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Iraq
. Les Kurdes d'Iraq ont participé à la capture du
dictateur aux côtés des forces américaines. La joie s'est
emparée de ce peuple, persécuté et décimé par le régime
baassiste. |
La
revanche des Peshmergas |
| C'est
avec l'aide de Peshmergas, guerriers kurdes, que les Américains
sont parvenus à capturer Saddam Hussein. Tout au long
de la guerre, et après la fin du conflit, les Kurdes ont
été les plus fidèles alliés locaux des Etats-Unis. Il
s'agissait pour eux d'une revanche à prendre contre un
homme et un régime qui avaient pratiqué contre eux la
pire des répressions, un génocide qui a fait 400 000
morts en 15 ans.
Tout
a commencé le 16 mars 1988, au beau milieu d’une matinée
printanière, des bombardiers iraqiens font irruption dans
le ciel de Halabja, une ville de 60 000 habitants
située à l’extrémité sud du Kurdistan iraqien, à quelques
kilomètres de la frontière iranienne, relatait Kendal
Nezan, président de l’Institut kurde de Paris, dans un
article publié en 1998 par Le Monde diplomatique.
La
veille, la ville était tombée dans les mains des Peshmergas
de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) de M. Jalal
Talabani, soutenus par des Gardiens de la révolution iraniens.
Habitués aux offensives et contre-offensives se succédant
dans le conflit iraqo-iranien ravageant la région depuis
septembre 1980, les habitants croient d’abord qu’il s’agit
d’une opération de représailles classique. Ceux qui en
ont le temps se réfugient dans des abris de fortune. Les
autres sont surpris par des bombes chimiques que des Mirage
et des Mig iraqiens déversent, vague après vague.
Une odeur nauséabonde de pomme pourrie envahit Halabja.
A la tombée de la nuit, les raids aériens cessent et il
se met à pleuvoir. Les troupes iraqiennes ayant détruit
la centrale électrique, c’est à la lumière des torches
que les habitants partent à la recherche des leurs morts,
dans la boue. Le spectacle qu’ils découvrent le lendemain
est épouvantable : des rues jonchées de cadavres,
des gens frappés par la mort chimique au milieu des gestes
ordinaires de leur vie, des bébés tétant encore le sein
maternel, des enfants tenus par la main par leur père
ou leur mère immobilisés, comme dans un instantané, pétrifiés
sur place. En quelques heures, il y a eu 5 000 morts,
dont 3 200, n’ayant plus de famille, seront enterrés
dans une fosse commune.
Les
images de ce massacre font le tour du monde grâce à des
correspondants de guerre iraniens, relayés par la presse
internationale qui se rend sur les lieux et accorde une
certaine place à cet événement sans précédent. Car l’usage
des armes chimiques est formellement prohibé par la convention
de Genève de 1925 — seule l’Italie de Benito Mussolini
a enfreint cette interdiction durant sa guerre d’Abyssinie.
Cette fois, c’est contre sa propre population qu’un Etat
use de gaz chimiques ... |
Solution
finale
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A
vrai dire, l’Iraq a eu recours aux armes chimiques contre
les Kurdes dès le 15 avril 1987, deux semaines après la
nomination d’un cousin de M. Saddam Hussein, M. Hassan
Ali Al-Majid, comme chef du bureau des affaires du Nord,
c’est-à-dire du Kurdistan. Le décret n°160 du 29 mars
1987 du Conseil de Commandement de la Révolution (CCR)
l’investissait des pleins pouvoirs pour mettre en œuvre
la solution finale au problème kurde, que ni la politique
d’arabisation intensive, ni les déplacements de population,
ni les exécutions des « meneurs », ni
une guerre qui durait par intermittence depuis 1961 n’avaient
pu résoudre.
Au
terme de cette folie génocidaire, 90 % des villages
kurdes ont été rayés de la carte (4), ainsi qu’une vingtaine
de bourgades et de villes. Les campagnes sont truffées
d’environ 15 millions de mines afin de les rendre impropres
à l’agriculture et à l’élevage. Et 1,5 million de paysans
kurdes ont été internés dans des camps.
Reste
à savoir si les Kurdes sortiront gagnants de ce développement
important de l'affaire iraqienne, la capture de Saddam.
Peuvent-ils avoir confiance dans les Américains ?
