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Palestine . Vice-président du bureau politique du Hamas et chef de la délégation de l'organisation aux négociations interpalestiniennes du Caire, Moussa Abou-Marzouq analyse les raisons de l'échec des factions palestiniennes à conclure une trêve.
« Un cessez-le-feu aurait réduit les pressions
sur Sharon
 »
Al-Ahram Hebdo : Sur quoi les discussions entre les factions palestiniennes au Caire ont-elles achoppé ?

Moussa Abou-Marzouq : Il y avait deux sujets à l'ordre du jour des discussions. Le politique qui se penchait sur une évaluation de la situation actuelle et s'efforçait de fixer les objectifs palestiniens lors de l'étape à venir. La lutte, la question des prisonniers, le siège ... Sur ce point, il y avait presque une identité de vue entre les douze mouvements. L'autre sujet concernait l'organisation, c'est-à-dire les mesures à prendre sur le terrain et les moyens de gérer le conflit, c'est sur ce point que des divergences sont apparues. Parce qu'il existe deux positions sur la scène palestinienne, qui créent des dissensions depuis 1994 : le règlement pacifique et la résistance. Curieusement, les deux ont survécu ensemble avec la même intensité, et c'est un fait sans précédent dans l'histoire des mouvements de libération. De plus, aucun conflit armé n'a opposé les tenants de ces deux processus, mais le différend vient du fait que l'Autorité palestinienne est liée avec l'ennemi sioniste par des accords et voudrait que ceux qui prônent la résistance se conforment à ces textes. Ce qui n'est pas possible pour nous, puisque nous n'en sommes pas convaincus.

— Mais plus précisément, c'est sur une déclaration de cessez-le-feu que le dialogue interpalestinien a échoué ...

— Il y a en effet deux raisons à cet échec : la trêve et le mandat à accorder à l'OLP. Tout d'abord la résistance, qui ne fait plus partie du programme de l'autorité depuis les accords d'Oslo ; pour ce, elle nous demande d'accepter une trêve dans le cadre de ses engagements. Ce différend de principe a fait que deux options ont été proposées lors des réunions. La première appelle à une trêve parce que la situation internationale l'exige, qui ne soit pas gratuite ou inconditionnelle, c'est-à-dire qu'Israël doit avoir des obligations à respecter. L'autre proposition était de vérifier d'abord ce que l'ennemi va faire sur le terrain, si vraiment il s'agit d'une trêve réciproque, puis d'en discuter. C'est ça le litige : les conditions avant ou après un cessez-le feu ? Mais nous étions cependant unanimes à dire qu'il fallait épargner les civils, c'est un point positif pour notre lutte et cela constitue une réponse aux appels internationaux. Mais je suis sûr que l'ennemi n'acceptera jamais la démarche.

L'idée de mandater l'Autorité palestinienne pour discuter avec Israël fut l'autre point de discorde. Il était inacceptable pour nous d'accepter une telle idée, alors que certaines factions dont le Hamas ne sont pas représentées au sein de l'OLP. Celle-ci n'est donc pas représentative de tout le peuple palestinien. Notre proposition était donc de former une nouvelle direction qui regroupe tous les mouvements, et qui fixe les objectifs politiques de l'étape à venir, mais une telle idée risquait de provoquer davantage de divisions interpalestiniennes, car certains la considéraient comme une alternative à l'OLP même. Et que deviendrait Abou-Ammar (Yasser Arafat) ?

— Si ces divergences existaient depuis des années entre vous, pourquoi vous êtes-vous réunis au Caire ? Vous deviez vous attendre à devoir faire des concessions ...

— Nous avons déjà accepté une trêve en juin et nous l'avons respectée jusqu'à ce qu'elle ait été violée par Israël. Donc, le principe en lui-même n'est pas rejeté parce qu'il ne faut pas oublier que la résistance est aussi une action politique, avant d'être un combat. Cependant, nous pensons qu'il serait grave d'accepter une trêve en ce moment parce que la situation a bien changé depuis le 29 juin. A cette époque, les Etats-Unis venaient de sortir de leur guerre en Iraq comme un taureau irrité. Le secrétaire d'Etat, Colin Powell, s'est adressé à la Syrie sur un ton hautain, affirmant que les Américains sont désormais les voisins des Syriens. Sharon a suivi la même ligne en menaçant d'incursion et en comparant Arafat à Saddam Hussein. Le président palestinien a été donc obligé d'accepter les exigences américaines de séparer les ministères de la présidence et d'unifier les instances de sécurité, provoquant un véritable désordre sur la scène palestinienne. Les gouvernements arabes étaient, eux, tendus sous la pression, ils guettaient la prochaine étape américaine. L'Europe parlait de terrorisme et notamment celui du Hamas. Alors notre mouvement a décidé d'arrêter les opérations militaires pour que la décision soit propre aux Palestiniens et non pas imposée. On a donné ainsi le temps aux pays arabes de respirer et de résister aux pressions. Aujourd'hui, la situation est autre. Il y a une résistance en Iraq qui a bouleversé les Américains. Ces derniers veulent du calme sur la scène palestinienne pour pouvoir régler leur problème avec les Iraqiens. Est-il envisageable que la résistance augmente en Iraq et que nous, on déclare une trêve ? Qu'Israël soit en crise et cherche à l'exporter en bombardant la Syrie et que je sauve Sharon ? Ses slogans sont lettre morte : 100 jours pour maîtriser l'Intifada ou laisser l'armée vaincre. Ses moyens ont été inefficaces, il a isolé Arafat, occupé la Cisjordanie, détruit les maisons. Alors qu'il est en plein crise, nous les Palestiniens nous chercherions à lui apporter la sécurité en déclarant une trêve ? Ce serait une grave erreur.

