Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Le monde en bref

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde
en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Chypre nord . Les législatives se sont soldées par une très courte victoire de l'opposition, et risquent d'accoucher d'une situation politique instable, compliquant la tâche de la réunification de l'île et des négociations d'adhésion à l'Union européenne.
Risques de blocage

Isolés depuis des années au sein de leur république, les Chypriotes turcs ont voté dimanche lors d'élections législatives considérées comme un quasi-référendum pour ou contre la réunification de l'île et l'adhésion à l'Union européenne. Le gouvernement nationaliste a perdu ces élections législatives, mais l'opposition aura le plus grand mal à tenir sa promesse de négocier avec les Chypriotes grecs la réunification de l'île, car elle n'a pas de majorité au Parlement.

Sur les 50 sièges de l'assemblée, les deux principales formations de l'opposition, le Parti républicain turc (CTP) et le Mouvement pour la paix et la démocratie (BDH), en ont obtenu 25 sièges (respectivement 19 et 6), tandis que les deux partis du gouvernement sortant, celui de l'Unité nationale (UBP) et le Parti démocrate (DP), en obtenaient également 25 sièges (respectivement 18 et 7), selon les résultats officiels. Aucun autre parti n'a passé la barre des 5 % nécessaire pour envoyer un représentant au Parlement. Ainsi, avec ses 19 sièges, le Parti républicain turc peut prétendre former le gouvernement parce qu'il dispose d'un siège d'avance sur l'UBP. Pour la première fois dans l'histoire de cette République, l'UBP n'obtient pas une majorité des voix et est devancé par le CTP.

Cependant, le président Rauf Denktash a affirmé lundi que de nouvelles élections seront convoquées dans deux mois si les députés sont incapables de former un gouvernement. « La situation semble maintenant complètement bloquée », a-t-il dit. « Il y a de fortes probabilités pour que nous ayons des élections anticipées », a-t-il poursuivi.

Le vote des 140 000 électeurs chypriotes turcs constitue d'abord un coup sévère pour le gouvernement sortant, et notamment pour l'UBP du premier ministre, Dervis Eroglu, qui avait remporté 24 sièges au Parlement il y a cinq ans, et qui n'a jamais perdu une élection législative depuis la fondation de la République Turque de Chypre Nord (RTCN) il y a 20 ans. Eroglu a rendu les Etats-Unis et l'Union européenne responsables de son échec, en raison de la « guerre psychologique » qu'ils ont menée en faveur de l'opposition qui souhaite la réunification de l'île pour que les deux communautés grecque et turque adhèrent ensemble à l'UE, le 1er mai 2004.

Le dirigeant du CTP, Mehmet Ali Talat, a revendiqué la victoire, affirmant que « les Chypriotes turcs se sont exprimés en faveur de la paix, d'une solution (à la division de l'île) et de l'UE. Nous allons absolument changer le statu quo ». Mais, un peu plus tard, il a reconnu qu'il sera difficile de négocier un accord de paix d'ici mai « si le chaos s'installe ». Rater le rendez-vous du 1er mai est un vrai risque maintenant que le Parlement a pris cette tournure « mais je vais continuer à me battre », a-t-il ajouté.


Concessions difficiles

L'absence de majorité va compliquer sa tâche et rendre toute concession aux Chypriotes grecs quasi impossible, estiment les observateurs. Les partis nationalistes et le président Denktash auront également la partie belle de faire valoir que Talat ne dispose pas d'un mandat franc et massif en faveur d'un règlement. Talat avait affirmé vouloir remplacer Denktash en tant que principal négociateur dans les négociations, interrompues depuis mars, sur un projet de réunification de l'île avancé par le secrétaire-général de l'Onu, Kofi Annan. Il aura maintenant le plus grand mal à le faire, d'autant plus que le très nationaliste président, qui dirige sa communauté depuis 40 ans, dispose d'un fort soutien non seulement chez lui, mais en Turquie, auprès de l'armée. Et il connaît tous les rouages du jeu diplomatique chypriote qu'il a pour ainsi dire inventé. Nombre de responsables turcs, à l'instar de l'ancien ministre des Affaires étrangères, Yasar Yakis, estime d'ailleurs que M. Denktash est incontournable.

Les trois partis de l'opposition qui affichaient un front uni, (le CTP, le BDH, rejoint par le Parti socialiste, et le Parti pour une solution et pour l'UE (CABP), récemment fondé par des hommes d'affaires.) s'étaient déclarés en faveur de la reprise de pourparlers de paix avec les Chypriotes grecs sur la base d'un plan du secrétaire général de l'Onu Kofi Annan. Les deux partis de la majorité sortante ont pour leur part farouchement attaqué le « plan Annan » qu'ils voient comme sonnant le glas de la souveraineté nationale.

Les partis de l'opposition ont bénéficié d'une vague de soutien populaire à la suite de l'abandon par le gouvernement, en mars, de négociations de paix, au moment même où l'UE venait d'accepter l'adhésion, au 1er mai 2004, des Chypriotes grecs à l'union.

Faute d'un accord de réunification d'ici là, les Chypriotes turcs resteront à la porte de l'Europe, et leur pays, qui n'est reconnu que par la Turquie, continuera à vivre chichement, grâce à la seule aide d'Ankara. L'armée turque maintient 30 000 hommes en RTCN et cette armée sera considérée au 1er mai comme une puissance occupante d'un pays membre de l'UE, avec tous les risques que cela comporte pour la candidature de la Turquie au club européen.

Maha Salem

Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631