La spontanéité
et la musicalité sont les mots d’ordre de chaque fresque peinte
par le graffitiste français Marko. Bien qu'il ne lui faille
pas plus de trente minutes pour réaliser une fresque de taille
moyenne, Marko met dans cette courte durée tout son élan instinctif
et créateur. « Avec les aérosols, une simple faute veut
dire que la fresque est ratée », dit Marko,
qui, autodidacte, plonge depuis 1988 dans l’univers créatif
urbain, a touché à toutes ses disciplines, entre autres à la
musique Hip-Hop avant de se concentrer sur le graffiti.
Il
est surtout intéressé, depuis 1992, par la calligraphie arabe
qu’il aborde de façon abstraite. Bien qu’il ne parle pas la
langue arabe, il est attiré par la fluidité et la musicalité
de ses lettres. C’est ainsi que son style s’écrit depuis lors
à l’aérosol sur les murs et les toiles, en image numérique,
en vidéo, en lumière spatiale, sur des imprimés, sur des écrans
et même sur les façades des cités.
Dans l’exposition
qui se déroule au Centre culturel français d’Alexandrie, Marko
présente douze sorties numériques de moyen format, dix tableaux
peints sur cartons, et trois sur des tissus bon marché.
Pour les sorties
numériques, il a eu recours à un appareil photo manuel dont
le temps d’exposition est mis sur pause longue. A l’aide de
petits néons qu’il a fabriqués lui-même, Marko a dessiné des
calligraphies en l’air dans une pièce noire, formes qui ont
été captées par l’appareil photo. Après avoir été scannées,
les photos sont imprimées avec une encre spéciale très résistante
au temps et à la lumière. Ainsi, à la fraîcheur et à la vitalité
des calligraphies peintes une fois pour toute et sans avoir
recours à aucune retouche, s’ajoutent la luminosité et la brillance
des lettres. Un effet de gaieté sauvage et une esthétique dictée
essentiellement par l’instinct et par un sens musical très fin
se dégagent de chaque sortie numérique.
Au vernissage de
l’exposition, Marko avait présenté un diaporama de 75 portraits
pris par un photographe avec lequel il collabore souvent, Jean-Jacques
Greset. Ce dernier a fait plusieurs fois le tour du monde et
a rapporté des portraits des gens de tous les pays. Marko a
rehaussé chaque portrait d’une calligraphie abstraite à l’aide
d'un logiciel, après avoir scanné les photos à l’ordinateur.
Pour les tableaux
peints sur du carton, Marko avait choisi des bouts de carton
trouvés dans les rues. C’est ainsi que l'on pourra trouver les
noms de marques d’insecticides par exemple sur le fond d’une
calligraphie. Il ne faut pas oublier que le graffiti est un
art de la rue qui est né à New York, puis s’est diffusé en Europe
dans les banlieues défavorisées. Point de raffinement, à l’inverse
il faut que cet art continue à se développer en se nourrissant
des choses de la rue.
C’est ainsi qu’on
trouve dans cette exposition une énorme banderole sur le fond
de laquelle est écrit en arabe La Banque arabe américaine,
sur laquelle s'appose l’art abstrait de la calligraphie de Marko.
Ce dernier, qui a débuté sa carrière en peignant sur les murs,
a commencé à peindre une énorme calligraphie de quatre mètres
de hauteur et quinze mètres de largeur sur le mur de la cour
intérieure du Centre culturel français d’Alexandrie. Cette œuvre
est réalisée en collaboration avec le calligraphe alexandrin
Yousri Al-Mamlouk, et sera laissée pour toujours sur le mur
du centre.
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