| Des cités fantômes
dénuées de vie et d'agrément. C'est ainsi que sont devenues
aujourd'hui la plupart des villes nouvelles. Créées par le gouvernement
dans les années 1970 et 80, ces villes situées à la périphérie
du Caire étaient
censées attirer le maximum de citoyens pour décongestionner
la capitale. Toutefois, le manque de services et la rareté des
moyens de transport ont fait qu'elles sont restées désertes.
Pour remédier à cette situation et encourager la population
à habiter ces nouvelles villes, le gouvernement envisage de
les relier au Caire en créant plusieurs lignes de métro. Le
projet est parrainé par le ministère de l'Habitat et celui des
Transports. « Des villes comme le 6 Octobre, le 10 de
Ramadan et Al-Chorouq n'ont réussi à attirer qu'un nombre limité
d'habitants. Ce projet encouragera sans doute les citoyens à
s'y installer », déclare Fouad Madbouli, responsable
au ministère de l'Habitat. Il explique que le projet consiste
à créer trois lignes de métro. La première reliera Le
Caire aux villes du 10 de Ramadan, d'Al-Chorouq et d'Al-Obour.
La deuxième ligne reliera la capitale au 6 Octobre et à la cité
du cheikh Zayed. Quant à la troisième ligne, elle partira du
Caire vers les villes de Badr et la cité du Nouveau Caire. « Le
but de ce projet est de fournir un moyen de transport pratique,
confortable et moins cher, d'autant plus que la plupart des
moyens de transport reliant la capitale aux nouvelles villes
sont des moyens de transport privés », assure Madbouli.
Le projet coûtera environ 6 milliards de L.E. Les travaux devraient
commencer dès l'année prochaine et s'achever en 2010.
Selon les estimations
du ministère des Transports, ce projet réduirait le coût moyen
du trajet entre la capitale et les nouvelles villes, qui passerait
de 7 L.E. par jour à 1,5 L.E. Parallèlement à la construction
de ces trois lignes, le gouvernement entend tripler le nombre
de minibus et d'autobus climatisés reliant la capitale aux villes
nouvelles.
L'Etat qui a investi
des milliards de L.E. pour fournir les infrastructures et les
services nécessaires à ces villes veut donc aujourd'hui leur
donner une nouvelle existence, surtout que plusieurs universités
ont été créées dans ces villes comme au 6 Octobre et à Chourouq.
Kamal Riyad, spécialiste en planification urbaine, affirme que
l'Etat aurait dû s'y prendre plus tôt. « L'Etat n'a
commencé à prêter attention à cette question qu'à la fin des
années 1990 lorsqu'il s'est rendu compte que ça ne marchait
pas », lâche Riyad. D'autres urbanistes estiment
ce projet va à l'encontre de l'idée même de la création ces
villes. En effet, le but initial était de construire des villes
totalement indépendantes de la capitale avec des investissements
capables d'assimiler la main-d'œuvre. Or, c'est le contraire
qui s'est produit. Et aujourd'hui, ces villes nouvelles se sont
transformées en banlieues de la capitale. « 25 ans après
leur création, ces villes n'ont pas pu réaliser leurs objectifs,
puisque leurs habitants continuent toujours à se rendre quotidiennement
dans la capitale, que ce soit pour travailler ou pour se procurer
leurs besoins », explique l'urbaniste Milad Hanna.
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Hoda
Hawas, urbaniste, trouve que la défaillance des moyens de transport
a mené à un autre résultat inattendu en rendant ces villes attirantes
uniquement pour les catégories aisées qui, de plus, ne sont
pas concernées par ce problème de transport. « Mais
l'installation de lignes de métro, considéré comme un des moyens
de transport bon marché, encouragerait les jeunes des catégories
moyennes et sous-moyennes à aller habiter ces villes. Ces
moyens de transport seront très efficaces pour la main-d'œuvre
qui travaille dans les grandes usines et compagnies »,
explique-t-elle. Quant à Abdallah Abdel-Aziz, professeur de
planification urbaine à l'Université d'Aïn-Chams, il propose
que parallèlement à ce projet, l'Etat devrait utiliser les villes
nouvelles pour décentraliser les services : « Le
Caire étouffe, car tous les ministères, organismes et banques
se trouvent à l'intérieur de la capitale. Pourquoi l'Etat, en
parallèle de ce projet, ne construirait-il pas des annexes de
ces institutions dans ces nouvelles villes ? C'est à ce
moment-là qu'on pourra vraiment dire que ces dernières sont
de vraies villes indépendantes qui ont réalisé leur objectif »,
conclut-il.
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