Monarchie absolue,
monarchie constitutionnelle, république, dictature soviétique,
régime fondamentaliste, l'Afghanistan n'a jamais connu une véritable
démocratie tout au long d'un siècle. Pour y parvenir, des délégués
venus de tout l'Afghanistan ont entamé dimanche à Kaboul des
réunions pour débattre de la future Constitution de l'Afghanistan
dont l'adoption doit marquer une étape-clé de la stabilisation
et de la démocratisation du pays. Ils devront notamment déterminer
le rôle de l'islam et débattre de la place des femmes dans la
société, des droits de l'homme et de l'équilibre des pouvoirs
entre le gouvernement central et les provinces. Quelque 500
représentants, dont une centaine de femmes, participent aux
débats de la Loya Jirga, la grande assemblée traditionnelle,
dont la durée est prévue entre une semaine et une dizaine de
jours. L'assemblée s'est réunie, sous de larges mesures de sécurité,
dans le sud et l'est du pays, où les Talibans ont accru leurs
attaques contre les forces pro-gouvernementales et les symboles
de la présence occidentale, alors que les factions armées moudjahidines
restent les maîtres du jeu politique. « Les terroristes
sont les ennemis de la reconstruction de l'Afghanistan et les
ennemis de l'avenir de nos enfants », a dit dimanche
aux délégués le président Hamid Karzai.
L'adoption de la
nouvelle Constitution ouvrira la voie à une élection présidentielle
en juin prochain pour désigner les dirigeants afghans après
une période de transition. Celle-ci a suivi le renversement
par les Américains des Talibans, alliés d'Ossama bin Laden,
il y a deux ans, après les attentats du 11 septembre, et leur
remplacement par le gouvernement du président Karzai. « Nous
sommes un pays qui sort d'un conflit. Nous avons besoin de stabilité
et d'une paix durable », a dit le président Karzai
à l'ouverture de la convention sous de grandes tentes dans l'ouest
de Kaboul.
Le projet de la
nouvelle Constitution, qui se compose de 160 articles et de
12 chapitres, fait de l'Afghanistan « une république
islamique, indépendante, unie et indivisible » pour
concilier islam et démocratie occidentale. Il définit un régime
présidentiel, avec un président qui concentre l'essentiel des
pouvoirs, et un Parlement bicaméral. Déjà, des divergences sont
apparues au premier jour des débats quand un des quatre candidats
à la présidence de la Loya Jirga, Abdul Hafiz Mansour,
dirigeant d'un groupe de moudjahidines, a critiqué le projet
de Constitution. « Chaque gouvernement fait des constitutions
pour lui-même. Le présent projet de Constitution n'est pas fait
pour l'avenir, il est fait pour la continuation de l'actuel
gouvernement », a déclaré M. Mansour, se déclarant
favorable à un régime parlementaire. M. Mansour a souhaité de
prolonger l'assemblée et d'en faire un Parlement provisoire
en attendant les élections démocratiques prévues en 2004.
Depuis sa présentation
officielle, le texte a suscité de larges critiques et donné
lieu à d'intenses négociations et batailles politiques entre
partisans du président Hamid Karzai, réformateurs, fondamentalistes
et factions moudjahidines pour prendre l'ascendant sur l'assemblée.
Les factions afghanes, des observateurs internationaux ainsi
que des associations des droits de l'homme, estiment que le
projet de nouvelle loi fondamentale n'assurait pas une répartition
équilibrée des pouvoirs, concentrant trop de pouvoirs au sein
du gouvernement central et en particulier de la présidence,
ce qui risquait d'élargir les divisions déjà profondes entre
ethnies et factions dont souffre l'Afghanistan.
Samedi, l'ONG International
Crisis Group a estimé qu'il conférait trop de pouvoirs aux
religieux et au gouvernement central « au détriment
des forces démocratiques ». « La nouvelle Constitution
proposée pour l'Afghanistan possède des défauts importants »,
souligne l'organisation non gouvernementale basée à Bruxelles
dans un rapport diffusé samedi. « Si elle est adoptée,
cette Constitution permettrait aux religieux et au gouvernement
central de conforter leur position et d'accumuler plus de pouvoir
au détriment des forces démocratiques », poursuit le
rapport, ajoutant que l'ONG doute que la loi fondamentale ne
puisse susciter un soutien populaire réel, ériger des institutions
démocratiques et, ainsi, contribuer à la stabilité à long terme.
Grand vainqueur
des élections des délégués, M. Karzaï a rejeté les critiques
qui sont apparues sur la Constitution jugée trop peu démocratique,
se déclarant persuadé que le projet serait adopté par la Loya
Jirga. « Je ne vois aucune possibilité d'impasse »,
a-t-il dit, prévoyant néanmoins des débats vifs sur le système
de gouvernement.
Selon l'envoyé
spécial de l'Onu en Afghanistan, Lakhdar Brahimi, les problèmes
d'insécurité et les factions armées pourraient menacer le déroulement
de l'élection présidentielle en Afghanistan, prévue en juin
2004 par les accords interafghans de Bonn : « Nous
avons prévenu le Conseil de sécurité que des élections crédibles
dépendront de la création d'un environnement légal, politique
et sécuritaire dans lequel les électeurs pourront participer
à un scrutin libre et juste », a indiqué M. Brahimi.
En fait, l'insécurité interdit aux acteurs internationaux l'accès
à une partie significative du sud de l'Afghanistan, ce qui empêche
également la tenue d'élections législatives, car dans ces zones
inaccessibles et majoritairement pashtounes, le processus aboutirait
à les priver de droit de vote et à les sous-représenter au Parlement.
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