Quelques milliers
de personnes, voire plus, traversent quotidiennement la rue
Abdel-Khaleq Sarwat, une des principales artères commerciales
du centre-ville. Dans cette rue trône l’imposant édifice frais
et pimpant du Syndicat des journalistes. Juste en face, se dresse
une autre bâtisse flambant neuf : il s’agit de l’église
catholique des Pères combonniens consacrée au Sacré-Cœur de
Jésus, d’où son nom, Cordi Jesu. Et pourtant,
cette église, en apparence toute neuve, est septuagénaire, 73
ans exactement. Le constructeur de cet
édifice était l'ingénieur italien Domenico Limongelli, un des
grands architectes de cette époque, qui a construit également
le bâtiment de la nonciature apostolique du Vatican à Zamalek.
Cordi Jesu figure parmi les trois plus anciennes églises
catholiques du centre-ville, à l’approche du centenaire :
celle de Saint-Joseph (1904) et la cathédrale de l'Annonciation
des Arméniens catholiques (1926). Elle est de style romain et
riche de dessins en trompe-l'œil. Tous les travaux artistiques
en marbre ont été importés d'Italie. Même le marbre est spécial,
de qualité supérieure et à des degrés variant entre le blanc
pur, la couleur crème, l'arabesque, le rouge et le gris. Il
n'est donc pas étonnant que cette église fût pour longtemps
le foyer de la communauté italienne en Egypte.
L’histoire de cette
église est intéressante, car elle n’est pas unique. En effet,
bien que datant de 1930, il s’agit de la nouvelle église de
Cordi Jesu. Y aurait-il une ancienne ? Oui, effectivement,
la vieille église, la première qui a été bâtie par Daniel Comboni
lui-même, date de 1880. Daniel Comboni, cet évêque de l’Afrique
Centrale qui a dépensé toute son énergie pour les Africains
et s’est battu pour l’abolition de l’esclavage avant de mourir
le soir du 10 octobre 1881. Le 5 octobre 2003, dans le cadre
des célébrations du jubilé d’argent du pontificat, Daniel Comboni
est proclamé saint par Jean-Paul II.
Daniel Comboni
est un nom qui peut ne pas être connu par de nombreuses personnes,
mais il ne peut en aucun cas l’être pour beaucoup d’Egyptiens.
La raison en est toute simple. Daniel Comboni est le fondateur
des Missionnaires comboniens et le bâtisseur de cette grande
église catholique.
Achevée en 1884,
cette église fut malheureusement démolie en 1927 pour être reconstruite
en plus grand et inaugurée officiellement en 1930. Seules les
cloches portent toujours l’empreinte du passé : la date
de fonderie de 1883.
L’histoire
remonte à 1874, lorsque le khédive Ismaïl pacha planifiait déjà
la modernisation du Caire, à l'image de l'Europe. Il a fait
don à Comboni de ce terrain à condition qu'il construise des
bâtiments d'une valeur de 50 000 francs en or et une muraille
dans cette région campagnarde, le long du canal d'Ismaïliya,
pour empêcher les chameaux de venir se reposer et boire à cet
endroit. En fait, c'était la route des caravanes en provenance
du port de Boulaq à destination du palais d’Abdine. Des deux
côtés de l'église, Comboni fit construire deux instituts :
l’un masculin dédié au Cœur de Jésus, l’autre féminin dédié
au Cœur de la Sainte Vierge Marie. Plus loin, les Anglais firent
construire l'hôpital de la reine Victoria. Le plan d'élargissement
du Caire a bien réussi, puisqu'on trouve des rues portant des
noms de châteaux, qasr en arabe, comme Qasr Al-Nil, Qasr Al-Doubara,
Qasr Al-Aïni. En fait, c'était le dessein du khédive Ismaïl
d'urbaniser cette région déserte, de la métamorphoser pour qu’elle
devienne Le Caire moderne. Par ailleurs, dans une lettre envoyée
à don Francesco Giulianelli, prêtre romain supérieur de la maison,
Comboni déclare : « Je veux dédier au Sacré-Cœur
de Jésus l’église que j’ai l’intention de construire ici au
Caire ». Aussitôt dit, aussitôt fait. En 1882, l’église
est terminée comme construction murale. Seuls manquaient l’intérieur
et le clocher.
Il est remarquable
de rappeler comment était le quartier d’Ismaïliya, où l’église
a été construite, à la deuxième moitié du XIXe siècle :
quelques maisons de marchands européens étaient alignées le
long de la rue qui longeait le canal d’Ismaïliya et puis une
distance sablonneuse et marécageuse jusqu’à la place de l’Opéra,
au centre-ville. La vieille église était orientée du nord-ouest
au sud-est, perpendiculaire au canal. La nouvelle fut construite
parallèle au canal, dans l’actuelle rue Ramsès. Toujours rue
Ramsès, et parallèlement à l’église fut construit un garage
plus connu sous le nom de Garage Nazli, qui a pris feu durant
les événements fâcheux de l’incendie du Caire, en 1952. L’église
également risqua d’être brûlée, mais seule une partie de l’enduit
tomba. En 1959, l'église fut peinte à l'huile et une année plus
tard, le professeur Trivisonno Amadeo, de Florence, complète
les 85 m2 de peinture, genre mosaïque, de l'abside de l'église,
et l'architecte égyptien Gabriel Aclimandos complète la construction
de l'immeuble 47, rue Ramsès, qui fut bâti sur l'emplacement
du garage, où les missionnaires comboniens s'installèrent.
Aujourd’hui, à
l’occasion de la canonisation de Daniel Comboni par l’Eglise
catholique, des célébrations officielles et populaires auront
lieu au Caire et à Assouan pour fêter cet heureux événement.
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