Il ne faut pas oublier que même après ces terribles massacres
menés par le régime baassiste, la Maison Blanche accordait
1 milliard de dollars de crédits supplémentaires à Saddam
Hussein. A l’époque, il est vrai, le futur ennemi public
numéro 1 de Washington était encore l’allié de l’Occident
contre la Révolution islamique d’Iran ...
Durant
les dernières années, les Kurdes se sont retrouvés à plusieurs
reprises manipulés par les grandes et les moyennes puissances
qui les entourent. Barzani a tenté de convaincre les Etats-Unis
que les Kurdes pourraient jouer un grand rôle dans le
renversement de Saddam Hussein, un peu comme cela a été
le cas en Afghanistan avec l'« Alliance du Nord ».
Toutefois, beaucoup de Kurdes redoutent d'être instrumentalisés
par une puissance qui ne s'est pas gênée, à plusieurs
reprises, de les abandonner et qui considère la Turquie
comme un « allié stratégique » (la Turquie
bénéficie après Israël du plus grand programme d'appui
militaire américain).
Les
Kurdes voudraient en effet profiter de l'écrasement de
l'Etat iraqien pour consolider leur autonomie. Le leadership
de Barzani et de Talabani affirment avoir abandonné l'idée
d'un Etat kurde indépendant, mais ils rêvent d'un Kurdistan
autonome et élargi. Ils revendiquent pour ce faire les
territoires riches en pétrole autour de la ville de Kirkouk,
dont ils voudraient faire la capitale d'une province kurde
semi-autonome dans le cadre d'un nouvel Etat iraqien affaibli
et sous la coupe des Etats-Unis.
Washington,
pour le moment, tente de tergiverser. Ils voulaient à
tout prix empêcher les Kurdes de prendre Kirkouk. En même
temps, ils ne veulent pas que la Turquie entre massivement
sur le territoire kurde, ce qui mènerait probablement
à des affrontements. Leur tactique était en fait de tergiverser
et de calmer le jeu. Ils ont promis aux uns et aux autres
un avenir radieux « après Saddam ».
Bien
avant le début de la guerre, les services secrets américains
et britanniques ont établi des liaisons avec ces combattants.
Mais depuis l'entrée des troupes américano-britanniques
en Iraq, les Peshmergas, pour des raisons politiques,
ont été placés sous le contrôle des forces spéciales américaines.
De vives tensions existent en effet dans le nord de l'Iraq
entre Kurdes et Arabes sunnites, dont beaucoup sont restés
fidèles à Saddam. |
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Une
armée sans
armes de guerre |
Les
Peshmergas ou combattants kurdes du nord de l'Iraq, qui,
selon des responsables kurdes iraqiens, ont participé
avec les forces américaines à la capture de Saddam Hussein
à Tikrit, comptent entre 50 000 et 60 000 membres,
essentiellement des hommes.
Les
Peshmergas, mot qui signifie littéralement « prêts
à mourir », sont répartis à peu près équitablement
entre le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK), dirigé
par Massoud Barzani, et l'Union Patriotique du Kurdistan
(UPK) de Jalal Talabani. Si l'immense majorité des combattants
est masculine, l'UPK dispose toutefois, selon la télévision
britannique BBC, d'un bataillon féminin de 500
combattantes, formé en 1996 et commandé actuellement par
une jeune femme lieutenant, Sirwa Ismaël, âgée de 27 ans.
La
plupart de ces combattants sont des vétérans de la lutte
contre le régime Iraqien. Les responsables du PDK et de
l'UPK se sont efforcés de leur donner, depuis une dizaine
d'années, une formation complète dans des académies militaires
où ils apprennent aussi bien l'informatique et l'histoire
que la stratégie et les techniques de la guérilla.
L'armement
des Peshmergas demeure cependant sommaire, et se compose
pour l'essentiel de kalachnikovs et de lanceurs de RPG
disponibles pour quelques dizaines de dollars, selon la
population d'Erbil, cœur administratif de l'enclave kurde
du nord de l'Iraq. Les pièces d'artillerie prises à l'armée
iraqienne lors du soulèvement de 1991 sont peu nombreuses.
Les Peshmergas ne disposent ni de tanks, ni de véhicules
blindés. Ils utilisent pour se déplacer des véhicules
civils, autocars, pick-up, 4x4 ...
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