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Sur le droit au retour des Palestiniens
Par Mohamed Sid-Ahmed

Le droit des réfugiés palestiniens au retour — conformément à la résolution 194 de l'Onu — est la seule question qui fait à présent obstacle à un accord global entre les signataires de l'Initiative de Genève. A part ce dossier, les négociateurs israéliens et palestiniens, qui ont passé plus de 2 ans à s'entretenir secrètement en Suisse, sont parvenus à régler presque tous les dossiers du conflit, même celui de Jérusalem qui nous semblait insoluble.

Cette initiative est l'incarnation, non d'une « paix équitable », mais d'une « paix possible ». Pourtant, elle est toujours sujet à controverses dans l'opinion publique des deux côtés. Pour Sharon, c'est une « soumission » et une « trahison ». Pour une partie importante de l'opinion publique palestinienne, elle est perçue de la même sorte. Pour gagner cette opinion publique, il est donc nécessaire de trouver une solution au problème du droit au retour tout en prenant en considération qu'Israël insiste à ne pas se référer à la résolution 194 de l'Onu.

La résolution onusienne donne aux réfugiés le droit au retour ou à des compensations. Elle fut approuvée par les parties arabes qui insistent sur son application. Les réactions palestiniennes envers l'Initiative de Genève démontrent que si l'on n'applique pas la résolution, cette initiative serait complètement vouée à l'échec. Ainsi, au lieu de conduire à l'isolement de Sharon et de son gouvernement de droite, cette initiative conduirait à l'isolement des Palestiniens toutes factions confondues face à une opinion publique internationale appuyant les efforts de paix.

Il faut que l'Initiative de Genève soit perçue comme un point de départ pour parvenir à une solution meilleure au cours de futures négociations de paix. Pour les Israéliens, le fait que les Arabes tiennent à la résolution 194 signifie qu'ils n'ont pas renoncé à leur désir d'éliminer l'Etat hébreu, même si c'est via l'arme de la croissance démographique. Ils supposent — avec tout ce qu'ils possèdent d'armes d'oppression et de domination — que les Palestiniens qui rentreraient leur raviraient la suprématie au sein de leur propre pays.

Rappelons qu'Israël avait accueilli plus d'un million de juifs russes, ce qui signifie que la question n'est pas celle du nombre de ceux qui habiteraient le pays, mais leur nature : sont-ils juifs ou palestiniens ?

L'Initiative de Genève a donné à Israël le droit de fixer le nombre de Palestiniens qui peuvent rentrer en Israël. Ainsi, le retour serait limité. Apparemment — au moins —, ceci se contredit avec le fait que le retour des Palestiniens là où ils ont des terres et des possessions est un droit. Est-il possible de concilier les deux droits palestinien et israélien ? N'est-il pas nécessaire de changer ce texte pour que les Israéliens ne soient pas les seuls à qui l'on accorde des droits ? Le droit des Palestiniens a trait à des anciennes propriétés. Mais ce droit est maintenant disputé par les Israéliens, car il va à l'encontre de leurs intérêts. Tout ceci doit donc être tranché une fois pour toutes en traitant chaque cas séparément en présence d'observateurs internationaux.


Les compensations

Pour ce qui est des compensations que l'on verserait aux Palestiniens qui renonceraient à leur droit au retour, elles doivent être semblables à celles qui seraient versées aux colons israéliens contre l'évacuation de leur colonie. D'autre part, il faut accorder des compensations importantes aux réfugiés palestiniens pour la persécution qu'ils ont subie, comme on l'a fait avec les juifs qui ont été persécutés sous Hitler et le Nazi.

Le droit des Palestiniens au retour constitue le plus grand obstacle face à un règlement. Ceci doit être pris en considération mondialement avant qu'il ne soit trop tard.

Je dis avant qu'il ne soit trop tard, car maintenant nous sommes à un moment où l'on trouve deux logiques tout à fait contradictoires, qui sont sur le point de s'affronter : celle qui place le droit au retour des réfugiés au cœur du conflit. Car le conflit a commencé par leur expulsion de leurs territoires. Peut-il donc finir par une reconnaissance arrachée aux Palestiniens que cette expulsion était légitime ? Cette logique trouve en ce qui se passe actuellement une défaite totale et définitive de la cause palestinienne. D'après l'autre logique, on doit accorder aux Palestiniens les mêmes chances qu'ont les Israéliens. Et c'est grâce à la paix que les deux parties auraient des chances égales, et au lieu de s'entretuer ils vont s'entraider pour le bien-être des deux côtés.

La première logique peut conduire à l'aggravation de la violence. Ainsi, on continuerait d'accuser les Palestiniens, les Arabes et les musulmans d'être responsables de l'escalade du terrorisme. La seconde logique est susceptible de démasquer Ariel Sharon, puisqu'il serait le seul à se dresser face à l'ordre international. Ce qui conduirait à une intensification des pressions sur lui pour l'obliger à réviser ses positions.

