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Chypre nord
. Les législatives se sont
soldées par une très courte victoire de l'opposition, et risquent
d'accoucher d'une situation politique instable, compliquant
la tâche de la réunification de l'île et des négociations d'adhésion
à l'Union européenne.
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Risques
de blocage |
Isolés depuis
des années au sein de leur république, les Chypriotes turcs
ont voté dimanche lors d'élections législatives considérées
comme un quasi-référendum pour ou contre la réunification de
l'île et l'adhésion à l'Union européenne. Le gouvernement nationaliste
a perdu ces élections législatives, mais l'opposition aura le
plus grand mal à tenir sa promesse de négocier avec les Chypriotes
grecs la réunification de l'île, car elle n'a pas de majorité
au Parlement.
Sur
les 50 sièges de l'assemblée, les deux principales formations
de l'opposition, le Parti républicain turc (CTP) et le Mouvement
pour la paix et la démocratie (BDH), en ont obtenu 25 sièges
(respectivement 19 et 6), tandis que les deux partis du gouvernement
sortant, celui de l'Unité nationale (UBP) et le Parti démocrate
(DP), en obtenaient également 25 sièges (respectivement 18 et
7), selon les résultats officiels. Aucun autre parti n'a passé
la barre des 5 % nécessaire pour envoyer un représentant
au Parlement. Ainsi, avec ses 19 sièges, le Parti républicain
turc peut prétendre former le gouvernement parce qu'il dispose
d'un siège d'avance sur l'UBP. Pour la première fois dans l'histoire
de cette République, l'UBP n'obtient pas une majorité des voix
et est devancé par le CTP.
Cependant, le président
Rauf Denktash a affirmé lundi que de nouvelles élections seront
convoquées dans deux mois si les députés sont incapables de
former un gouvernement. « La situation semble maintenant
complètement bloquée », a-t-il dit. « Il y
a de fortes probabilités pour que nous ayons des élections anticipées »,
a-t-il poursuivi.
Le vote des 140 000
électeurs chypriotes turcs constitue d'abord un coup sévère
pour le gouvernement sortant, et notamment pour l'UBP du premier
ministre, Dervis Eroglu, qui avait remporté 24 sièges au Parlement
il y a cinq ans, et qui n'a jamais perdu une élection législative
depuis la fondation de la République Turque de Chypre Nord (RTCN)
il y a 20 ans. Eroglu a rendu les Etats-Unis et l'Union européenne
responsables de son échec, en raison de la « guerre
psychologique » qu'ils ont menée en faveur de l'opposition
qui souhaite la réunification de l'île pour que les deux communautés
grecque et turque adhèrent ensemble à l'UE, le 1er mai 2004.
Le dirigeant du
CTP, Mehmet Ali Talat, a revendiqué la victoire, affirmant que
« les Chypriotes turcs se sont exprimés en faveur de
la paix, d'une solution (à la division de l'île) et de
l'UE. Nous allons absolument changer le statu quo ».
Mais, un peu plus tard, il a reconnu qu'il sera difficile de
négocier un accord de paix d'ici mai « si le chaos s'installe ».
Rater le rendez-vous du 1er mai est un vrai risque maintenant
que le Parlement a pris cette tournure « mais je vais
continuer à me battre », a-t-il ajouté.
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Concessions difficiles
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L'absence de
majorité va compliquer sa tâche et rendre toute concession
aux Chypriotes grecs quasi impossible, estiment les observateurs.
Les partis nationalistes et le président Denktash auront également
la partie belle de faire valoir que Talat ne dispose pas d'un
mandat franc et massif en faveur d'un règlement. Talat avait
affirmé vouloir remplacer Denktash en tant que principal négociateur
dans les négociations, interrompues depuis mars, sur un projet
de réunification de l'île avancé par le secrétaire-général
de l'Onu, Kofi Annan. Il aura maintenant le plus grand mal
à le faire, d'autant plus que le très nationaliste président,
qui dirige sa communauté depuis 40 ans, dispose d'un fort
soutien non seulement chez lui, mais en Turquie, auprès de
l'armée. Et il connaît tous les rouages du jeu diplomatique
chypriote qu'il a pour ainsi dire inventé. Nombre de responsables
turcs, à l'instar de l'ancien ministre des Affaires étrangères,
Yasar Yakis, estime d'ailleurs que M. Denktash est incontournable.
Les trois partis
de l'opposition qui affichaient un front uni, (le CTP, le
BDH, rejoint par le Parti socialiste, et le Parti pour une
solution et pour l'UE (CABP), récemment fondé par des hommes
d'affaires.) s'étaient déclarés en faveur de la reprise de
pourparlers de paix avec les Chypriotes grecs sur la base
d'un plan du secrétaire général de l'Onu Kofi Annan. Les deux
partis de la majorité sortante ont pour leur part farouchement
attaqué le « plan Annan » qu'ils voient comme
sonnant le glas de la souveraineté nationale.
Les partis de
l'opposition ont bénéficié d'une vague de soutien populaire
à la suite de l'abandon par le gouvernement, en mars, de négociations
de paix, au moment même où l'UE venait d'accepter l'adhésion,
au 1er mai 2004, des Chypriotes grecs à l'union.
Faute d'un accord
de réunification d'ici là, les Chypriotes turcs resteront
à la porte de l'Europe, et leur pays, qui n'est reconnu que
par la Turquie, continuera à vivre chichement, grâce à la
seule aide d'Ankara. L'armée turque maintient 30 000
hommes en RTCN et cette armée sera considérée au 1er mai comme
une puissance occupante d'un pays membre de l'UE, avec tous
les risques que cela comporte pour la candidature de la Turquie
au club européen.
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| Maha Salem |
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