— L'Egypte, en accueillant ces réunions, comptait-elle utiliser cette carte pour faire pression sur les Etats-Unis ou embarrasser le gouvernement Sharon ?

— En ce moment, il peut y avoir un vide, parce que Washington s'approche des élections présidentielles. En Israël, il y a un gouvernement de droite extrémiste, donc il n'y a pas de volonté de parvenir à la paix. Alors, l'Egypte voudrait parvenir à quelque chose avant les élections américaines et couper l'herbe sous le pied de Sharon qui cherche à imposer le fait accompli en construisant son mur de séparation. C'est un bon objectif, mais les moyens de l'atteindre doivent être soigneusement examinés pour ne pas porter atteinte aux intérêts palestiniens et doivent être évalués en fonction de nos principes. Omar Souleymane a fait des propositions qui ont été appréciées par les factions palestiniennes et ceci a constitué le principal point à l'ordre du jour.

Nous apprécions beaucoup ce que le ministre Omar Souleymane nous a offert. Il nous a permis de nous rencontrer deux fois en un an, alors qu'en raison de nos différends, nous ne sommes pas réunis depuis 25 ans. C'est un apport qui permettra de renforcer la volonté palestinienne et de nous unifier. A mon avis, l'Egypte est consciente que les frontières de sa sécurité nationale ne se limitent pas au Sinaï, mais qu'elles s'étendent jusqu'à la Palestine et bien au-delà, dans les autres pays arabes. Elle ne peut ainsi rester en dehors du conflit palestinien. Celui-ci la préoccupe aussi bien que les Palestiniens. Elle sent toujours qu'elle a des obligations et nous accorde donc des facilités, sans toutefois nous imposer quoi que ce soit.

— Pourquoi y a-t-il toujours, côté palestinien, différents points de vue, diverses réactions et positions, des accords officiels et d'autres officieux ?

— C'est assez récent. Le pouvoir de décision palestinien est émietté, déchiqueté et la direction palestinienne est absente de la rue, elle a vieilli et ses institutions sont en panne. Le Fatah n'est plus un seul mouvement. Il y a plusieurs points de vue, mais des divergences profondes au sein du parti. Certains croient au règlement politique, d'autres prônent la lutte armée et d'autres mélangent encore les deux options. La direction ne contrôle plus le rythme politique du processus de paix. Alors on trouve des ministres et membres d'un haut comité exécutif ou du Conseil législatif ou de l'OLP qui partent signer l'initiative dite « de Genève » et ensuite ils affirment agir de leur propre chef !

— Pensez-vous que l'accord de Gève est l'accord le plus dangereux de l'histoire palestinienne, bien qu'il ne soit pas officiel ?

— Cet accord est le pire document politique signé entre Palestiniens et Israéliens depuis les accords d'Oslo. Cette initiative a parié sur l'ennemi et sur une division de ses rangs, en lui prouvant qu'il a désormais un interlocuteur qui cherche la paix. Et ce pari touche aux fondements mêmes de la cause palestinienne, c'est-à-dire Jérusalem et les réfugiés. Est-ce que je dois renoncer à mes valeurs fondamentales pour diviser l'ennemi ? C'est catastrophique. La tactique des Palestiniens et des Arabes en général, pour gérer le conflit, a toujours été de lancer des initiatives pour embarrasser l'ennemi. On lui propose des initiatives gratuites, comme l'offre généreuse de Beyrouth, qui a été immédiatement rejetée par Israël. Ce dernier cherchait ainsi à nous pousser vers davantage de concessions. Ainsi la courbe des accords est en baisse continue. Tous ces documents sont des calmants, ils sont mort-nés. Genève, Oslo ou une centaine d'autres plans ne peuvent pas enterrer la question palestinienne. Tant que la terre est là, la question des Lieux saints et des réfugiés sera toujours d'actualité jusqu'à la fin de l'occupation. L'Autorité palestinienne a commis une grave erreur en adoptant une ligne unique, celle des négociations, et elle a complètement échoué. Cela fait une dizaine d'année qu'elle est assise à la table des négociations sans rien obtenir. Nous acceptons qu'elle essaye, qu'elle discute, mais nous refusons que ce soit l'unique option. Nous les appelons à laisser le champ grand ouvert à toutes les options, y compris la résistance.

Propos recueillis par
Samar Al-Gamal

 

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