| La rencontre
cette semaine à Genève entre le président Moubarak et le président
iranien Mohamad Khatami est historique. Il s’agit de la première
rencontre à ce niveau entre les responsables des deux pays depuis
24 ans. L’Iran avait rompu ses relations diplomatiques avec
l’Egypte en 1979 après la signature des accords de Camp David
avec Israël. Les deux chefs d’Etat étaient présents à Genève
pour participer au sommet mondial sur la société de l’information.
Khatami a demandé à rencontrer Moubarak en marge du sommet.
Et sa demande a été accueillie très favorablement par le chef
de l'Etat. « Cette rencontre a été programmée à plusieurs
reprises par le passé mais l’absence d’un des deux présidents
aux sessions de l’Onu ou de l’Organisation de la Conférence
Islamique (OCI) a empêché qu’il ait lieu »,
a déclaré le vice-président iranien, Mohamed Ali Abtahi. Il
s'est refusé de dire si la reprise des relations entre les deux
pays était à l’ordre du jour de la rencontre. Le chef de la
diplomatie égyptienne, Ahmad Maher, a lui affirmé que cette
rencontre historique entre les deux chefs d’Etat « a
donné une impulsion vers plus de compréhension et de coordination ».
« Le résultat normal du développement des choses est
d’aboutir à une normalisation », a déclaré Maher. Et
d'ajouter qu'« il est nécessaire que les deux parties
entreprennent des démarches additionnelles et préparatoires
afin de parvenir à ce que nous voulons ».
Dans les milieux
diplomatiques égyptiens, on souligne une volonté de rapprochement
de la part des Iraniens qui existe depuis quelque temps. « Ceci
se remarque lorsque des représentants des deux pays se rencontrent
à diverses occasions dans les quatre coins du monde. Nous avons
eu des rencontres de ce genre, que ce soit au niveau des ministres
des Affaires étrangères ou des ambassadeurs », affirme
une source au ministère des Affaires étrangères. Selon cette
source, durant ces rencontres, il est toujours question de surmonter
les divergences et les obstacles pour favoriser une reprise
des relations.
Mais quels sont
ces obstacles ? L'Egypte exige toujours que le nom de Khaled
Al-Islamboli, l'assassin de l'ancien président Anouar Al-Sadate,
soit retiré d'une avenue du centre de Téhéran. Le Caire est
toujours opposé à la présence iranienne dans les trois îles
situées entre l’Iran et les Emirats arabes unis, considérées
par l’Egypte comme appartenant aux Emirats. Cette zone entre
dans la sphère des intérêts stratégiques et sécuritaires de
l’Egypte.
Les Iraniens ont
jusqu'ici fait part d'une grande flexibilité pour retirer le
nom de la rue Khaled Al-Islamboli. Ils ont proposé de le remplacer
par Al-Qahira (Le Caire). « Cette décision a été prise,
il y a un an, par les membres du Conseil de la ville de Téhéran,
après avoir obtenu l’autorisation du Conseil de sécurité nationale.
Elle sera appliquée prochainement », explique Hassan
Abou-Taleb, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques
(CEPS) d’Al-Ahram. Selon lui, le litige sur les trois
îles situées sur la côte des Emirats arabes ne représente pas,
à lui seul, un obstacle suffisant à la reprise des relations
entre l’Egypte et l’Iran. Ceci d’autant plus que les parties
concernées ont décidé de transférer l’affaire devant la Cour
internationale de justice à La Haye. « On sait que les
milieux diplomatiques iraniens et égyptiens aimeraient accélérer
le processus de normalisation. Et on a même assisté à une augmentation
des échanges culturels et commerciaux entre les deux pays »,
affirme un diplomate égyptien. « Il faut cependant admettre
que les échanges se sont limités à ces domaines sans jamais
s'étendre aux véritables relations politiques ». Même
après la rencontre de Genève, « il existe encore de fortes
craintes de la part des Egyptiens portant sur le rétablissement
des relations diplomatiques, voire normalisation avec l’Iran »,
affirme Hassan Abou-Taleb.
Selon lui, les
responsables égyptiens sont préoccupés par le fait qu'une reprise
des relations diplomatiques puisse aider certains courants en
Iran à établir des liens avec les islamistes égyptiens. Des
sources bien informées ont laissé entendre qu’un des sujets
de discussion entre les présidents Moubarak et Khatami était
la demande de l’Egypte d’obtenir des informations sur les membres
égyptiens d'Al-Qaëda qui se trouvent, selon les services
de sécurité, actuellement en Iran. C'est là une des questions
cruciales dont le règlement peut favoriser une reprise des relations
entre Le Caire et Téhéran. |