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Al-Ahram
Hebdo : Certains récents meurtres remettent sur le
tapis la question de la criminalité. On a l'impression que le
taux de la criminalité a augmenté en Egypte. Est-ce vrai ?
Abdel-Réhim Qénawi :
Il est normal qu'avec la croissance démographique, le nombre
de crimes augmente. La criminalité est tributaire des changements
économiques, sociaux et politiques. Si la situation s'améliore,
la criminalité baisse et vice versa. D'après les chiffres dont
nous disposons, le nombre crimes est en baisse. Les meurtres
et tentatives de meurtre sont passés de 843 cas en 1993 à 538
cas en 2002. Il est impossible pour la police d'anticiper des
crimes comme celui de la semaine dernière, car chaque cas a
des circonstances propres et on ne peut le découvrir qu'à son
exécution. En se basant sur les statistiques, on peut définir
un plan pour lutter contre un phénomène particulier, mais pas
le meurtre. Le vol à main armée est également un des phénomènes
auquel nous accordons beaucoup d'importance, car il peut provoquer
chez les victimes un traumatisme psychique, notamment les femmes
et les enfants. Sa réduction est fondamentale pour maîtriser
la situation sécuritaire dans la rue égyptienne. C'est un effort
que nous soutenons. Ainsi, malgré les difficultés économiques
actuelles, les vols à mains armée sont passés de 339 cas en
1993 à 316 cas en 2002.
— La nature
des crimes et leurs formes ont-elles changé ?
— Les crimes
ne changent pas en soi. Cependant, certains phénomènes comme
les tueurs à gage, les caïds et autres gangsters à la forte
renommée dans le domaine du crime ont presque disparu parce
que la police dispose de moyens sophistiqués et d'un personnel
très bien formé qui a pu venir à bout de ce genre de crimes.
Dans le même temps, il y a de nouveaux crimes qui ont surgi
sur la scène avec les développements économiques, l'apparition
d'Internet et des cartes de crédit. Il existe désormais des
crimes et des délits informatiques : piratage de sites,
reproduction de systèmes, création de sites pornographiques,
homosexuels, blasphématoires, vente d'organes, blanchiment d'argent,
infraction aux lois de la propriété intellectuelle, détournements
de cartes de crédit, etc. Ce genre de crime se déroule dans
des conditions de relative sécurité pour ses auteurs et il est
plus rentable aussi.
— Un autre
changement ne serait-il pas représenté par une intrusion de
la criminalité au sein de l'élite ou d'une classe aisée jusqu'ici
épargnée ?
— Dans chaque
secteur de la société, il y a de bons et de mauvais éléments.
Pour juger si le crime s'est répandu au sein d'une nouvelle
classe, et qu'il y a donc phénomène, il faudrait qu'il y ait
des incidents récurrents à des intervalles proches. Ce qui n'est
pas le cas. Qu'il fasse partie de l'élite ou non, c'est après
tout un citoyen comme un autre qui peut commettre des erreurs.
— Cette
catégorie de riches ne se distingue-t-elle pas par certaines
choses, dont la possession de multiples armes et la protection
rapprochée ?
— Certaines
célébrités et hommes d'affaires ont eu recours aux gardes du
corps comme une sorte de show. Mais c'est un phénomène qui n'existe
presque plus. Quant au port d'armes, il est réglementé par la
loi qui établit les conditions d'obtention du permis.
— Tout
le monde s'est interrogé sur la provenance des armes utilisées
par Aymane Al-Séwidi. Possédait-il un permis de port d'armes ?
— Aymane Al-Séwidi
n'avait pas de permis. En revanche, son père en possédait plusieurs
en tant que champion de tir et membre du club de chasse, mais
aussi pour sa défense personnelle. Trois de ses armes ont été
trouvées sur le lieu du crime. Lorsque le Parquet a interrogé
le père, Awni Al-Séwidi, celui-ci a affirmé que son fils avait
pris ces armes à son insu. Le ministère de l'Intérieur a décidé
de lui retirer les permis.
— Certains
chiffres parlent de la présence de quelque 500 000 armes
sur le marché, dont certaines sans permis. Qu'en pensez-vous ?
— Je pense
que ce chiffre est un peu exagéré. Mais en tout cas, il y a
dans tous les pays du monde des armes sans permis. En 2002,
les crimes commis à l'aide d'armes illégales s'élèvent à 332
sur un total de 538. Tout citoyen a le droit d'obtenir un permis
de port d'armes s'il répond aux conditions requises. Les critères
d'âge, d'aptitude physique, son casier judiciaire, ne pas avoir
la réputation d'être impulsif ou consommer de la drogue figurent
parmi les conditions. Dans ce cas, il peut obtenir un pistolet
ou un fusil à cartouches pour le tir et la chasse. Les sportifs
internationaux qui pratiquent le tir ou la chasse peuvent obtenir
jusqu'à dix pièces. Dans les autres cas, il doit présenter une
demande avec justification. Les armes automatiques et semi-automatiques
ne sont pas autorisées. Lorsqu'il s'agit d'armes importées,
elles sont envoyées au laboratoire de criminologie pour être
examinées et déterminer leur danger. Ainsi, en 2002, sur 1908
demandes de permis, seules 249 ont été délivrées.
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