Le cœur
ne bat pas pour l'ensemble des œuvres exposées actuellement
au Khan Maghrabi, mais le cerveau y reconnaît sans doute
plein de stimulus. L'aspect rationnel chez l'artiste,
ne laissant rien au hasard, notamment en ce qui concerne
ses compositions, attribue parfois aux tableaux une attitude
impartiale faisant que tout un chacun essaye de personnaliser
la référence. D'où une multitude de rapprochements avec
des œuvres et des styles connus.
Au
prime abord, c'est l'œuvre de l'architecte romain Vitruve
(en latin Marcus Vitruvius Pollio) qui fait le déclic.
Le rapprochement saute aux yeux. Vitruve, lequel a établi
tout un système de proportions et codifié les principes
de l'architecture hellénistique en suivant l'exemple du
corps humain et dont l'œuvre un peu anatomique figure
désormais sur les écrans d'ordinateurs, inspire Raouf
Raafat. Seulement ses êtres revêtent une allure plus robotique,
plus mécanique. L'homme de Vitruve tel imaginé par l'artiste
au XXIe siècle est plus pris dans le tourbillon, disproportionné,
avec souvent des bras bien longs et des têtes réduites
à la portion incongrue. « Nous avons annulé nos
cerveaux. L'homme s'est réduit à un bloc matériel. Il
compte de par le volume qu'occupe son corps, synonyme
de pouvoir et de poigne, et non de par ses facultés de
penser. L'humanité est de plus en plus dépourvue de sentiments
et d'éthiques. On porte tous des numéros ».
En tenant ses propos, en réitérant que l'on est témoin
d'une époque où tout est à l'envers, l'artiste nie cependant
toute présomption de pessimisme. Il ne fait que décrier
un état des lieux, de manière figurative et assez expressionniste
dans une certaine mesure.
Le temps
pèse sur ses citoyens étriqués. Ils portent des numéros
comme identités, ont des digicodes et forment des masses
volumineuses et imposantes de par leurs costumes et leurs
cortèges, tel cet homme d'affaires tout imbu de lui-même,
PDG d'une transnationale. Ce dernier, avec les mouchoirs
de clown en petits carreaux dans la poche, est prêt à
exécuter ses tours de prestidigitateur d'un moment à l'autre.
« Ne sommes-nous pas tous clown et prestidigitateur
dans une certaine mesure ? ».
En effet,
ce personnage mythique et contrasté du clown a quitté
l'arène et les chapiteaux du cirque pour faire partie
intégrante du quotidien. D'ailleurs, Raouf Raafat lui
avait consacré toute une exposition en 1999. N'est-il
pas un grand admirateur de Picasso lequel s'est ingénié
à peindre les clowns durant sa période bleue ?
Avec Raouf
Raafat, on a affaire à plein de détails à l'infini dans
chacun des recoins du tableau. C'est comme des êtres et
des choses en stock, comme s'il applique une méthode d'investigation
de l'inconscient. Un inconscient où le sociopolitique
plane, empiétant le pas à tout le reste : ses femmes,
ses motifs populaires, ses natures mortes, ses corps hachurés
à l'encre de chine, etc. Car même s'il s'agit d'une exposition
rétrospective regroupant excessivement des thèmes et des
sujets très différents, l'angle sociopolitique s'avère
dominant. Des collages reflètent par bribes la « formatisation »
des êtres en déconstruction : Pas de paix ni d'Etat
palestinien. Bas les opinions. Bras de fer. Un bras
de fer entre penser et arrêter de le faire.
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