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Chômage . Le gouvernement offre 115 000 emplois. Des milliers de jeunes diplômés se sont précipités vers les bureaux de poste pour obtenir les formulaires à remplir. Reportage.
La course aux postes
Entrer dans un bureau de poste au Caire ces jours-ci est une mission impossible. Des centaines de jeunes diplômés attendent des heures durant pour retirer des formulaires de demandes d'emploi après l'annonce du ministère du Développement administratif de la création de 115 000 emplois pour l'année 2004 dans les différents gouvernorats. En fait, 3 600 bureaux sont chargés de la distribution de ces formulaires, au prix de 5 L.E. chacun. Mais, en dehors de la poste, ces formulaires se vendent à 7 et parfois à 10 L.E. sur le marché noir. Certains jeunes diplômés ont préféré ainsi se rendre à l'Organisme national de la poste, à Ataba, au centre du Caire, pour retirer les formulaires à 5 L.E. Là, le bureau est bondé, tout le monde se bouscule dans une tentative d'arriver aux guichets. Ceux qui réussissent l'exploit sont éparpillés ici et là pour remplir les papiers nécessaires. « Les formulaires ayant été épuisés dans le bureau de poste de mon quartier, je me suis rendue à la poste principale du Caire parce que les chances d’en trouver en grand nombre sont plus importantes. Mais il est encore plus difficile de se frayer un chemin », explique Samar, jeune diplômée.

Bien que le gouvernement ait bien précisé que ce sont uniquement les candidats qui ont obtenu leur diplôme avant 2001 qui ont le droit de se présenter, des diplômés de 2002 et 2003 ont retiré des formulaires : « Je connais les conditions de candidature, mais peut-être que par un coup de chance j'obtiendrai un poste », explique Fatma, jeune diplômée de 2002.

Quoique enthousiasmés par ces offres d'emplois, les jeunes diplômés ont des doutes sur la crédibilité des critères de choix, voire sur l'existence même de ces emplois. « Je suis venu seulement pour ne pas regretter d'avoir loupé l'occasion, même si je doute de la crédibilité de l'affaire en entier, d’autant plus que je n'ai pas obtenu de poste la fois passée, en 2001. Il y a trop de candidats par rapport au nombre d'emplois disponibles », avoue Ahmad Abdallah, diplômé de la faculté d'agriculture depuis 1989. « Nous savons bien que le gouvernement traverse une crise économique ; la somme de 5 L.E. qu'on paie pour le formulaire, multipliée par le nombre de formulaires distribués, constituera pour lui une assez grosse somme », ajoute-t-il d'un ton sarcastique.

C'est la deuxième fois, en fait, que le gouvernement a recours à un tel appel d'offres. Déjà en août 2001, il avait annoncé qu'il allait assurer 170 000 nouveaux emplois. Des milliers de jeunes avaient rempli les formulaires et la plupart d'entre eux n'avaient pas réussi à décrocher un poste.

De son côté, le gouvernement assure que « les postes en question sont de vrais postes fournis par les gouvernorats et ce sont ces derniers qui nous ont affirmé leur besoin de diplômés de diverses spécialisations », explique Hassan Sayed Ahmad, vice-ministre au ministère du Développement administratif. Et d'ajouter que la priorité sera accordée aux meilleurs candidats qui répondent aux critères, notamment le degré scientifique, l'ancienneté du diplôme et la mention obtenue.

Or, cette initiative est vivement critiquée par Hussein Abdel-Razeq, du parti du Rassemblement, qui estime qu'il s'agit d'un gros mensonge : « Le seul but du gouvernement est de calmer l'opinion publique ; il a échoué à résoudre le problème des 3,5 millions de chômeurs à travers ces deux appels d'offres ». Ahmad Al-Naggar, chercheur au Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, confie à cet effet : « Selon ce programme, 170 000 diplômés étaient censés être recrutés en 2001, alors que selon le rapport de la Banque Centrale, le nombre de recrutés en 2001 et 2002 n'a pas dépassé les 100 000. Plusieurs jeunes qui avaient reçu des lettres d'affectation m'ont envoyé des plaintes disant qu'ils n'avaient pas eu le poste ».

Sabah Sabet

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