Al-Ahram
Hebdo : La dernière session a vu un grand nombre de
députés impliqués dans des affaires de corruption, et celle-ci
s'ouvre avec la démission de 16 députés n'ayant pas accompli
leur service militaire. Certains estiment que cette législature
s'annonce pire que les précédentes. Qu'en pensez-vous ?
Mohamad Moussa :
Ce n'est pas du tout correct de dire que cette législature s'annonce
pire que celles qui l'ont précédée. C'est vrai qu'il y a eu
des procès de corruption, mais on ne peut pas dire qu'il s'agit
d'une majorité de députés, et ceci ne veut pas dire que tout
le Parlement est corrompu. Il faut aussi prendre en considération
l'impossibilité de passer au fil 454 députés. Quant à la question
des députés qui n'ont pas accompli leur service militaire obligatoire,
c'est un nouveau phénomène auquel le Parlement assiste pour
la première fois de son histoire. Les députés ne sont pas coupables.
Ils se sont présentés aux élections sans savoir qu'il était
nécessaire d'avoir effectué leur service militaire ou en avoir
été exemptés. Et ils pensaient que dix ans après la date à laquelle
ils devaient accomplir le service militaire, cette peine serait
annulée. Plus encore, ils se sont présentés en se basant sur
une clause de la loi sur l'exercice politique qui exempte le
candidat de plus de 30 ans de présenter son certificat d'accomplissement
ou d'exemption du service militaire. Par ailleurs, toutes ces
affaires qui ont fait beaucoup de bruit lors de cette législature
ne sont rien comparées à ce qui s'est passé lors de législatures
passées, où l'on a assisté à des procès plus graves, comme ceux
impliquant des députés dans des trafics de drogues ou dans des
affaires de crédits sans provision.
— Des rumeurs
évoquent que les députés qui n'ont pas accompli leur service
militaire ont été forcés à démissionner et que le PND leur a
promis de soutenir leurs proches qui veulent se présenter aux
élections partielles qui se tiendront le 25 décembre. Est-ce
vrai ?
— Ce n'est
pas vrai, ces députés ont démissionné de leur propre gré. Ni
le PND, ni l'Assemblée n'ont pris des mesures répressives contre
eux. C'est eux qui ont choisi de s'éloigner avant le début de
la nouvelle session. Au cas où l'un de leurs proches se présenterait
aux élections à leur place, je crois qu'il est tout à fait normal
que le parti les soutienne lors de leur campagne électorale.
Ce n'est pas une chose qui a besoin d'accords secrets.
— Pourtant,
certains députés ont affirmé eux-mêmes qu'ils n'avaient pas
démissionné volontairement …
— Les députés
qui ont dit cela ne cherchaient qu'à sauver la face devant les
citoyens de leur circonscription et leurs collègues de l'Assemblée.
— Certains
députés qui ont démissionné ont menacé de dévoiler les noms
de 200 autres députés, dont des ministres, qui n'ont également
pas accompli leur service militaire …
— Aucun ministre
n'est concerné par cette affaire. En ce qui concerne d'autres
députés, il faudra qu'il y ait des recours contre la validité
de leur élection pour qu'on examine leurs dossiers. Il y a déjà
des recours qui ont été récemment présentés. L'Assemblée a envoyé
ces recours au ministère de la Défense pour vérifier ces informations.
S'il s'avère que les recours sont fondés, la commission des
lois prendra la décision de donner au député concerné le choix
de démissionner ou d'être soumis à une annulation de son mandat.
Dans les deux cas, les deux tiers des membres doivent voter
pour valider la décision de la commission des lois.
— La plupart
des députés dont la réputation a été mise en question sont des
membres du parti au pouvoir (PND). Qu'en dites-vous ?
— Ceci
ne nuit en rien à l'image du parti. Mais la réalité est que
417 députés parmi les 454 membres de cette assemblée sont issus
du PND. Ragab Hilal Hémeida, qui représente le parti des Libéraux,
a aussi été impliqué dans plusieurs affaires douteuses. En fait,
c'est proportionnel au nombre de députés. Vingt députés parmi
les 417 que compte la majorité équivaut à un seul député parmi
les 37 députés que compte l'opposition. Par ailleurs, il ne
faut pas mettre dans le même panier les députés n'ayant pas
accompli leur service militaire, car nous avons déjà prouvé
qu'ils n'étaient pas coupables. Quant aux procès de corruption,
ils concernent des hommes d'affaires qui ont émis des chèques
sans provisions, ce qui est une chose fréquente dans le monde
des affaires. Le parti fait tout ce qu'il a à faire, il fait
les investigations nécessaires sur les candidats qu'il soutient
aux élections. Mais ce qui se passe, c'est qu’une fois devenus
députés, certains abusent de leur immunité parlementaire. C'est
une chose difficile à contrôler, car elle concerne la conscience
des gens. Il est impossible de prévoir si les gens vont changer
ou non. Mais dès que l'on découvre qu'un des députés a commis
une infraction, on attend l'avis de la Justice et dès qu'il
y a un verdict final, nous annulons son mandat.
— Ne voyez-vous
pas que l'image des députés a été tellement déformée qu'ils
apparaissent désormais dans les œuvres artistiques comme des
trafiquants de drogues ou d'armes ?
