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Proche-Orient . Mohamad Al-Nazzal, membre du bureau politique du Hamas, dont la formation rejette en bloc l'initiative de Genève, évoque les failles de ce documents et les raisons de son refus.
« L'Initiative de Genève
est le pire de tous les accords
 »

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi votre mouvement a-t-il rejeté l'Initiative de Genève ?

Mohamad Al-Nazzaal : Ce n'est pas uniquement le Hamas qui l'a rejetée, mais la douzaine de factions palestiniennes qui se sont réunies au Caire. Cet accord est le plus dangereux document politique signé entre Palestiniens et Israéliens depuis les accords d'Oslo. Ces derniers, aussi mauvais soient-ils, reportaient les questions fondamentales, c'est-à-dire l'homme et la Terre, au statut final, mais le document de Genève les a tranchées en faveur des Israéliens. Concernant l'homme, ce dit accord de paix a été plus faible que les résolutions internationales elles-mêmes comme celle n°194 de l'Assemblée générale de l'Onu, qui parlait soit du retour des réfugiés soit de leur compensation, mais le document de Genève a annulé le droit de retour des 4 millions de réfugiés palestiniens. Soient qu'ils restent là où ils sont, soient qu'ils demandent à être installés dans un autre pays, c'est ça ce qu'il propose. Quant à la Terre ou bien l'Etat palestinien, on est passé, avec Oslo, d'un Etat sur tout le territoire vers un Etat en Cisjordanie et dans la bande de Gaza avec Jérusalem comme capitale. Aujourd'hui, le document parle d'une capitale sur 15 % de Jérusalem, d'un Etat démilitarisé avec souveraineté incomplète que les Israéliens peuvent envahir à n'importe quel moment. Une réserve donc. La Ligue arabe peut-elle accepter un tel Etat ? !

— Ne s'agit-il pas d'un plan de paix informel qui ne doit donc pas susciter vos craintes ?

— Mais, qui a mandaté ces personnes de signer le document ? Elles se prétendent des personnalités non officielles et c'est là une tricherie. Le chef de la délégation palestinienne, Yasser Abd-Rabbo, est membre du comité exécutif de l'OLP et ex-ministre de l'Information et de la Culture. Hicham Abdel-Razeq, Nabil Al-Qasis et Qaddoura Farès sont tous des ministres qui ont participé à cette initiative avec Jibril Rajoub, conseiller du président palestinien pour la sécurité, qui a prononcé un discours en son nom. Alors, comment peut-on parler d'un plan informel ? Par contre, du côté israélien, aucune personnalité officielle n'a participé.

— Ceci ne devrait pas mettre Ariel Sharon dans l'embarras ?

— Mais la tactique ne devrait pas être en contradiction avec la stratégie. Il est impossible de renoncer au droit de retour par exemple pour faire pression sur Israël ou sur la communauté internationale. Sharon a rejeté cet accord non parce qu'il n'est pas en sa faveur, mais parce que ses adversaires politiques l'ont signé et parce qu'il a bien étudié la psychologie des Palestiniens. A ses yeux, ces derniers passent d'une concession à une autre, la courbe des accords est en chute. L'encre de la Feuille de route n'a pas encore séché et ils ont accepté un accord plus faible que ce plan de paix. Israël attend davantage de concessions, c'est sa politique : ils attendent un peu et proposent un accord encore plus mauvais où il y a aura davantage de concessions.

— Dans ces conditions, si telle est la politique de Sharon, est-il prévisible que son gouvernement chute ?

— Tout pari sur la chute du gouvernement du Likoud serait erroné. La chute de Sharon ne permettra pas l'arrivée de la gauche israélienne ou du parti du Travail, qui traverse la crise la plus importante de son histoire. Bien au contraire, son successeur potentiel serait soit Shaul Mofaz, actuel ministre de la Défense, soit Benyamin Netanyahu, ministre des Finances et ex-premier ministre, et tous deux suivront la même ligne politique. Bien sûr la scène intérieure israélienne nous intéresse, mais ce serait une illusion de compter sur les changements au sein de l'autre partie, de rester les bras croisés en attendant qui viendra à la tête du cabinet israélien comme on l'a fait pendant plus d'une trentaine d'années. Il ne faut jamais oublier que la direction palestinienne avait mis tout son espoir sur Shimon Pérès qui une fois au pouvoir a perpétré le massacre de Qana, puis sur Ehud Barak qui a été à l'origine du déclenchement de la dernière Intifada.

