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Edition . Trois romans de Naguib Mahfouz ayant pour toile de fond l’Egypte pharaonique viennent d’être publiés en anglais, mettant en valeur un univers romanesque peu connu du public égyptien.
A la redécouverte des pharaons
de Mahfouz

Le 92e anniversaire de Naguib Mahfouz, célébré la semaine dernière, a été marqué entre autres par la publication par l’AUC Press de la traduction en anglais de trois romans du prix Nobel égyptien de littérature, ayant pour arrière-plan l’Egypte pharaonique.

Bien que l’Egypte soit le pays du Nil et des pharaons, une littérature romanesque ayant l’antiquité pharaonique pour sujet reste rare. Mahfouz est quasiment le seul à avoir traité ce sujet qui a inspiré, en revanche, de nombreux écrivains de par le monde, notamment ce passionnant « Sinouhé l’Egyptien » du Finlandais Mika Waltari. Certes, beaucoup de ces auteurs appartiennent à la veine des auteurs de thriller comme Agatha Christie, mais il n’en reste pas moins qu’ils ont tissé un imaginaire avec une Egypte des pharaons imposante et mystérieuse, ce qui n’a pas été le cas pour la littérature égyptienne. Cette publication intervient donc à point nommé pour attirer l’attention sur un aspect oublié d’autant plus que ces trois romans de Mahfouz, eux aussi, sont loin d’égaler en célébrité les autres œuvres du romancier.

Il a écrit ces trois romans ayant l’Egypte ancienne comme toile de fond entre 1939 et 1944. Il s’agit d’Abas Al-Aqdar (Les Jeux du destin), traduit en français sous le titre La malédiction de Rê, (1939), Radubis (1943), et Kifah Tiba (Le Combat de Thèbes, 1943). Mahfouz ne s’est pas limité à ces œuvres, il a évoqué aussi le drame d’Akhenaton dans Al-Aëch fil haqiqa (Celui qui a vécu dans la vérité), traduit en français sous le titre de Le Renégat.

« Ces trois ouvrages faisaient partie d’un vaste projet. En effet, Naguib Mahfouz voulait présenter en plusieurs volumes l’histoire pharaonique, non pas pour l’enseigner, mais pour la faire revivre, aimer et respecter », affirme Ferial Gokelaere-Nazir, dans son ouvrage Naguib Mahfouz et la société du Caire.

Mais au-delà, ces romans restent l’expression de leur époque. L’Egypte était en lutte pour son indépendance contre l’occupant britannique. « Dans les trois romans, l’auteur met en lumière les qualités nécessaires à un roi pour qu’il puisse accomplir sa mission, rendre le pays souverain et procurer dignité, liberté et justice à son peuple », relève Gokelaere-Nazir. Khouphou, dans Abas Al-Aqdar, apparaît entouré de la richesse et de la magnificence des pharaons, il n’en est pas moins un homme proche de sa famille et de ses amis.

Quant à Kifah Tiba, il décrit une lutte acharnée contre les Hyksos. Ces occupants ont hanté jusqu’à très récemment la mémoire collective des Egyptiens relayée et nourrie par de nombreux historiens et hommes politiques nationalistes, qui ont fait de ce peuple indo-européen qui a envahi l’Egypte un symbole de tous les ennemis, des occupants britanniques à Israël. Et c’est l’image d’un roi idéal, qui faisait défaut sans doute à l’Egypte, à ce moment, que présente Mahfouz : « Le roi travaillait avec fidélité et obstination, ne connaissait ni désespoir ni fatigue. Un désir ne l’a jamais quitté : rendre l’honneur, la prospérité, le confort et le savoir à son peuple écrasé sous l’humiliation, la faim, la pauvreté et l’ignorance », relève Gokelaere-Nazir.

La toile de fond de Radubis est Merenrê II durant la VIe dynastie.

Celle-ci affaiblie est marquée par l’accroissement de l’influence des prêtres et par

la décadence du pouvoir local. Le roman décrit la lutte entre Merenrê II et les prêtres. C’est autant une allégorie politique que le développement du thème du destin. « Mahfouz sacrifie la vérité historique, réunissant des endroits séparés et des personnes d’époques diverses », affirme Anthony Calderbank, traducteur de Radubis.

Mahfouz est donc bien un romancier et non un historien. Publiées simultanément, ces traductions anglaises sont de magnifiques étrennes et devraient inciter les éditeurs égyptiens à remettre en valeur ces livres dans le cadre d’une meilleure connaissance de l’Egypte, comme le voulait Mahfouz au départ.

Ahmed Loutfi

Références :

Khufu’s Wisdom, traduction de Raymond Stock.

Thebes at War, traduction de Humphey Davies.

Rhadopis of Nubia, traduction d’Anthony Calderbank.

AUC Press Cairo and New York 2003.

 

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