Moheb

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Trois questions à Alieddine Helal, ministre de la Jeunesse.
« Ces incidents se produisent dans le monde entier »

Al-Ahram Hebdo : Quel regard portez-vous sur cette finale de la Ligue des champions d'Afrique ?

Alieddine Helal : D'abord, je tiens à féliciter les Nigérians d'Enyimba qui sont devenus les nouveaux champions d'Afrique. Je voudrais également mentionner que les joueurs d'Ismaïli ont déployé d'importants efforts pour tenter de s'imposer en finale. Et pour cela, il faut les saluer. Ma seule remarque négative concerne le mauvais arbitrage du match. L'arbitre seychellois n'a pas été à la hauteur. Pour moi, c'est lui le premier responsables des actes des supporters d'Ismaïli.

 Qu'avez-vous à dire sur ces actes ?

— Sans hésiter, je les dénonce. Mais comme je vous l'ai expliqué, l'arbitrage est pour beaucoup dans ce qui s'est passé. Les supporters d'Ismaïli sont naturellement très attachés à leur équipe. Leur rêve le plus grand était de remporter la Coupe d'Afrique et Ismaïli en était capable. Pour eux, cette Coupe d'Afrique leur a échappé à cause de l'injustice de l'arbitrage. C'est pourquoi ils se sont emportés. S'ils avaient estimé que l'arbitre avait pris les bonnes décisions et que la défaite de leur équipe s'expliquait parce qu'elle n'était simplement pas à la hauteur des Nigérians, rien de cela ne serait arrivé.

— Le président de la Confédération Africaine de Football (CAF) était présent dans les tribunes ... Pensez-vous que ces incidents auront un impact sur les chances de l'Egypte d'obtenir l'organisation de la Coupe du monde 2010 ?

— Non, je ne crois pas. Tous les pays du monde connaissent ce genre d'incidents. Il y a quelques jours, en Allemagne, le match Besiktas-Chelsea en Ligue des champions d'Europe a été perturbé par des supporters turcs qui ont jeté des projectiles sur le terrain. Des incidents de ce genre se produisent dans le monde entier. Ce n'est pas particulier à l'Egypte. Mais malgré tout, le match s'est poursuivi et le ministre de la Jeunesse a participé à la remise des médailles et de la Coupe et pour féliciter l'équipe gagnante.

Propos recueillis par A. M.

 

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