| Il
me semble que les forces d'occupation américano-britanniques
vivent après la capture de Saddam Hussein les mêmes illusions
qu'elles nourrissaient avant l'occupation de l'Iraq, lorsqu'elles
se sont imaginées que les gens accueilleraient l'invasion et
les forces conquérantes à bras ouverts. Washington et Londres
prévoient un apaisement graduel de la résistance iraqienne après
l'arrestation de Saddam. Comme s'il était le premier instigateur
de cette résistance à partir de cette cache souterraine sans
armes, ni munitions, ni mêmes appareils de communication.
Sans
doute la capture du président iraqien déchu Saddam Hussein est
un événement important. Surtout que les forces d'occupation
américano-britanniques avaient fait de la capture de Saddam
leur objectif principal. Rien n'avait autant d'importance que
ce but, à moins que ce ne soit le désir de Bush d'instaurer
la démocratie en Iraq. A l'exemple de l'échec de la réalisation
de la démocratie, les Américains n'avaient pu capturer Saddam
jusqu'à cette semaine.
C'est
pourquoi la découverte de Saddam est de ce point de vue une
évolution non négligeable, si c'est vraiment Saddam qui a été
capturé.
Ce
sont les Américains qui ont annoncé la nouvelle de sa capture
et ce sont eux qui ont tourné ce film où il est apparu. Ce sont
eux qui ont effectué les analyses ADN pour l'identifier et ce
sont eux qui ont déclaré qu'ils étaient positifs. Nous devons
nous rappeler également que c'étaient eux qui avaient propagé
l'histoire des 7 sosies de Saddam. On pourrait dire que celui
qui a été arrêté est probablement Saddam, jusqu'à preuve du
contraire. Sa capture est intervenue à un moment critique pour
le président Bush qui s'est effectivement lancé dans la course
aux présidentielles. Partant de cette logique, analysons l'événement.
Pour
que cette analyse soit exacte, nous devons tout d'abord mettre
de côté certaines tromperies que les Américains propagent, pour
pouvoir voir l'événement dans ses dimensions réelles et pour
en déduire ce qui pourrait influencer le cours des événements
en Iraq.
Probablement
la première des tromperies est celle selon laquelle Saddam était
le principal instigateur de la résistance iraqienne, tout au
long des neuf derniers mois. Au moment de sa capture, il était
quasi seul dans une misérable cache souterraine sans armes,
ni munitions. Il n'avait qu'un seul pistolet. Si ceci prouve
quelque chose, c'est que Saddam ne contrôlait pas un énorme
réseau de communications, tout au long de ces 9 mois, lui permettant
de diriger la résistance dans les 4 coins de l'Iraq. Le général
Raymond Odierno, l'un des commandants de la 4e division d'infanterie
qui a effectué la capture, a reconnu que ses soldats n'ont trouvé
aucun appareil de communication, ni même un portable ou une
radio.
Quant
à la 2e tromperie, c'est la rumeur qu'a fait circuler le commandement
américain en Iraq, selon laquelle les actes de la résistance
sont perpétrés par des fidèles du président déchu, appelés les
fedayins de Saddam. Ces propos laissent supposer que Saddam
était un héros pour lequel on avait de la loyauté même après
sa chute.
Quant
à la 3e tromperie, elle présente la capture de Saddam comme
le dénouement de l'histoire, à l'issue de laquelle le calme,
la stabilité et la sécurité regagneront l'Iraq.
Nous
nous rappelons dans ce contexte une déclaration similaire faite
par le président Bush en mai dernier, lorsqu'il a déclaré la
fin de la guerre avec la chute de Saddam. Mais voilà que les
mois se sont écoulés et que le conflit gagne en acuité et que
la résistance a imposé aux occupants la poursuite de la guerre
jusqu'à la libération.
Les
Américains dans l'euphorie de la puissance se sont imaginés
qu'ils sont les seuls décideurs du début et de la fin de la
guerre. Effectivement, ils ont choisi son début, mais ils sont
toutefois incapables de déterminer le moment de la fin. En réalité,
la capture de Saddam ne réalise pas l'objectif des Américains,
contre lesquel le peuple iraqien s'est soulevé. Donc, imaginer
que le calme régnera après Saddam ne semble pas une vision réaliste.
