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Iraq
. Saddam a gravi les échelons du pouvoir pour devenir
l'un des hommes les plus puissants du Moyen-Orient et
un tyran sanguinaire. Sa fin ressemble à une débâcle.
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De
la gloire à la déchéance |
| Le
visage mangé par une longue barbe sel et poivre, les cheveux
pêle-mêle et le regard ahuri … C'est ainsi qu'apparaît
Saddam Hussein peu après sa capture par les forces américaines
en Iraq. Une image qui contraste avec un Saddam habituellement
souriant, dans une variété de tenues et de poses, en costume
de ville, en uniforme militaire, en vêtements tribaux,
ou encore coiffé d'un chapeau de tweed ou de cow-boy,
voire posant devant ses fresques et statues peintes ici
et là dans le pays. Image qu'il a cherchée à cultiver
pendant plus d'une trentaine d'années à la tête du pays,
celle d'un chevalier vaillant, menant les Arabes dans
la bataille vers la gloire, un nouveau Saladin ou même
le dernier calife de Bagdad. Un calife comme ceux des
Mille et une nuits qui se promènent incognito dans
les rues pour savoir ce que vivent les déshérités. Mais
un homme à double visage. Avec ceci n'envoyait-il pas
les contestataires à la mort ?
Il
n'a jamais réussi à cacher la figure du dictateur, prêt
à sacrifier son pays, juste pour rester sur son trône.
Comme ses débuts, sa fin s'est faite dans la pauvreté,
loin des gigantesques et riches palais présidentiels.
Dans une cache minuscule, il a été capturé après 9 mois
de fuite, sans résistance, au sud de son fief de Tikrit,
où il est né le 28 avril 1937. Selon l’une des légendes
qui ont entouré l'histoire du raïs iraqien, c'est de cette
ville qu'il avait pris la fuite pour échapper à la surveillance
de ses parents, tout simplement parce qu'il désirait apprendre
à lire et à écrire et que la pauvreté de sa famille l'en
empêchait.
Dès
1953, il a déjà des démêlés avec la police du Royaume
pour ses activités politiques. Une fois à Bagdad, à l'âge
de 18 ans, il prend part à un soulèvement contre la famille
régnante pro-britannique, en 1956. Peu après, il adhère
au parti Baass et à l'âge de 22 ans, il fait partie
des forces opposées au régime du général Abdel-Kérim Kassem,
alors au pouvoir en Iraq. Connu uniquement de sa tribu
et de quelques-uns de ses collègues, c'est la balle par
laquelle il a participé à la tentative d’assassinat du
chef d'Etat qui l'a rendu célèbre. Il dut fuir de nouveau,
mais le pays, cette fois-ci. Saddam s'exila en Syrie et
en Egypte. Il regagna Bagdad à la faveur du putsch militaire
qui a porté le parti Baass au pouvoir en février
1963. Pendant cette période, il a épousé sa cousine Sajida
et ils ont eu deux garçons et trois filles. Mais vers
la fin 1963, les Baassistes, qui prônent la laïcité de
l’Etat, le socialisme et l’unité du monde arabe sont renversés.
Et Saddam doit de nouveau se cacher, mais il est rapidement
arrêté et jeté en prison. En 1966, le futur raïs parvient
à s’enfuir et en 1968, il participe au putsch qui porte
de nouveau au pouvoir les Baassistes. Nommé vice-président
du puissant Conseil de commandement de la Révolution,
il rêve de devenir le leader du monde arabe. Il gravit
les échelons et fait bientôt figure d'homme fort du pays
derrière le chef de l'Etat, Ahmed Hassan Al-Bakr, de santé
fragile, auquel il succède en juillet 1979, après avoir
procédé à une vaste épuration au sein des instances dirigeantes
du Parti. Le nouveau président tempère alors la coopération
de son pays avec l'URSS et se rapproche des pays arabes
modérés ainsi que des pays occidentaux. Entre 1980 et
1988, ces derniers ne demandent généralement pas mieux
que de donner leur appui à tout pays en guerre contre
l’Iran et son expansionnisme islamique. Saddam Hussein,
lui, craint que la victoire des chiites à Téhéran ne risque
de déstabiliser le sud iraqien, dont la population appartient,
en majorité, à cette confession et il lance une guerre
qui se voulait éclair contre l'Iran. Mais il faudra huit
ans à Saddam Hussein pour sortir son pays d'un conflit
qui aura fait des centaines de milliers de morts.
Deux
ans après la fin de la guerre, confronté à la dette contractée
pendant le conflit, Bagdad occupe le Koweït, le 2 août
1990, estimant que l'Emirat est une province iraqienne.
