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Euromed . Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmad Maher, s'exprime sur la conférence ministérielle euro-méditerranéenne qui s'est achevée mercredi dernier à Naples.
« Il faut éviter l'amalgame entre le terrorisme
et la résistance légitime
 »
De notre envoyée spéciale à Naples,
Aïcha Abdel-Ghaffar

La lutte antiterroriste était au centre de la Conférence euro-méditerranéenne de Naples. Un sujet sur lequel le ministre égyptien des Affaires étrangères s'est exprimé longuement. Pour lui, l'Egypte est consciente des dangers du terrorisme, puisqu'elle en était la victime, mais en même temps, elle insiste qu'il ne faut pas faire l'amalgame entre le terrorisme et la résistance légitime. « On ne doit pas non plus assimiler le terrorisme à une certaine culture. Il faudrait combattre le terrorisme sous toutes ses formes en s'attaquant à ses raisons et motivations économiques, politiques, psychologiques, sociales et autres. Ceci n'est pas justifier la terrorisme, mais un moyen de trouver le remède qui réussit. Cette conception est acceptée de tout le monde, même si elle ne se manifeste pas dans les résolutions et les déclarations précédentes », a-t-il insisté.

Le terrorisme est aussi lié à la sécurité. Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a fait une intervention très importante où il a insisté sur l'établissement d'un Etat palestinien en précisant que cet Etat doit être le début de l'action et non sa fin parce qu'un Etat palestinien indépendant et souverain est capable de protéger sa sécurité et la sécurité de ses voisins. « Donc, il y a une conscience que la lutte contre le terrorisme n'est pas une raison d'attaquer une religion ou une culture particulière ou même certains peuples et de les priver de leur droit légitime à l'indépendance », a-t-il dit.

Le terrorisme est aussi lié à un sujet plus vaste, celui du dialogue des civilisations. « Je ne crois pas que les civilisations et les cultures se confrontent et s'entretuent. Elles sont en compétition. Mais celle-ci n'est pas nécessairement violente. Elle peut se manifester par l'enchevêtrement et l'assimilation des cultures et des civilisations », a dit M. Maher. « Il faut qu'il y est donc une continuité et un vrai dialogue qui éclaire les choses et démontre les vérités sans affirmer que les civilisations et les cultures sont forcément ennemies. Il y a beaucoup de réunions et beaucoup de conférences à des différents niveaux qui ont lieu. Il y a l'idée de créer une fondation pour le dialogue entre les cultures et les civilisations dans le cadre du processus de Barcelone, et cette fondation est celle que l'Egypte et la Suède ont décidé d'établir ensemble à Alexandrie au siège la Bibliothèque d'Alexandrie, qui a été toujours le phare des sciences, du progrès, de la culture et des connaissances. La participation de la Suède à travers son institut à Alexandrie est positive et nous avons décidé d'appeler cette fondation Anna Lindt en commémoration du l'ancienne ministre suédoise des Affaires étrangères. Nous voulons que cette fondation soit d'un type nouveau et qu'elle puisse regrouper les conceptions de civilisation qui existent dans les différentes cultures. Nous voulons que cette fondation soit sérieuse et qu'elle contribue au rapprochement des civilisations et des cultures et qu'elle puisse élucider les points d'accord et les points de divergence », a insisté M. Maher.

Trois pays sont en compétition pour accueillir cette fondation : l'Egypte, l'Italie et Malte. Sur les chances d'Alexandrie, le chef de la diplomatie a indiqué qu'un grand nombre de pays soutiennent Alexandrie comme choix naturel d'accueil, puisque cette ville a été toujours la source d'un foisonnement scientifique, intellectuel, culturel et civilisateur dans toute la Méditerranée du sud et du nord. Les ministres ont donc soutenu qu'Alexandrie soit la ville d'accueil de la fondation, mais pour ne pas mécontenter l'Italie, présidente en exercice de l'Union Européenne (UE), ils ont décidé de reporter la décision. « Mais je crois que les chances de la ville d'Alexandrie comme hôte de la fondation sont grandes à cause de ce que représente Alexandrie et parce que l'offre confirme encore une fois le sens de l'intégration et de la fusion entre le nord et le sud parce qu'il y a une peur que l'élargissement de l'Europe et son prolongement vers l'est diminue son intérêt pour la Méditerranée », a dit M. Maher.

