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La capture de Saddam ... et la résistance iraqienne !
Par Mohamed Salmawy

Il me semble que les forces d'occupation américano-britanniques vivent après la capture de Saddam Hussein les mêmes illusions qu'elles nourrissaient avant l'occupation de l'Iraq, lorsqu'elles se sont imaginées que les gens accueilleraient l'invasion et les forces conquérantes à bras ouverts. Washington et Londres prévoient un apaisement graduel de la résistance iraqienne après l'arrestation de Saddam. Comme s'il était le premier instigateur de cette résistance à partir de cette cache souterraine sans armes, ni munitions, ni mêmes appareils de communication.

Sans doute la capture du président iraqien déchu Saddam Hussein est un événement important. Surtout que les forces d'occupation américano-britanniques avaient fait de la capture de Saddam leur objectif principal. Rien n'avait autant d'importance que ce but, à moins que ce ne soit le désir de Bush d'instaurer la démocratie en Iraq. A l'exemple de l'échec de la réalisation de la démocratie, les Américains n'avaient pu capturer Saddam jusqu'à cette semaine.

C'est pourquoi la découverte de Saddam est de ce point de vue une évolution non négligeable, si c'est vraiment Saddam qui a été capturé.

Ce sont les Américains qui ont annoncé la nouvelle de sa capture et ce sont eux qui ont tourné ce film où il est apparu. Ce sont eux qui ont effectué les analyses ADN pour l'identifier et ce sont eux qui ont déclaré qu'ils étaient positifs. Nous devons nous rappeler également que c'étaient eux qui avaient propagé l'histoire des 7 sosies de Saddam. On pourrait dire que celui qui a été arrêté est probablement Saddam, jusqu'à preuve du contraire. Sa capture est intervenue à un moment critique pour le président Bush qui s'est effectivement lancé dans la course aux présidentielles. Partant de cette logique, analysons l'événement.

Pour que cette analyse soit exacte, nous devons tout d'abord mettre de côté certaines tromperies que les Américains propagent, pour pouvoir voir l'événement dans ses dimensions réelles et pour en déduire ce qui pourrait influencer le cours des événements en Iraq.

Probablement la première des tromperies est celle selon laquelle Saddam était le principal instigateur de la résistance iraqienne, tout au long des neuf derniers mois. Au moment de sa capture, il était quasi seul dans une misérable cache souterraine sans armes, ni munitions. Il n'avait qu'un seul pistolet. Si ceci prouve quelque chose, c'est que Saddam ne contrôlait pas un énorme réseau de communications, tout au long de ces 9 mois, lui permettant de diriger la résistance dans les 4 coins de l'Iraq. Le général Raymond Odierno, l'un des commandants de la 4e division d'infanterie qui a effectué la capture, a reconnu que ses soldats n'ont trouvé aucun appareil de communication, ni même un portable ou une radio.

Quant à la 2e tromperie, c'est la rumeur qu'a fait circuler le commandement américain en Iraq, selon laquelle les actes de la résistance sont perpétrés par des fidèles du président déchu, appelés les fedayins de Saddam. Ces propos laissent supposer que Saddam était un héros pour lequel on avait de la loyauté même après sa chute.

Quant à la 3e tromperie, elle présente la capture de Saddam comme le dénouement de l'histoire, à l'issue de laquelle le calme, la stabilité et la sécurité regagneront l'Iraq.

Nous nous rappelons dans ce contexte une déclaration similaire faite par le président Bush en mai dernier, lorsqu'il a déclaré la fin de la guerre avec la chute de Saddam. Mais voilà que les mois se sont écoulés et que le conflit gagne en acuité et que la résistance a imposé aux occupants la poursuite de la guerre jusqu'à la libération.

