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Iraq . La capture de l'ancien dictateur iraqien constitue une victoire médiatico-politique pour George Bush. Mais nul ne peut affirmer qu'elle mettra un terme à la résistance du peuple iraqien. Car le véritable problème demeure celui de l'occupation américaine.
Saddam tombe, rien n'est joué

« Je suis Saddam Hussein, je suis le président de l'Iraq et je veux négocier ». La réponse est tout aussi insolite. « Le président Bush vous souhaite le bonjour ... ». C'est en ces termes que se serait déroulée la conversation entre Saddam Hussein et le commandant Brian Reed, de la première brigade de la 4e division d'infanterie, lors de l'arrestation du dictateur déchu. C'était l'épilogue de l'opération « Aube rouge ». L'ex-président iraqien était fait prisonnier. George W. Bush aurait donc gagné son pari. Vraiment gagné ? Au lendemain de la fin de cette chasse à l'homme de neuf mois, huit personnes étaient tuées et 13 autres blessées dans un attentat à la voiture piégée perpétré devant un poste de police du nord de Bagdad. Une première voiture piégée avait explosé presque au même moment devant un poste de police à Al-Amiriya, à l'ouest de Bagdad, blessant quatre autres policiers, selon la police. La résistance continue donc, malgré la victoire médiatique du président américain. La capture de Saddam ne serait-elle donc qu'un acte spectaculaire relevant plus du symbole que d'un effet réel ? La question se pose avec autant d'insistance que Saddam a été découvert dans un véritable « trou à rats », pas plus grand qu'une tombe. D'où les doutes légitimes sur le fait qu'il aurait pu conduire la résistance à partir de ce réduit. Les responsables américains, les premiers, devraient après cette euphorie s'interroger. Ils ont appelé les partisans de l'ex-président à déposer les armes et à œuvrer à la reconstruction du pays. D'ailleurs, la conseillère du président américain pour la Sécurité nationale, Condoleezza Rice, a indiqué que la capture de Saddam ne signifiait pas une baisse de la violence contre les forces de la coalition en Iraq. « Nous nous attendons à ce que la violence se poursuive », a-t-elle au contraire affirmé sur la chaîne américaine NBC News. « Nous nous attendons à ce que ceux qui ont clairement perdu leurs privilèges et qui ont terrorisé leurs concitoyens continuent de terroriser leurs concitoyens », a-t-elle ajouté. Elle relayait ainsi les propos de George Bush qui fait figure de grand vainqueur, du moins jusqu'à nouvel ordre. D'ailleurs, officiellement, les Américains n'ont jamais pensé que Saddam conduisait la résistance. Il l'inspirait, peut-être, via ses vidéocassettes et le maintien de contacts avec certains des membres de ses réseaux.

Névine Mossaad, professeur à la faculté de sciences politiques et économiques de l'Université du Caire, estime « qu'étant donné son poids, la capture de Saddam influera d'une façon ou d'une autre sur la résistance, surtout sur le plan moral. Mais sur le plan matériel, de l'orientation des opérations, et de la dictée des ordres, cela n'aura pas d'influence. La résistance se base sur des mécanismes extérieurs à Saddam ».

Ainsi, elle semble écarter l'idée qu'il aurait pu être le vrai commandant de la résistance. Elle partage l'avis de nombreux observateurs, voire d'une grande partie de l'opinion égyptienne pour laquelle si Saddam était un vrai résistant, il se serait suicidé ou il aurait au moins résisté ou tiré sur les soldats américains. « C'est un homme très affaibli et résigné qui s'est livré à ses ennemis. Sans doute le fait d'être trop longtemps caché dans un tel trou, une maladie possible, le cancer et aussi la peur, auraient été à la base de ce comportement », estime Névine Mossaad.


« Saddam est et restera un symbole »

D'ailleurs, les observateurs connaissant le terrain en Iraq affirment que beaucoup de résistants, même des anciens Baassistes, ne combattaient pas pour le retour de Saddam au pouvoir. Ils ont des objectifs beaucoup plus grands. « Saddam est et restera un symbole. S'il est capturé ou tué, la résistance ne s'arrêtera pas. Nous nous battons pour l'Iraq, pour l'instauration de la démocratie et pour que les Baassistes soient réintégrés dans le jeu politique », avaient affirmé à la presse, une semaine avant la capture de Saddam, deux anciens militaires pro-Saddam qui participent à la résistance à Abou-Gharib, au nord de Bagdad.