C’est un tournant dans les relations entre l’Iraq et le
reste du monde qui conduira à la guerre du Golfe. Les
Nations-Unies décrètent un embargo international contre
l'Iraq, qui refuse de se retirer du Koweït. Début 1991,
Saddam Hussein se dit prêt à livrer la « mère
de toutes les batailles », face à la coalition
internationale, composée de 28 nations et menée par les
Etats-Unis. |
Les
années de fer
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La
guerre du Golfe ébranlera le pays, mais dès la fin du
conflit, Saddam Hussein mate dans le sang les insurrections
kurde dans le nord et chiite dans le sud, qui ont éclaté
au début du mois de mars. En dépit des critiques farouches,
ses adversaires n'ont pu trouver personne capable d'empêcher
l'éclatement de l'Iraq. Saddam tenait d'une main de fer
un pays de 22 millions d'habitants, réputé pour la fréquence
de ses coups d'Etat, depuis sa création en 1932, après
la fin du mandat britannique. A partir de 1994, il devient
aussi premier ministre. Il est d’ailleurs également chef
suprême des forces armées, secrétaire général du parti
Baass et président du Conseil de commandement de la Révolution.
Son pouvoir sur le pays passe aussi par la famille, notamment
par ses deux fils, Ouday et Qoussay, tout en continuant
à cultiver le culte de sa personne. D'année en année,
il obtient entre 99,96 % et 100 % d'appui lors
des référendums et le 18 août 2002, les députés proposent
unanimement, à main levée, la candidature de Saddam Hussein
à un nouveau mandat présidentiel de 7 ans. Il commence
à s'isoler clairement, gardant la compagnie d'un cercle
de plus en plus restreint de conseillers de confiance,
ne reste jamais plus de quelques heures dans le même lieu
et ne dort jamais deux nuits de suite dans le même lit,
utilisant même des sosies pour mieux tromper ses ennemis.
Depuis
la chute de Bagdad le 9 avril dernier, il était plus que
jamais un homme traqué. Sa nouvelle fuite a marqué son
retour vers sa ville natale. Mais le raïs qui avait survécu
aux conflits, à de nombreux complots, tentatives d'assassinats
et soulèvements comptait sur sa chance. N'était-il pas
passé maître, en près d'un quart de siècle, dans l'art
d'échapper à ses adversaires ou de les supprimer ?
Cette fois, il semble que Saddam Hussein a atteint le
point de non-retour. |
Samar
Al-Gamal |
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Ils
ont dit |
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« Je
ne pense pas que quiconque va s'attrister sur Saddam Hussein
(...). Son arrestation ne change rien au fait que le
régime était bien fini. Le régime iraqien avait porté
préjudice au peuple iraqien et avait entraîné la région
dans plusieurs tempêtes (...). L'Egypte veut un
procès juste et que soit respecté le droit de se défendre
pour tout accusé quel qu'il soit. Il faut que la décision
soit celle du peuple iraqien ».
Ahmed Maher, ministre égyptien des AE.
« Nous espérons qu'une page a été tournée et que
le peuple iraqien pourra assumer au plus tôt ses responsabilités
et bâtir son avenir selon la volonté de tous les Iraqiens.
Le dernier mot, en ce qui concerne la capture de Saddam
Hussein et son sort, doit revenir au peuple iraqien »
Asma Khodr, porte-parole du gouvernement jordanien.
« Je suis content quand on arrête un criminel,
quel qu'il soit. Je le suis encore plus quand ce criminel
a commis tant de crimes contre les Iraniens. L'arrestation
de Saddam Hussein peut renforcer la stabilité en Iraq
car le moral de ses partisans doit être ébranlé ».
Mohammad Ali Abtahi, vice-président iranien.
« Il faut laisser le peuple iraqien dire son mot
face à cet événement important qui constitue l'issue définitive
de l'ancien régime. C'est le peuple iraqien qui doit décider
du sort de l'ancien régime et de ses anciens dirigeants,
notamment après les événements inacceptables et graves
découverts après la chute du régime ».
Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe.
« Le Koweït se félicite de la capture en Iraq
du président déchu Saddam Hussein, qui avait ordonné en
août 1990 à son armée d'envahir l'Emirat » .
Mohammad Abdallah Abou Al-Hassan,
ministre de l'Information koweïtien.
« J'ai appris avec une grande joie que Saddam
Hussein avait été arrêté, je vous félicite pour cette
action couronnée de succès. J'espère que son arrestation
va soutenir les efforts de la communauté internationale
pour la reconstruction et la stabilisation de l'Iraq ».
Gerhard Schroeder,
chancelier allemand.
« Cette arrestation aura sans aucun doute une
influence favorable sur la stabilisation et la sécurité
interne de l'Iraq. Avec l'arrestation d'un dictateur,
responsable de nombreuses violations des droits de l'homme,
le droit peut enfin prévaloir. C'est une bonne chose pour
la reconstruction politique des institutions iraqiennes
parce que cette arrestation peut accélérer le transfert
de pouvoir au peuple iraqien dans le cadre multilatéral
de l'Onu ».
Guy Verhofstadt, premier ministre belge.
« Le président de la République se réjouit de
l'arrestation de Saddam Hussein. C'est un événement majeur
qui devrait fortement contribuer à la démocratisation
et à la stabilisation de l'Iraq. Cette arrestation permettra
aux Iraqiens de retrouver la maîtrise de leur destin dans
un Iraq souverain ».
Catherine Colonna,
porte-parole de la présidence française.
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