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Avant même sa
promulgation, le nouveau projet de loi sur la nationalité fait
parler de lui. Le ministère de la Justice vient en effet de
publier les grandes lignes de ce projet censé résoudre le dilemme
de milliers de femmes égyptiennes mariées à des étrangers et
dont les enfants sont privés de la nationalité égyptienne. « Certains
détails du projet restent à formuler mais nous en connaissons
déjà les grandes lignes », affirme un responsable au
ministère de la Justice. Le ministère affirme que le projet
s'est basé sur des principes constitutionnels fondamentaux dont
l'égalité entre l'homme et la femme, la conformité des lois
avec la charia islamique et le respect de la déclaration universelle
sur les droits de l'homme. Pourtant, certains aspects du projet
soulèvent déjà un débat. La loi en vigueur 26/75 accorde la
nationalité à toute personne née à l'intérieur ou l'extérieur
de l'Egypte d'un père égyptien uniquement. Dans le nouveau texte,
la nationalité sera, en plus, accordée aux personnes de mère
égyptienne et de père étranger à condition d'être né en Egypte.
Cette condition est très critiquée. « C'est une discrimination.
Si on veut appliquer l'égalité entre l'homme et la femme, alors
la nationalité doit être accordée aux enfants de mère égyptienne
sans distinction », déclare Fardos Al-Bahnassi, membre
d'une ONG défendant les droits des femmes. « Si une
telle clause venait réellement à être appliquée, cela voudrait
dire que tous les efforts qui ont été déployés pour assurer
l'égalité entre l'homme et la femme sont partis en fumée ».
« Nous avons étudié cette affaire sous tous ses aspects
sociaux, religieux et juridiques. On s'est assuré qu'il n'y
a rien qui empêche la mère de transmettre sa nationalité à son
enfant. Certains pays arabes comme la Tunisie et la Jordanie
octroient ce droit à la femme », estime pour sa part
Fawziya Abdel-Sattar, membre du Conseil national de la femme.
Des milliers d'enfants
issus de mère égyptienne et de père étranger (il y en aurait
1 million en Egypte selon les statistiques de l'Organisme de
la nationalité et de l'immigration) sont privés de droits comme
la gratuité de l'enseignement et l'accès gratuit aux soins car
ne disposant pas de la nationalité égyptienne. Lors du récent
congrès général du PND tenu au mois de septembre dernier, le
président Moubarak avait appelé à une révision du code de la
nationalité. Le chef de l'Etat avait demandé au ministère de
l'Intérieur d'accorder la nationalité aux personnes qui en font
la demande conformément à la loi en vigueur en attendant la
promulgation de la nouvelle loi. Celle-ci ne sera pas appliquée
de manière rétroactive. Les enfants de père étranger nés avant
sa promulgation auront le droit de demander la nationalité auprès
du ministère de l'Intérieur dans un délai d'un an. Mohamad Moussa,
président de la commission des lois à l'Assemblée du peuple,
défend le nouveau projet. « L'objectif est de régler
un problème donné, celui de ces enfants de père étranger qui
vivent en Egypte et qui sont privés de certains droits. Il ne
s'agit pas de résoudre le problème de l'égalité entre l'homme
et la femme ni de solutionner la cause féministe »,
argumente-t-il.
L'autre clause
qui suscite un débat est celle qui exclut du droit à la nationalité
les enfants de pères palestiniens. L'Egypte compte 120 000
réfugiés palestiniens. Environ 86 % de ces Palestiniens
font partie de la population active, mais 22 % seulement
ont un revenu effectif. 78 % d'entre eux vivent dans un
état de pauvreté selon les statistiques du Centre des recherches
palestiniennes. Mohamad Sobeih, représentant de la Palestine
à la Ligue arabe, estime que la décision d'exclure les enfants
de père palestinien du droit à la nationalité est injustifiée.
« Ces enfants méritent plus que d'autres d'obtenir la
nationalité égyptienne. Ceci leur donnera le droit à une vie
plus digne et leur fournira de nouvelles opportunités d'emploi.
Car leur statut de réfugiés ne leur permet pas d'obtenir un
emploi à l'étranger », affirme-t-il. Il ajoute qu'un
mémorandum a été présenté à la Ligue arabe par la partie palestinienne
demandant l'intégration des enfants palestiniens en Egypte en
leur accordant la nationalité du pays.
En fait, l'exclusion
des enfants palestiniens a des motifs politiques. Une décision
de la Ligue arabe datant de 1959 recommande aux pays membres
de ne pas accorder la nationalité aux ressortissants palestiniens.
Le but étant de maintenir le statut de réfugié de ces Palestiniens
afin de l'utiliser comme carte de pression politique contre
Israël. Le texte final du projet doit être rédigé la semaine
prochaine et transféré au Conseil des ministres avant d'être
soumis au Parlement pour approbation.
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