Il est certain que les anciens Baassistes ont reçu un coup au moral. Mais ces gens sont-ils représentatifs de tout le peuple iraqien ? Un peuple avec une mosaïque ethnique et religieuse des plus variées : Kurdes, Arabes sunnites, chiites et chrétiens. Selon l'opposant iraqien Sabah Al-Mokhtar, président de l'association des avocats arabes à Londres, qui vient de participer à un congrès au Caire sur l'opposition contre la guerre, « la capture de Saddam n'est pas importante sur le plan militaire et politique. C'est plus une opération médiatique. Il est vrai qu'elle suscitera de la frustration au sein de la population iraqienne qui y verra un succès pour les forces d'occupation ». Pour Al-Mokhtar, la résistance subirait un coup dur, mais juste de manière ponctuelle. « Ceci n'affectera pas la résistance en tant que telle. Elle pourrait même se renforcer, puisque même des adversaires de Saddam pourraient alors s'y joindre. On ne pourra plus les accuser d'être pro-Saddam ». C'est l'une des thèses que retiennent les analystes. Al-Mokhtar relève que « le prétexte de l'occupation était que la résistance avait Saddam pour artisan, aidé de ses fedayins et de sa garde ».

Avec cet historique coup de filet, les Américains ont attrapé ou tué 41 des 55 dignitaires iraqiens recherchés. A la première place de cette liste noire figure désormais Ezzat Ibrahim Al-Dourri, l'ancien vice-président, soupçonné de diriger la résistance armée au nord de Bagdad.

Malgré tout, de nombreux Iraqiens ont fêté la capture de Saddam, même si ceci ne préjuge pas de la fin ou du moins de l'affaiblissement de la résistance. Quoi qu'il en soit, cette capture semble apporter de l'eau dans le moulin des Américains. Cet épisode illustre l'énergie des Etats-Unis et la poigne de son président. Défié par de nombreux pays lors de la guerre qu'il a menée, il est félicité par ceux qui le critiquaient hier : Chirac, Schroeder et autres. Le voilà conforté dans ses idées et ses positions. Bush semble désormais le vainqueur attendu des prochaines élections présidentielles américaines, en 2004. « Les Américains qui avaient été affectés par la résistance ont acquis un nouveau souffle. Les informations désormais porteront sur Saddam et celles concernant la résistance seront reléguées au deuxième plan ». relève Névine Mossaad.


Un jugement problématique

Les Américains semblent avoir tiré la leçon de la mort des deux fils de Saddam, Qossay et Ouday, massacrés par les forces qui les ont arrêtés. Les images diffusées partout dans le monde avaient suscité l'indignation. « Cette fois-ci, on a vu Saddam étrangement détendu », relève la politologue. Détendu, certes, mais un homme aux abois aux mains de l'occupant.

Le principal problème qui se pose désormais est le suivant : que faire de Saddam ? Donald Rumsfeld, secrétaire américain à la Défense, a déclaré que Saddam « s'est vu accorder la protection du statut de prisonnier de guerre et il sera traité en accord avec la Convention de Genève ». Mais son jugement reste problématique. Le ministre iraqien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, a estimé que Saddam Hussein devrait être jugé par le nouveau tribunal pénal iraqien, placé sous supervision internationale pour garantir un procès « équitable » au président déchu. « Nous aurons beaucoup d'aide et de bienveillance de la part de nombreux pays pour que le processus juridique se déroule sans à-coups et dans le respect des normes internationales », a indiqué M. Zebari. Le procès de Saddam Hussein se déroulerait sous la houlette d'« observateurs internationaux », a assuré le ministre iraqien. « Nous ferons appel aux compétences d'experts internationaux pour que ce procès soit juste et équitable », a-t-il ajouté.

Le Conseil de gouvernement transitoire iraqien avait annoncé le 10 décembre le création d'un Tribunal pénal iraqien,chargé de juger les crimes contre l'humanité du régime de l'ancien président iraqien. Mais des experts internationaux ont affirmé douter de la légitimité de ce tribunal, de son impartialité et même de sa capacité à fonctionner dans le climat d'insécurité générale qui prévaut en Iraq.

De son côté, l'Iran prépare une plainte devant une juridiction internationale contre Saddam Hussein pour ses « crimes » contre la République islamique, a déclaré lundi le porte-parole du gouvernement, Abdollah Ramezan Zadeh. « Les Iraqiens sont les premiers habilités à porter plainte contre Saddam, mais cela ne veut pas dire que d'autres n'aient pas le droit de le faire devant des cours internationales », a déclaré M. Ramezan Zadeh. « Le ministère des Affaires étrangères effectue actuellement le travail nécessaire, il a déjà collecté des documents et nous espérons que nous pourrons exercer nos droits là où il convient de le faire », a-t-il dit. Des centaines de milliers d'Iraniens sont morts entre 1980 et 1988 au cours de la guerre déclenchée par l'invasion par Saddam Hussein de la province pétrolière du Khouzestan.

Le président déchu, lui, semble peu se formaliser de tous ces crimes de guerre et du génocide de la minorité kurde dont il devra se justifier. Selon trois membres du Conseil de gouvernement transitoire iraqien, qui ont rencontré Saddam pour l'identifier à la demande des Américains, il « s'est montré sans remords et rebelle. Il nous a dit qu'il était un dirigeant juste et ferme ».