Le porte-parole de la Maison Blanche a déclaré que Bush n'a pas d'objection vis-à-vis de la réunion de Powell avec les signataires de l'Initiative de Genève. Mais en même temps, il a confirmé son engagement à appliquer la Feuille de route élaborée par le Quartette comme étant plus appropriée à la réalisation de la paix israélo-palestinienne. Rappelons que le gouvernement Sharon s'était opposé à la rencontre qui a eu lieu à Washington vendredi dernier.

A l'issue de sa rencontre avec le roi Abdallah II, Colin Powell a déclaré qu'il accueille favorablement les idées de l'Initiative de Genève et que ses entretiens avec Yossi Beilin et Yasser Abd-Rabbo ont été bonnes et constructives. Pourtant, il a affirmé que la priorité était à la Feuille de route, puisque le document de Genève allait plus loin. D'autre part, il n'est pas accepté par le gouvernement d'Israël, ce qui n'est pas le cas avec la Feuille de route qui, au moins, d'après les déclarations de Sharon, est acceptée. Les efforts de conciliation entre l'Initiative de Genève et la Feuille de route pourraient-ils combler les lacunes se trouvant dans l'initiative en ce qui concerne le droit des Palestiniens au retour ? Peut-on ainsi réussir à faire éviter à la nouvelle initiative de paix de connaître les échecs qu'ont connu ses prédécesseurs ?

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L'Italie ... après les Etats-Unis

Par Salama A. Salama

Les pays qui défendent le plus la liberté d'expression et de la presse sont ceux qui recourent le plus souvent aux moyens détournés pour opprimer les journalistes et bâillonner les libertés. Toutefois, cette oppression se fait par la loi. A cet égard, aucune différence n'existe entre pays développés et pays sous-développés, entre pays démocratiques et pays non démocratiques.

Depuis les événements de septembre 2001, les médias occidentaux ont été témoins d'une régression majeure des libertés. Et ce sous prétexte de contribuer à la lutte contre le terrorisme. Ce sont les Etats-Unis qui ont mis la plupart des pays européens sur la voie d'imposer un système de contrôle militaire et politique sur les médias. Et compte tenu de l'importance et de la large diffusion des médias par satellite, les Etats-Unis ont introduit des amendements dans les lois qui les régissent. Ces amendements permettent aux grands réseaux satellites de resserrer l'étau sur les autres médias qui leur sont soumis. Une loi relative à ce sujet a été promulguée par le Congrès à la suite de discussions marathon.

A la suite de cette mesure, le premier ministre italien Silvio Berlusconi, propriétaire d'un empire médiatique colossal, s'est empressé de faire adopter une loi imposant davantage de restrictions sur les médias. Fait qui permet à son empire de réaliser un monopole et de contrôler les médias italiens. Ni les manifestations ni les protestations n'ont pu éviter la nouvelle législation qui a été adoptée par le Sénat avec une majorité de 155 voix contre 128. L'Italie est devenue ainsi le premier pays européen à emprunter la même voie que celle des Etats-Unis en ce qui concerne les restrictions de la liberté de la presse.

L'attitude américaine s'est même reflétée sur les chaînes arabes qui couvraient les événements de la guerre contre l'Iraq. En effet, les Etats-Unis n'ont pas hésité à attaquer l'étage où étaient logés les journalistes à l'hôtel Al-Rachid, à Bagdad, et à menacer les correspondants de la chaîne Al-Jazeera. Plus encore, le Conseil de gouvernement transitoire iraqien a décidé la semaine dernière de fermer le bureau de la chaîne Al-Arabiya à Bagdad sous prétexte que celle-ci a diffusé une bande sonore du président déchut Saddam Hussein dans laquelle il attaque les membres du conseil et invite le peuple à lutter contre eux. Et ce en se basant sur des prétentions du secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, selon lesquelles les deux chaînes Al-Arabiya et Al-Jazeera diffusent de façon agressive les attaques contre les forces de la coalition.

Malheureusement, au moment où ferment les bureaux des chaînes arabes en Iraq, Washington s'apprête à lancer une chaîne américaine d'expression arabe financée par l'Administration américaine au nom de Middle East Television Network, afin de contrer l'influence des chaînes arabes. L'Administration américaine a affecté à la nouvelle chaîne un montant de 30 millions de dollars pour l'année 2004. Il s'agit d'une chaîne d'information qui complète l'activité de la radio Sawa et de la revue Hi, toutes deux d'expression arabe. C'est ainsi que l'invasion médiatique américaine est devenue une politique officielle déclarée qui n'a nullement besoin d'être cachée.

 

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