Propos recueilli par Samar Al-Gamal
Genève vue d'Egypte

Avec une position qui semble vouloir satisfaire en même temps Grecs et Troyens, l’Egypte a salué l’initiative des accords de Genève, tout en se gardant de faire des commentaires sur le contenu de ses textes. « L’Egypte encourage toute initiative qui fait asseoir les parties au tour de la table de négociation. Ceci parce que cet acte pousse les acteurs à avoir de nouvelles idées », affirment des responsables égyptiens. Selon ceux-ci, le grand avantage de l’Initiative de Genève est le fait qu’elle prouve qu’il existe toujours un partenaire palestinien pour les négociations de paix, contrairement aux affirmations de Sharon. L’autre avantage de cette initiative, vue du côté égyptien, est le fait qu’elle ressuscite l’espoir aussi bien chez les Palestiniens que chez les Israéliens de parvenir à un accord à travers les négociations, notamment sur certains des points épineux. « Ce que nous considérons comme étant le plus intéressant dans cette initiative est le fait qu’elle ait ravivé le camp de la paix en Israël. Aujourd’hui, nous voyons que celui-ci reprend des forces. On observe que les Israéliens sont retournés dans les rues pour manifester pour la paix », explique Mohamad Bassiouni, ancien ambassadeur d’Egypte en Israël. Mais sur les réactions mitigées que l’Initiative de Genève a soulevées au sein de la société palestinienne, notamment sur la question des réfugiés, les Egyptiens s’expriment avec beaucoup de prudence. « Le document de l’Initiative de Genève n’a pas été signé par des gouvernements. C’est une simple initiative de représentants des sociétés civiles des deux cotés, comme c’est le cas de l’ancien ministre de l’Information, Yasser Abd-Rabbo, et l’ancien ministre israélien de la Justice, Yossi Beilin. Pour cette raison, ce document n’a aucune valeur juridique contraignante. Donc, on peut conclure aussi que les textes peuvent encore être négociés et rectifiés », explique Bassiouni. En réalité, selon de nombreux avis au sein de la société palestinienne, la question des réfugiés n’a pas été traitée avec soin ou avec le souci de défendre convenablement les intérêts des réfugiés. « On y a vendu pas cher les intérêts de 4 millions de Palestiniens vivant aujourd’hui en exil ou qui ont perdu leurs propriétés lors de la création de l’Etat d’Israël », dit un descendant d’un réfugié palestinien ayant requis l’anonymat. Et d’ajouter : « En lisant le document, on a l’impression qu’on n’a pas accordé suffisamment d’intérêt à cette question. De plus, les termes avec lesquels on traite la question des dédommagements ne semblent pas suivre non plus les intérêts des réfugiés ». Mais pour Bassiouni, tout est une question de négociations et de marchandage. Ceci d’autant plus qu’il n’y a aucun représentant officiel des gouvernements impliqué dans l’élaboration du document.

La présence du conseiller politique du président Moubarak, Ossama Al-Baz, lors de la signature de l'initiative parmi les responsable égyptiens représente-t-elle un aval total de l'Egypte à l'initiative ? Au Caire, on s'en défend. « Ossama Al-Baz n’a pas été présent en tant qu’acteur, ni n’a pris position lors des négociations ou de l’élaboration du document, mais il était là en tant que spectateur pour exprimer l’appui moral de l’Egypte à l’initiative tout comme de nombreuses autres personnalités internationales présentes lors de la cérémonie à Genève ». a-t-on fait valoir.

Pour l’Egypte, la priorité à l’heure actuelle reste celle de remettre sur les railles le processus de paix et ceci par le moyen de l’application des termes de la Feuille de route. « Le plus grand avantage de l’Initiative de Genève est que celle-ci devra être une forme de pression sur le gouvernement israélien, qui l’obligerait à respecter la Feuille de route. Et c'est ce qu'on a remarqué par les dernières déclarations de Georges W. Bush, qui s’est dit favorable à toute initiative visant à entraîner un pas, quel qu’il soit, sur la route de la paix ».

Randa Achmawi
 

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