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| Politique
. Le président du Rassemblement
unioniste progressiste (gauche), qui sera élu mercredi lors
du congrès général de ce mouvement, devra parvenir à redonner
crédibilité et attractivité à un parti en perte de vitesse. |
| En
quête d'une nouvelle impulsion |
| Le
cinquième congrès général du parti du Rassemblement unioniste
progressiste (gauche), qui se tient ce mercredi au Caire pendant
deux jours, revêt un intérêt particulier. Quelque 800 cadres
des divers gouvernorats y sont attendus pour déterminer les
orientations politiques du parti au cours des prochaines années.
Ce congrès devrait aussi voir l'élection d'un nouveau président
et d'un nouveau secrétariat général.
Membre du Mouvement
des Officiers Libres et figure marquante de l'opposition, Khaled
Mohieddine est le chef du parti du Rassemblement depuis sa création
en 1976. Il devra quitter son poste suite à une modification
récente du règlement interne interdisant au président et aux
membres du secrétariat général de conserver leurs postes au-delà
de deux mandats successifs. C'est la première fois depuis l'instauration
du multipartisme en Egypte dans les années 1970 que le chef
d'un parti politique se retire avant son décès et sans provoquer
de conflits. L'actuel secrétaire général du parti, Réfaat Al-Saïd
apparaît comme le successeur tout désigné. N'ayant pas d'adversaire
déclaré, son élection à la tête du parti paraît jouée d'avance.
Agé de 69 ans, Al-Saïd est un des piliers du Rassemblement.
Il a fait partie du mouvement communiste dans les années 1960,
ce qui lui a valu d'être incarcéré à plusieurs reprises sous
Nasser. Réfaat Al-Saïd se pose comme un virulent adversaire
de l'islam politique, notamment à travers ses écrits. « Il
n'y aura pas de changement au niveau de la politique actuelle
du parti », prévient Al-Saïd. Selon lui, le parti du
Rassemblement restera un parti d'opposition fort. S'il est effectivement
élu à la tête de cette organisation, il devra cependant trancher
le débat au sein du parti sur l'attitude à adopter vis-à-vis
du gouvernement. Le parti est en effet partagé entre deux tendances.
La première estime que le parti est devenu trop conciliant à
l'égard du gouvernement et exige une position plus ferme à l'égard
de celui-ci. L'autre tendance pense qu'il est possible d'obtenir
certains avantages en adoptant une attitude flexible à l'égard
du gouvernement. « Réfaat Al-Saïd fait partie de ce
dernier groupe. De sa position de secrétaire général, il a œuvré
à un certain rapprochement avec le gouvernement. Ceci était
clair en 1999 lorsque le parti s'est abstenu de se prononcer
sur le référendum du président de la République Hosni Moubarak
au lieu de refuser ce processus comme tous les autres partis
d'opposition », estime Abdel-Ghaffar Choukr, qui
a présenté sa démission du secrétariat général pour protester
contre cette décision.
Réfaat Al-Saïd
s'en défend. « La politique du parti n'est pas définie
par une personne mais par l'ensemble des cadres. Nous sommes
le seul parti d'opposition à avoir refusé tous les projets de
lois présentés par le gouvernement de même que le budget et
les déclarations de politiques générale », relève Al-Saïd. |
Attractivité limitée
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Outre l'élection
du président et du secrétariat général, la situation politique
et financière interne, ainsi que la performance de l'hebdomadaire
Al-Ahali, organe d'expression du parti, figurent également
à l'ordre du jour de ce cinquième congrès. « Malheureusement,
le nombre d'adhérents actuellement ne dépasse pas les 35 000.
Ils étaient 150 000 en 1976, année de la fondation du
parti. Le congrès général doit discuter des moyens susceptibles
d'attirer plus de membres de même que la formation de nouveaux
cadres », estime Magdi Charabia, membre du secrétariat
et responsable de l'organisation. Le parti du Rassemblement
souffre comme tous les autres partis sur la scène politique
d'un recul de popularité. « Ceci est dû en premier
lieu aux restrictions imposées par le gouvernement qui nous
empêche d'organiser librement des conférences et des meetings »,
affirme Magdi Charabia. Il ajoute qu'étant donné cette situation,
certains partis préfèrent établir des passerelles avec le
gouvernement.
Ce cinquième
congrès intervient en effet au moment où le parti du Rassemblement
et la gauche en général traversent une crise aiguë. Réfaat
Al-Saïd pense que cette crise s'inscrit dans le cadre d'un
malaise général qui concerne l'ensemble des partis. « Un
groupe de travail sera formé après le congrès pour étudier
les moyens de revitaliser la politique du parti afin de renforcer
sa popularité », estime Al-Saïd.