— C'est
normal. Il y a des corrompus dans toutes les sphères du pouvoir,
en Egypte comme ailleurs. On ne peut pas dire que la corruption
soit devenue un phénomène au sein de l'Assemblée du peuple.
Mais le fait que le Parlement soit sous les projecteurs amplifie
chaque infraction.
— Il est
prévu que les lois sur les partis et sur l'exercice politique
soient modifiées lors de cette session. Pourquoi maintenant,
alors que c'était une très vieille demande de l'opposition ?
— Ces
amendements seront faits conformément à la demande du président
Moubarak lors de son discours inaugural de la session parlementaire.
Le chef de l'Etat a effectivement insisté sur le fait qu'il
est temps d'accomplir la réforme politique déjà entamée il y
a quelques années. Ces amendements visent à renforcer le rôle
de l'opposition quasi absente de la scène politique et sociale,
une chose qui est apparue clairement au moment où le PND a commencé
à organiser le dialogue national avec les forces politiques
de l'opposition.
— Certains
estiment que cet appel à la réforme politique est imposé par
les pressions étrangères. Qu'en dites-vous ?
— Le fait
de procéder à une réforme politique est le résultat d'un appel
du chef de l'Etat. Nous n'acceptons aucune pression étrangère
et aucune ingérence dans notre politique intérieure.
— Quelles
sont les amendements prévus sur ces deux lois ?
— Il est impossible
de définir dès maintenant les clauses qui seront amendées. Mais
il est très probable que l'un d'eux concerne la formation même
de la commission des affaires des partis politiques qui est
au centre de beaucoup de controverses. Il est prévu que des
représentants des partis politiques de l'opposition ayant une
véritable présence sur la scène soient inclus parmi les membres
de cette commission. Toutes les propositions concernant ces
révisions, que ce soit de la part du gouvernement ou des députés,
seront étudiées à la commission des lois pour choisir celles
qui sont conformes au contexte général de la réforme politique
à laquelle a appelé le président Moubarak. Il est à souligner
que toute proposition visant à créer des partis politiques de
tendance religieuse ou basés sur des appartenances locales sera
strictement rejetée afin d'éviter d'attiser les différends entre
les citoyens. Il n’est donc pas question de créer de tels partis.
De même, les amendements prévus ont pour premier objectif
d'instaurer un système multipartite constitué de partis politiques
forts, capables de prendre part au développement.
— On reproche
beaucoup à l'Assemblée du peuple de faire passer les lois à
la hâte. Plusieurs de ces lois ont d'ailleurs été jugées anticonstitutionnelles.
Qu'en pensez-vous ?
— Le Parlement
étudie en détail toutes les lois avant de les voter. Mais, le
fait qu'une lorenferme une ou deux lacunes, ou que la Haute
Cour constitutionnelle déclare son inconstitutionnalité, ne
signifie pas que les députés n'ont pas bien accompli leur mission
législative. Il faut aussi tenir compte du fait que la moitié
des députés sont des paysans et des ouvriers dont l'expérience
politique et juridique n'est pas assez suffisante. D'ailleurs,
le gouvernement présente les lois importantes trop tard au Parlement
vu que ses clauses nécessitent des études approfondies
et détaillées au Conseil des ministres. Une fois la loi arrivée
au Parlement, elle ne peut pas être reportée à la session d'après.
C'est pourquoi on a l'impression que ces lois sont promulguées
à la hâte.
— Quelles
sont les lois qui seront examinées au cours de la session actuelle ?
— Bien que
la session ait commencé il y a une semaine, la commission des
lois n'a pour l'instant reçu aucun projet de loi du gouvernement.
Pourtant, il est prévu que des lois économiques passent comme
celle sur l'investissement et celle sur le monopole. Toutefois,
le gouvernement ne va pas présenter cette année de lois sur
l'Union des locataires ni sur l'habitat. Car le gouvernement
n'est pas près à faire face à une hausse des prix dans le domaine
de l'immobilier en pleine période de crise économique.
— L'opposition
estime que le Parlement ne joue pas un véritable rôle de contrôle.
Etes-vous d'accord ?
— Ces propos
sont dus au fait que le président de l'Assemblée a décidé d'examiner
une seule question aux membres du gouvernement par mois et que
celle-ci ne dure pas plus de 20 minutes. Or, cette décision
a été prise, car nous avons perdu dans le passé beaucoup de
temps dans des questions au gouvernement qui se sont avérées
finalement être infondées, ou alors le député l'ayant présentée
était poussé par des raisons personnelles contre le ministre
interrogé. Mais au cas où les questions sont importantes, le
président de l'Assemblée n'hésite pas à accorder au député qui
les présente 10 minutes supplémentaires renouvelables.
— Certains
évoquent une possible dissolution de l'Assemblée. Dans quelle
mesure cela est-il fondé ?
— Ces rumeurs
ont commencé dès le début de cette législature il y a quatre
ans. Elles ont pour base le fait que 5 000 recours visant
l'invalidation de députés ont été présentés. Ce chiffre énorme
s'explique par le fait que le tribunal accorde une indemnisation
évaluée à 100 000 L.E. au minimum pour la personne
qui a présenté le recours s'il s'avère qu'il a raison. Si l'Assemblée
avait dû être dissoute, elle l'aurait été depuis le début de
la législature.
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