Le chef de la diplomatie égyptienne s'est longuement exprimé sur l'impasse actuelle du processus de paix au Proche-Orient. Il a insisté sur les attaques israéliennes perpétuelles contre le peuple palestinien et la politique d'occupation, ce qui crée un état de violence qui incite le peuple palestinien à résister. « L'Egypte voit qu'il est nécessaire d'arrêter la violence et la contre violence. D'où les efforts déployés par les factions palestiniennes pour parvenir à une trêve qui doit être respectée par Israël », a noté M. Maher, pour qui l'Etat juif doit « geler la colonisation, arrêter l'agression quotidienne contre le peuple palestinien et les villes palestiniennes et cesser la construction du mur de sécurité », a insisté M. Maher qui croit qu'Israël est aujourd'hui en butte à l'échec de la politique du premier ministre Ariel Sharon vis-à-vis de la paix et de la sécurité. « Il y a un grand zèle de la part des partisans de la paix qui s'est manifesté par l'élaboration de l'Initiative de Genève. Les forces de paix en Israël commencent à renaître après que leur présence étaient cernée pendant de longues périodes. Nous trouvons qu'il y a une position américaine différente de celle d'Israël vis-à-vis de l'Initiative de Genève. Les sanctions économiques américaines contre la construction du mur isolent Israël et la résolution de Conseil de sécurité de l'Onu sur la Feuille de route prouvent que la situation se retourne contre Israël et l'influence d'Israël n'est plus aussi forte qu'avant. De l'autre côté, il y a un nouveau gouvernement palestinien, il y a un désir d'agir avec l'idée d'une trêve.

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Priorité à la relance de la paix

La 6e conférence des ministres des Affaires étrangères du partenariat euro-méditerranéen (processus de Barcelone), qui s'est déroulée à Naples au sud de l'Italie les 2 et 3 décembre, s'est vu imposer les dossiers de la tension, l'instabilité et l'insécurité au Proche-Orient. Au terme de la rencontre, les Européens ont mis de nouveau en garde Israël contre la construction d'un mur de sécurité en Cisjordanie, estimant qu'il constitue un danger pour le processus de paix qu'il est vital de relancer. « Le tracé du mur ne doit pas envahir les territoires palestiniens », a déclaré le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, dont le pays assure la présidence tournante de l'Union Européenne (UE).

La conférence a réuni à la même table les ministres des Affaires étrangères des 25 pays de l'UE élargie et leurs homologues de douze pays de la Méditerranée, dont Israël et l'Autorité palestinienne. Elle a offert l'occasion à de multiples contacts bilatéraux.

Le Haut Représentant de l'UE pour la politique étrangère, Javier Solana, et le commissaire européen aux Relations extérieures, Chris Patten, ont pris la parole pour réclamer l'arrêt de la construction du mur de sécurité israélien. Son tracé suscite de « fortes inquiétudes », a affirmé la présidence italienne dans un compte-rendu de la réunion. Car il risque de rendre « physiquement impossible » la mise en œuvre de la Feuille de route, le plan de paix envisageant la création d'ici à 2005 d'un Etat palestinien aux côtés d'Israël, soutenue par toutes les parties.

Pour les Européens, la priorité est à la relance du processus de paix, actuellement au point mort. Dans cet esprit, ils ont soutenu l'Initiative de Genève, qui peut s'avérer précieuse dans la recherche d'une solution négociée. L'Initiative de Genève donne « les bases d'une discussion possible sur les questions les plus difficiles concernant un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens, comme le statut de Jérusalem et la question du retour des réfugiés », a estimé le chef de la diplomatie française, Dominique de Villepin. « Reprendre l'initiative sur la paix au Proche-Orient est vital, non seulement pour la région mais pour l'ensemble de la communauté internationale », a ajouté M. de Villepin.

Les ministres ont réaffirmé leur volonté de renforcer leur partenariat, leur intérêt commun vis-à-vis du renforcement de la sécurité et de la stabilité dans la région et du renforcement de la réforme politique et économique afin de contenir et de contrecarrer le terrorisme. Les ministres se sont mis d'accord que le processus d'élargissement de l'Union européenne, ainsi que la situation actuelle au Moyen-Orient, impliquent une responsabilité plus importante de la part du sud et de l'ouest de la Méditerranée. Ces défis impliquent un partenariat renouvelé et renforcé basé sur un compromis plus fort de la part de l'Union européenne et des pays méditerranéens qui ont des valeurs et des objectifs communs.

Les ministres ont rappelé que la paix au Moyen-Orient devait inclure la Syrie et le Liban dans le cadre des principes de Madrid.

La réunion de Naples a pris note du progrès sensible vers la conclusion d'un accord d'association entre l'UE et la Syrie, depuis longtemps en gestation et qui pourrait intervenir « dans les prochaines semaines ».

La conférence Euromed a enfin entériné trois projets concrets pour le développement de la coopération avec les pays riverains de la Méditerranée : la fondation d'une assemblée parlementaire euro-méditerranéenne, le renforcement des facilités ouvertes aux pays méditerranéens à la Banque Européenne d'Investissement (BEI) et le lancement à venir d'une fondation pour les échanges culturels, dont le siège n'a toutefois pas été choisi.

Les ministres ont aussi passé en revue les progrès enregistrés en matière de partenariat de l'Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne et de la Fondation euro-méditerranéenne pour le dialogue des cultures. L'Iraq a été au centre des discutions des ministres du Partenariat, lesquels ont rappelé l'engagement de l'Union européenne et sa volonté de jouer un rôle politique et économique dans la reconstruction de l'Iraq.

A. A.

 

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