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Devises . Le dollar continue sa chute face à l'euro dans le monde, mais les Egyptiens restent fidèles au billet vert. Explications.
Le dollar à tout prix

Plusieurs facteurs poussent le dollar à la baisse face à l'euro, parmi lesquels le déficit budgétaire américain et les difficultés de l'armée américaine en Iraq. Alan Greenspan, le directeur des réserves fédérales américaines, a déclaré qu'ils n'auront pas à intervenir pour redresser le dollar puisque le marché est le seul mécanisme qui doit fixer le taux de change.

Mais en Egypte, les choses restent calmes. Les gens ne se pressent pas pour acquérir des euros. « Ce qui se passe en Egypte n'a aucun rapport avec l'extérieur », résume Safaa Mohamad, directrice du département des opérations extérieures à la Banque de Canal de Suez. Elle souligne que le cours du dollar a pris une courbe descendante partout dans le monde, sauf en Egypte, où il monte. L'Egypte, semble-t-il, est moins globalisée qu'on le pense. La logique économique rationnelle voudrait que certains déposants changent leurs dépôts de dollars en euros. Mais cela ne s'est pas produit. Les dépôts en euro sont restés constants dans le total des dépôts en devises étrangères : à peu près 7 % ou 1,4 milliard d'euro en juin dernier.

« Il ne faut pas croire que les gens agissent selon la logique », commente Ali Negm, ex-gouverneur de la Banque Centrale. Sans tenir compte de ce qui se passe dans le monde et loin de la logique économique rationnelle, les Egyptiens agissent donc selon quelle logique ? Selon Negm, les gens préfèrent toujours le dollar par habitude. Mais peut-être que l'explication réside plutôt dans le fait que les gens ici ont les yeux portés sur le rapport entre la livre et le dollar, et que tous les détenteurs de dollars ont fait des gains de 100 % dans les trois dernières années avec la chute de la livre égyptienne, ce qui n'est déjà pas mal. Suivre le rapport entre le dollar et l'euro et agir en plus selon ce rapport nécessite une connaissance et des efforts.

Mais comment attendre des gens un mode d'investissement audacieux quand le gouvernement adopte lui un mode conservateur et lent, quand il gère ses propres réserves qui atteignent 14 milliards de dollars. Le dollar monopolise toujours plus de 85 % de ces réserves malgré l'insistance de plusieurs experts sur la nécessité de diversifier les monnaies qui constituent les réserves et bien que les responsables eux-mêmes aient montré une conviction quant à la nécessité d'une telle démarche. Les raisons de cette inertie sont obscures. Les responsable disent que cette démarché fait l'objet d'étude. Peut-être que le gouvernement n'est pas très motivé puisque gérer un panier de devises est beaucoup plus compliqué que gérer des réserves en dollar.

Une chose est sûre toutefois : l'économie égyptienne a beaucoup perdu dans la chute du dollar face à l'euro durant les dernières semaines. L'économie égyptienne reste très liée au dollar, et la livre subit automatiquement une baisse de sa valeur à chaque fois que le dollar chute. Par ailleurs, 45 % des importations du pays proviennent de l'Union européenne. La facture des importations a ainsi augmenté.

Il s'avère donc que la livre égyptienne ne doit pas seulement faire face à son affaiblissement face au dollar, mais elle doit aussi payer cher le prix de son mariage avec celui-ci. Jusqu'à ce que le gouvernement diversifie ses réserves en devises, la montée en puissance de l'euro continuera à frapper l'économie égyptienne.

Samer Soliman

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