Enfin, le congrès
devra se pencher sur la création des partis religieux. « Cette
fois, le parti devra prendre une décision sur ce sujet. Durant
les dernières discussions, on n'est parvenu à aucun avis précis,
mais il faut le faire cette fois-ci pour préciser notre relation
avec ces groupes, et savoir s'ils ont le droit d'avoir des
partis politiques ou non, et comment ces partis peuvent être
dirigés politiquement et non pas à travers les principes religieux »,
réclame Hussein Abdel-Razeq, secrétaire général adjoint.
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May Atta |
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La gauche prise
en tenailles
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Le socialisme a été
l'une des réponses proposées par les intellectuels à la question
des inégalités produites par le capitalisme en Europe. L'Egypte
repose sur un système très profondément inégal, sans toutefois
avoir un mouvement de gauche à la hauteur. Est-ce l'influence
de l'islam ? Mais dans ce cas, comment expliquer qu'un
pays musulman et non moins religieux comme l'Indonésie ait pu
avoir un mouvement de gauche très puissant. Et comment expliquer
aussi la forte présence des communistes en Egypte dans les années
quarante ? L'islam n'explique pas tout. Le contexte régional
est un élément très important dans la crise actuelle de la gauche.
La création d'un Etat fondamentaliste juif
dans sa raison d'être, juste aux frontières de l'Egypte, a donné
des raisons fortes aux fondamentalistes de tous bords qui pensent
que le monde est divisé en communautés religieuses. Le conflit
historique religieux entre les musulmans et les juifs à l'aube
de l'islam a été ressuscité par les frères musulmans qui ont
commencé après la défaite de 1948 à attaquer, parfois par la
force, les juifs égyptiens. La gauche égyptienne a payé le prix
du conflit arabo-israélien. Cette gauche concevait et aspirait
à une division du monde entre exploitants et exploités. Mais
le contexte régional actuel donne à croire que le monde est
toujours divisé entre chrétiens, musulmans et juifs. D'autant
plus que la création d'Israël a poussé la gauche égyptienne
à entreprendre une « égyptianisation » de ses
cadres. De nombreux juifs ont été écartés du leadership du mouvement,
alors que certains faisaient partie du noyau dur des organisations
de gauche.
La gauche égyptienne a essayé de créer un cadre
idéologique pour saisir le phénomène Israël, selon lequel ce
pays est un agent de l'impérialisme américain et européen. Mais
cette conception restait, et est restée marginale puisque celles
des islamistes était plus simple et s'appuyait sur des textes
religieux hostiles aux juifs. L'arrivée au pouvoir de George
Bush avec une équipe réputée fondamentaliste, qui a fini par
attaquer l'Iraq, a renforcé la conviction déjà présente qu'il
s'agit d'une croisade contre l'islam. A ce sujet, la gauche
a aussi eu du mal à faire passer son discours disant que les
Américains sont venus en Iraq pour s'emparer du pétrole.
Avec la tenue au Caire, cette semaine d'une
conférence sur l'Iraq, la gauche a essayé de promouvoir sa conception
des conflits dans la région. Cette conférence a été organisée
par des communistes, des Nassériens et certains éléments du
mouvement islamiste. Quelques cadres du mouvement anti-guerre
en Grande-Bretagne étaient également présents. Cela pour dire
que cet « Occident » contient des secteurs
qui refusent les projets de l'hégémonie américaine dans la région.
Le problème est que l'idée inverse, croisade contre l'islam,
s'est imposée dans les médias arabes, officiels et indépendants.
Le projet américain dans la région a renforcé le fondamentalisme
qui est déjà fort.
Il n'est pas probable qu'une crise de conscience
atteigne le président Bush et le pousse à déclarer une fois
pour toute que la plus grande injustice de notre région est
l'agression continue contre le peuple palestinien, et prouver
ainsi aux Egyptiens qu'il ne s'agit pas d'un complot ourdi par
« les juifs et les croisés ». Mais les évolutions
internes du pays peuvent en partie attirer l'attention loin
de ce complot. D'abord, la crise économique et la pauvreté ont
créé un mécontentement social que les islamistes n'arrivent
pas à encadrer, puisqu'ils n'ont pas un projet socio-économique
fiable et clair. En outre, la crise politique sévère qui frappe
le régime et qui se manifeste surtout sur la question de la
succession peut encore attirer l'attention sur la situation
interne. Dans les deux dossiers, la gauche pense qu'elle a quelque
chose à dire. Mais sur les deux niveaux, sa voix reste ambiguë
et faible.
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Samer Soliman |
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