Les dirigeants
du Dialogue 5+5 ont achevé samedi à Tunis leur premier sommet
par une ferme condamnation du terrorisme, alors que les Européens
se sont employés à apaiser les pays du Maghreb qui craignent
de se retrouver sur la touche après l'élargissement à l'est
de l'Union européenne. « Nous réitérons notre ferme
condamnation du terrorisme sous toutes ses formes »,
a déclaré le ministre tunisien des Affaires étrangères, Habib
Bin Yéhia, qui donnait lecture de la « Déclaration
de Tunis », le document final adopté par les chefs
d'Etat ou de gouvernement. Les participants appuient les initiatives
pour la « convocation d'une conférence internationale
sur le terrorisme dans le cadre des Nations-Unies »,
et soulignent l'« importance de l'étroite coopération
établie entre les ministres de l'Intérieur du Dialogue 5+5
et les invite à l'intensifier ».
Le président
tunisien Zine Al-Abidine Ben Ali a pour sa part espéré voir
le dialogue euro-maghrébin se poursuivre et donner lieu à
« des résultats concrets », a-t-il déclaré
dans son allocution de clôture du sommet qui s'était ouvert
vendredi. Pour lui, cette réunion a été l’occasion d'un « dialogue
profond, sincère et sérieux » pour « une
approche commune » des problèmes.
Pour les autorités
tunisiennes, le fait même d'avoir réussi à réunir les chefs
d'Etat ou de gouvernement de dix pays représente un succès
en soi. Le sommet a aussi réussi à faire adopter un document
complet condamnant le terrorisme, assurant du renforcement
de la coopération en matière de sécurité, de lutte contre
l'immigration clandestine et réaffirmant l'appartenance des
pays maghrébins à une communauté plus large englobant également
l'Europe du sud.
« Ce
premier sommet s'achève sur un succès indiscutable »,
a affirmé le président français Jacques Chirac, qui a salué
la présidence tunisienne au nom des pays européens du Dialogue
5+5, un groupe informel composé de la Tunisie, l'Algérie,
le Maroc, la Libye et la Mauritanie côté maghrébin, et de
la France, l'Italie, l'Espagne, le Portugal et Malte côté
européen. Selon le président français, qui s'exprimait à l'issue
du sommet, « le Dialogue 5+5 est appelé à jouer un
rôle primordial pour la paix, le dialogue et la prospérité
de la Méditerranée orientale ». « La réussite
de ce sommet doit nous inciter à faire des gestes audacieux
pour contribuer à la construction d'un Maghreb uni au sein
d'un espace euro-méditerranéen renouvelé, dynamique et surtout
solidaire », a-t-il dit.
Le chef du gouvernement
italien, Silvio Berlusconi, a pour sa part souligné que « les
pays de la Méditerranée occidentale ont de nombreux problèmes
en commun, dont celui de l'immigration », a-t-il
déclaré à l'issue du sommet. « Les pays du Maghreb
représentent des pays de transit vers l'Europe et constituent
une barrière » pour l'immigration clandestine, « et
nous devons collaborer avec eux », a-t-il affirmé.
« Je proposerai au cours du Conseil européen des 12
et 13 décembre à Bruxelles une rencontre entre la Commission
et les pays du Maghreb pour examiner la possibilité d'une
aide économique de l'UE à ces derniers afin de contrôler l'immigration »,
a ajouté M. Berlusconi, dont le pays assure la présidence
tournante de l'UE. Il a également affirmé avoir proposé une
réunion du Dialogue 5+5 au niveau des ministres de l'Intérieur,
« ce qui a été accepté », sans qu'une date
ou un lieu pour cette rencontre n’ait été précisé.
Le président
de la Commission européenne, Romano Prodi, a lui aussi qualifié
de « très positif » le sommet, jugeant nécessaire
cependant qu'il se traduise « par un progrès politique
réel au Maghreb ». M. Prodi a finalement exprimé
le souhait de « l'ouverture d'un dialogue officiel
avec la Libye », mais cette dernière « doit
clarifier de manière exhaustive et juste son passé »,
une allusion claire à l'indemnisation des familles des victimes
de l'attentat contre le DC-10 d'UTA qui envenime
les rapports franco-libyens.