Donc,
si l'on analyse correctement l'événement, la capture de Saddam
n'a rien à voir avec les combats actuels entre les forces d'occupation
américano-britanniques et la résistance iraqienne. Cette guerre
du peuple iraqien ne peut être baptisée que guerre de libération
et il est logique qu'elle ne prenne pas fin tant que son objectif
n'est pas réalisé, à savoir la libération du pays, et non pas
la capture du président déchu.
On
peut imaginer que la capture de l'ex-président de cette manière
pourrait, dans un premier temps, attiser le conflit contre les
forces d'occupation, quelle que soit la position des Irakiens
vis-à-vis de Saddam et de son régime révolu.
Celui
qui observe bien le film diffusé sur Saddam après la capture
se rendra compte que la personne qui subissait les tests était
sous sédatif. Celui-ci a été introduit à travers la bouche d'aération
visible dans la vidéo. C'est pourquoi la capture s'est faite
aisément. Cette hypothèse pourrait répondre aux interrogations
sur la capture de Saddam : Pourquoi n'a-t-il pas résisté ?
Pourquoi ne s'est-il pas suicidé ? Pourquoi n'a-t-il pas
utilisé le pistolet qu'il avait sur lui au moment de sa capture ?
Ahmed
Al-Galbi, membre du Conseil de gouvernement iraqien, a déclaré
que Saddam n'a pas du tout résisté, confirmant l'idée qu'il
avait le temps de commettre un suicide.
Mais
Saddam a été serein, contre toute attente, et suivait les ordres
des médecins comme si on l'avait privé de sa volonté.
Le
général Raymond Odierno, le commandant de l'opération militaire,
commentant en détail la capture de Saddam, déclara textuellement
que les soldats ayant exécuté l'opération ont trouvé l'ex-président
dans un état de confusion mentale, inconscient de ce qui se
passait autour de lui. Ainsi il a été dégagé avec facilité.
Nous
devons parler ici de la manière humiliante avec laquelle a été
déclarée la nouvelle de la capture, parce qu'elle pourrait augmenter
les opérations de la résistance iraqienne. Une méthode provocatrice
pour les Iraqiens et défiant les traditions arabes que les forces
d'invasion ne connaissent pas.
Paul
Bremer, quant à lui, en s'adressant à la presse mondiale et
avec le dédain des cow-boys lança : « Nous l'avons
eu », comme s'il parlait de la capture d'un animal
sauvage menaçant l'humanité.
Pire
encore, quand Raymond Odierno a été interrogé sur l'absence
de résistance de Saddam, il répondit qu'il était dans un trou
souterrain, qu'il ne put résister et qu'il a été capturé comme
un lapin.
L'ex-président
iraqien, capturé tel un animal sauvage ou un lapin, sera déféré
à la justice et sera sûrement condamné à mort. Mais ce qui déterminera
le degré de sympathie du peuple iraqien, voire de tous les peuples
arabes, avec lui ou avec le verdict, sera la manière dont il
sera traité.
Enfin,
la capture de Saddam est en soi une évolution importante dans
le conflit que les Américains ont entamé en Iraq. Cependant,
elle n'aura pas une influence à long terme sur le cours de la
guerre. Mais elle influencera certainement la campagne électorale
de Bush, si son écho continue à retentir jusqu'aux présidentielles.
Le président Bush l'utilisera pour redorer son blason devant
l'électeur américain après avoir échoué à trouver des armes
de destruction massive, l'un des motifs derrière l'invasion
de l'Iraq.
Loin
de la bataille électorale aux Etats-Unis, la guerre de libération
iraqienne continuera, malgré l'arrestation du président déchu,
et ne s'arrêtera qu'avec l'évacuation des forces d'occupation
américano-britanniques. Dire que le calme régnera c'est une
illusion comme les autres qui l'ont précédées.
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