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Proche-Orient . L'Initiative de Genève ignore le droit des réfugiés palestiniens au retour. Ce qui remet en cause le fond même de la cause palestinienne.
L'affaire oubliée

Le droit au retour des réfugiés palestiniens reste la question la plus épineuse et la plus complexe du conflit israélo-palestinien. Le résoudre d'une manière globale et juste est essentiel pour créer une paix durable. Cette affaire est au fond de la problématique. Elle est née en 1948, au moment de la création de l'Etat d'Israël, du formidable exode des populations arabes de Palestine qui ont fui leur terre à cause de l'avance des forces armées juives qui avaient reçu pour consigne de faire partir le maximum de gens du futur territoire de l'Etat d'Israël.

Le plan de Genève, que le premier ministre israélien Ariel Sharon a qualifié de « dangereux » pour son pays, engage notamment les Palestiniens à renoncer de facto au droit au retour en Israël des réfugiés palestiniens. Ce qui a été totalement refusé par l'opinion palestinienne. Le Comité populaire des réfugiés palestiniens a publié un « article » pour le public dans lequel il a insisté sur le refus de l'accord de Genève, surtout parce qu'il néglige la question des réfugiés. « Le comité ne permettra jamais, à personne, de surpasser les résolutions de l'Onu et personne ne peut rien décider pour les réfugiés palestiniens, sauf les réfugiés eux-mêmes ». Les représentants du Comité populaire des réfugiés palestiniens se sont adressés au président Arafat pour confirmer leur refus de l'accord de paix avec tout ce qu'il contient et en lui demandant d'annuler « les décisions des personnes qui veulent réaliser leur profit personnel, qu'ils soient Palestiniens ou Israéliens ». De même, des réfugiés palestiniens au Liban ont manifesté contre l'Initiative de Genève. « L'Initiative de Genève est une trahison. Notre peuple ne reconnaît pas ceux qui l'ont lancée », pouvait-on lire sur une banderole à l'entrée du camp. Un communiqué distribué au camp, signé du « commandant de la révolution palestinienne », qualifie l'Initiative de Genève de « catastrophe nationale » et la « rejette catégoriquement. Elle annule la résolution 194 de l'Onu qui garantit le droit de 5 millions de réfugiés palestiniens au retour dans leurs foyers et blanchit Israël de sa responsabilité historique, juridique et morale de son crime d'usurpation de la terre de Palestine », souligne le communiqué.

Le front du refus va aussi des islamistes du Hamas et du Djihad à la gauche incarnée par les deux fronts, le FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) et le FDLP, (Front Démocratique de Libération de la Palestine) en passant par des franges non négligeables du Fatah. Remettre en cause le droit au retour, c'est, selon eux, renoncer au fondement même de la lutte nationale palestinienne.

Or, que dit le pacte de Genève ? Tout en citant l'article 194, il stipule que le droit au retour ne s'exercera que dans les limites du futur Etat palestinien, Israël se réservant le droit d'accueillir un certain nombre de réfugiés, qu'il est libre de fixer. Mais ce serait une erreur de croire qu'ils désirent tous revenir là où ils vivaient en 1948. Tout dépend de la manière dont la question est formulée : si on leur demandait s'ils sont prêts à prendre la nationalité israélienne pour exercer leur droit au retour, la majorité répondrait probablement par la négative. Selon un sondage, mené l'été dernier par le Centre Palestinien d'Etude et de Recherche Politique (CPERP), seuls 10 % des réfugiés de 1948 présents en Cisjordanie, dans la bande de Gaza, au Liban et en Jordanie penseraient à s'installer en Israël et à obtenir la nationalité israélienne. Même Yasser Arafat a reconnu, en février 2002, en catimini, que le droit au retour ne pourrait s'exercer que symboliquement et que seul le cas des 200 000 réfugiés dans les camps du Liban posait problème.

Le même Yasser Arafat, avec sa prudence et sa duplicité, diront ses détracteurs habituels, n'a salué l'Initiative de Genève que du bout des lèvres : il « soutient tout effort » pour la paix, mais n'a pas manqué de faire remarquer son caractère « non officiel ». Sans doute attend-il de voir comment le vent tourne.

Quant à Sharon, lorsque le gouvernement israélien a donné son accord partiel à la Feuille de route pour la paix, une initiative de paix initiée par les Etats-Unis, il a donné une liste de 14 conditions au secrétaire d'Etat, Colin Powell. Une fois ces conditions reconnues, le gouvernement israélien approuverait la Feuille de route. Une de ces conditions révoque le droit au retour des réfugiés palestiniens. Car Israël refuse depuis toujours la mise en œuvre intégrale du droit au retour des réfugiés, arguant du fait que cela signifierait la fin de l'Etat juif à cause du changement démographique que cela impliquerait. On le voit, ce sont des laissés-pour-compte, ces 4 millions de réfugiés, dont 3,6 millions vivent au Moyen-Orient. Yossi Beilin, lui, estime à 30 000 seulement le nombre de ceux dont le retour serait autorisé. Une manière de mettre la croix sur tous les autres.

Aliaa Al-Korachi
 

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