Les Américains dans l'euphorie de la puissance se sont imaginés qu'ils sont les seuls décideurs du début et de la fin de la guerre. Effectivement, ils ont choisi son début, mais ils sont toutefois incapables de déterminer le moment de la fin. En réalité, la capture de Saddam ne réalise pas l'objectif des Américains, contre lesquel le peuple iraqien s'est soulevé. Donc, imaginer que le calme régnera après Saddam ne semble pas une vision réaliste.

Donc, si l'on analyse correctement l'événement, la capture de Saddam n'a rien à voir avec les combats actuels entre les forces d'occupation américano-britanniques et la résistance iraqienne. Cette guerre du peuple iraqien ne peut être baptisée que guerre de libération et il est logique qu'elle ne prenne pas fin tant que son objectif n'est pas réalisé, à savoir la libération du pays, et non pas la capture du président déchu.

On peut imaginer que la capture de l'ex-président de cette manière pourrait, dans un premier temps, attiser le conflit contre les forces d'occupation, quelle que soit la position des Irakiens vis-à-vis de Saddam et de son régime révolu.

Celui qui observe bien le film diffusé sur Saddam après la capture se rendra compte que la personne qui subissait les tests était sous sédatif. Celui-ci a été introduit à travers la bouche d'aération visible dans la vidéo. C'est pourquoi la capture s'est faite aisément. Cette hypothèse pourrait répondre aux interrogations sur la capture de Saddam : Pourquoi n'a-t-il pas résisté ? Pourquoi ne s'est-il pas suicidé ? Pourquoi n'a-t-il pas utilisé le pistolet qu'il avait sur lui au moment de sa capture ?

Ahmed Al-Galbi, membre du Conseil de gouvernement iraqien, a déclaré que Saddam n'a pas du tout résisté, confirmant l'idée qu'il avait le temps de commettre un suicide.

Mais Saddam a été serein, contre toute attente, et suivait les ordres des médecins comme si on l'avait privé de sa volonté.

Le général Raymond Odierno, le commandant de l'opération militaire, commentant en détail la capture de Saddam, déclara textuellement que les soldats ayant exécuté l'opération ont trouvé l'ex-président dans un état de confusion mentale, inconscient de ce qui se passait autour de lui. Ainsi il a été dégagé avec facilité.

Nous devons parler ici de la manière humiliante avec laquelle a été déclarée la nouvelle de la capture, parce qu'elle pourrait augmenter les opérations de la résistance iraqienne. Une méthode provocatrice pour les Iraqiens et défiant les traditions arabes que les forces d'invasion ne connaissent pas.

Paul Bremer, quant à lui, en s'adressant à la presse mondiale et avec le dédain des cow-boys lança : « Nous l'avons eu », comme s'il parlait de la capture d'un animal sauvage menaçant l'humanité.

Pire encore, quand Raymond Odierno a été interrogé sur l'absence de résistance de Saddam, il répondit qu'il était dans un trou souterrain, qu'il ne put résister et qu'il a été capturé comme un lapin.

L'ex-président iraqien, capturé tel un animal sauvage ou un lapin, sera déféré à la justice et sera sûrement condamné à mort. Mais ce qui déterminera le degré de sympathie du peuple iraqien, voire de tous les peuples arabes, avec lui ou avec le verdict, sera la manière dont il sera traité.

Enfin, la capture de Saddam est en soi une évolution importante dans le conflit que les Américains ont entamé en Iraq. Cependant, elle n'aura pas une influence à long terme sur le cours de la guerre. Mais elle influencera certainement la campagne électorale de Bush, si son écho continue à retentir jusqu'aux présidentielles. Le président Bush l'utilisera pour redorer son blason devant l'électeur américain après avoir échoué à trouver des armes de destruction massive, l'un des motifs derrière l'invasion de l'Iraq.

Loin de la bataille électorale aux Etats-Unis, la guerre de libération iraqienne continuera, malgré l'arrestation du président déchu, et ne s'arrêtera qu'avec l'évacuation des forces d'occupation américano-britanniques. Dire que le calme régnera c'est une illusion comme les autres qui l'ont précédées.

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