Ahmed Loutfi
Aliaa Al-Korachi

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La fin de la chasse
à l'homme

« Mesdames et messieurs, nous l'avons eu », a lancé dimanche l'administrateur civil américain Paul Bremer lors d'une conférence de presse. Mission accomplie. Les Américains se réjouissent. Finalement, le président iraqien déchu, Saddam Hussein, a été capturé vivant samedi soir par les forces américaines dans le nord de l'Iraq, à l'issue d'une des plus importantes chasses à l'homme de l'Histoire.

L'annonce a été saluée par des cris de joie parmi les Iraqiens présents, de quoi rappeler le déboulonnement des statues de l'ancien dictateur lors de l'entrée des GI'S à Bagdad. Saddam Hussein a été emmené dans un endroit non spécifié et se trouve sous haute protection. Une vidéo de lui, captif, a été diffusée à la conférence de presse. Agé de 66 ans, il y apparaît le visage mangé par une longue barbe sel et poivre, le regard hagard pendant qu'il est examiné par un médecin. La coalition a ensuite diffusé une photo de lui rasé, mais conservant son habituelle moustache.

Des tirs de joie ont rapidement retenti à Bagdad. Dans d'autres villes du pays, dans le nord comme dans l'ouest, des gens s'en félicitaient et dansaient même. « Le tyran est prisonnier », a dit Bremer de l'homme le plus recherché par les Etats-Unis, avec Ossama bin Laden, le chef du réseau terroriste Al-Qaëda.

Il a été capturé après neuf mois de cavale sans résistance à 20h00 locales par une force d'environ 600 hommes de la 4e division d'infanterie dans une cache aménagée dans la cave d'une ferme près la ville d’Al-Daour, au sud de son fief de Tikrit (180 km au nord de Bagdad), a précisé le général Ricardo Sanchez, commandant des forces américaines en Iraq.

Selon lui, la cache était de quelques sept mètres de profondeur et d'une largeur « suffisante pour qu'une personne s'allonge ». Son arrestation s'est déroulée « sans qu'un seul coup de feu ne soit tiré ». « Il n'y a eu aucune blessure », a-t-il ajouté. Selon des sources kurdes, des combattants kurdes irakiens ont participé à l'opération. « Il s'est montré coopératif pendant son arrestation et son examen médical », a ajouté le général Sanchez. Mais « c'était un homme fatigué, je pense un homme résigné à son sort. L'examen médical a montré qu'il n'avait aucune blessure et qu'il est en bonne santé ».

Cet homme que l'on croyait insaisissable a été pris dans « un trou à rats ». L'entrée était cachée avec des briques et des ordures. « Le trou avait un ventilateur pour la circulation de l'air afin qu'il reste caché », a-t-il encore dit.

Il était en possession de 750 000 dollars, deux kalachnikovs et un pistolet. Deux personnes ont été arrêtées avec lui.

La ferme est située dans la région d'Al-Daour, à 30 km au sud de Tikrit, fief du « numéro deux » du régime baassiste Ezzat Ibrahim, lui aussi en cavale et sur lequel les Américains ont mis une prime de 10 millions de dollars.

Interrogé si, de cet endroit, Saddam Hussein pouvait diriger la guérilla anti-américaine, le général Sanchez a estimé qu'il « était trop tôt pour répondre ». Il n'a pas voulu indiquer non plus s'il s'y trouvait depuis longtemps.

Du côté du Conseil de gouvernement, c'est évidemment la jubilation. « Nous présentons au peuple iraqien nos vives félicitations », a déclaré Adnane Pachachi, membre du Conseil de gouvernement transitoire iraqien. « Le gouvernement de la peur et de la répression est révolu à jamais. Nous nous tournons vers l'avenir et poursuivons nos efforts pour recouvrer notre souveraineté ».

Le président du Conseil de gouvernement, Abdel-Aziz Al-Hakim, à Madrid, où il est en visite, a souligné de son côté : « Le criminel Saddam Hussein a été arrêté vivant. Son identité ne fait pas de doute parce qu'on lui a fait le test ADN ». Il a affirmé qu'il serait jugé par le tribunal pour crimes de guerre dont la formation a été annoncée il y a quelques jours. « C'est un grand coup porté aux terroristes en Iraq », a dit Al-Hakim, en référence à la guérilla que les forces américaines soupçonnaient Saddam Hussein de diriger.

L'armée américaine avait réussi à tuer les deux fils de Saddam Hussein, Oudaï et Qoussaï, le 22 juillet, lors d'un raid à Mossoul, dans le nord de l'Iraq. Presque au moment où la capture de Saddam était annoncée, l'explosion d'une voiture piégée devant le poste de police de Khaldiya, à l'ouest de Bagdad, provoquait la mort de 16 policiers iraqiens et deux civils dont une fillette de 7 ans, en plus de 29 blessés.

La résistance va-t-elle prendre fin ? La page Saddam est tournée, mais l'incertitude continue de régner sur l'Iraq.

A.L. avec AFP
 

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