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Conditions
de travail . Bien qu'ils
touchent parfois des salaires mirobolants, les employés du secteur
des services sont confrontés à des situations précaires.
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Prolétariat
en col blanc |
Ce jour-là, Naglaa
s'était réveillée à 7 heures du matin, comme tous les jours.
Elle s'est dépêchée de se rendre au travail, sachant que chaque
minute de retard est comptée. A son arrivée, elle a trouvé son
bureau et son ordinateur chargés sur un camion. Son entreprise
venait de la licencier sans aucun avertissement préalable. Naglaa
n'est pas un cas isolé. 25 autres employés de cette entreprise
ont ainsi été congédiés. Il s'agit de l'entreprise anglo-américaine
L.C.C, chargée de la mise en place de réseaux de télécommunication.
De
même, la plus grande maison de courtage EFG Hermes a
licencié 120 de ses employés au cours de l'année dernière, à
l'occasion d'une fusion, sous prétexte de problèmes financiers.
L'ensemble des sociétés de courtage ont été ébranlées par une
vague de licenciements au cours des deux dernières années. « Elles
ont réduit le nombre d'employés de 50 % suite à la baisse
de leurs revenus en raison de la réduction du volume de travail
sur le marché », souligne Hussein Al-Cherbini, directeur
général de HC Securities.
Les effectifs de
la banque Cairo Barclay's ont ainsi été littéralement
décimés il y a deux ans lorsque l'entreprise a décidé de rationaliser
sa structure. « J'ai dû renvoyer 168 employés en une
seule année. J'ai décidé de centraliser le département des crédits
en un seul lieu, au lieu d'avoir une antenne dans chaque branche
», avoue Wagdi Rabbat, ancien directeur général de
la banque Barclay's, et actuel PDG à Misr Exterior
Bank.
La protection sociale
des employés dans un grand nombre d'entreprises privées n'est
pas du tout garantie. Il ne s'agit pourtant pas ici de simples
ouvriers, mais bien d'employés très qualifiés, souvent surdiplômés,
bilingues ou parfois même trilingues. Cette élite de salariés
est apparue en Egypte avec l'arrivée des multinationales et
l'épanouissement des secteurs financiers et celui des services
au cours des années 1980. Les salaires dans ces secteurs sont
parmi les plus élevés en Egypte, dépassant parfois les 10 000
L.E. par mois. Pourtant, tous sont des salariés précaires. Ingénieurs
et comptables qualifiés peuvent se retrouver à la rue en un
clin d'œil après avoir passé plusieurs années au sein d'une
entreprise.
Les contrats à
durée déterminée sont de mise dans ces entreprises. « La
loi oblige les entreprises à embaucher les employés qui ont
passé plus d'un an au sein d'une même entreprise. Pour contourner
la loi, plusieurs entreprises ont recours à des contrats renouvelables
d'un an. Mais le nouveau contrat est signé une semaine après
la date finale de l'ancien. Ainsi, officiellement, l'employé
n'a pas passé plus de 12 mois consécutifs dans son travail et
n'a donc pas droit a être embauché », explique Sayed
Fathi, avocat. « Cela fait 4 ans que je travaille.
J'aurai dû signer mon contrat après trois mois de travail, mais
je ne l'ai toujours pas signé », confie un employé
d'EFG Hermes. |
Primes supprimées, temps de travail allongé
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Une autre technique
pour réduire le personnel sans être accusé de licenciement consiste
à réduire le salaire variable qui constitue la partie majeure
du salaire. « Chez nous, ils ont réduit les primes,
ce qui a poussé un grand nombre d'employés à démissionner »,
affirme un employé de MobiNil. Un autre moyen consiste
à recruter des intérimaires pour un projet donné. Ainsi, un
employé va d'une entreprise à une autre sans jamais avoir droit
à une embauche.
Dans les sociétés
du secteur des nouvelles technologies, dont le taux de croissance
est à 25 % ces deux dernières années, il est courant de
réduire l'effectif. « Nous étions deux. Un jour, mon
collègue a été nommé comme mon supérieur. Frustré, j'ai préféré
quitter mon travail. Aujourd'hui, il fait le travail tout seul »,
affirme un employé.
Il est rare que
les employés portent plainte, surtout que les procès de ce genre
prennent de longues années avant d'être tranchés. D'autre part,
en cas de litige judiciaire comme dans le cas de l'entreprise
L.C.C où les employés ont porté plainte, les licenciés
ne retournent jamais à leur travail. « Ils obtiennent
juste une indemnisation », explique Sayed Fathi.
Etre exposé au
licenciement à n'importe quel moment n'est pas le seul danger
qu'encourent les employés de ces entreprises. Les conditions
de travail sont souvent dures. Ces employés payent cher leurs
salaires élevés. Les horaires du travail ne sont jamais respectés,
les 8 heures par jour mentionnées dans la loi peuvent aller
jusqu'à 14 heures. Parfois même, ils peuvent passer la nuit
au bureau lorsque le rythme du travail atteint son comble. D'autre
part, ils doivent travailler pendant les jours fériés et les
week-ends. Même les vacances deviennent parfois un luxe. « La
situation du travail ne le permet pas ». Une réponse
courante pour tout employé qui réclame ses vacances annuelles.
« Nous
étions dix à travailler dans notre département. Maintenant,
nous ne sommes que 2 et nous devons accomplir le même travail
et les salaires n'ont pas bougé », déplore un employé
d'une banque privée. « Je fais le travail de trois.
En fait, il y a un vrai déficit de personnel dans notre banque »,
avoue un chef de service d'une autre banque privée.
Pourtant, contrairement
à ce que l'on peut penser, les bénéfices des établissements
bancaires ne cessent d'augmenter. « Bien que les banques
aient diminué les crédits octroyés au secteur privé en raison
du nombre de personnes insolvables, leurs bénéfices n'ont jamais
été affectés », explique Ahmad Helmi, analyste
à la société de courtage Prime. Travailler avec acharnement
dans une entreprise rentable ne garantit donc en rien que l'on
conservera son emploi. |
Dahlia Réda |
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